N°2 / Le Droit pénal face aux défis de la société africaine contemporaine

Le droit et le fait dans le processus d'abolition de l'esclavage

cas du Mali

Mamadou KEITA, Amadou BOUARÉ

Résumé

De nos jours l’esclavage est perçu comme la pratique la plus répugnante. Il serait contraire aux valeurs humanistes dans lesquelles s’inscrivent les sociétés modernes de notre siècle. C’est dans le cadre de la lutte contre cette pratique que les Etats du monde ont adopté des instruments juridiques tant sur le plan supranational que national. Il en va ainsi pour le Mali qui a souscrit maints engagements juridiques à vocation abolitionniste de ladite pratique. Très récemment le pays a adopté une nouvelle loi en date de 2016 qui s’inscrit spécialement dans le même dessein. Cependant, il convient de relever qu’en dépit de l’abondance des dispositifs normatifs visant à abolir l’esclavage, nous assistons à la survivance du phénomène. Les facteurs qui justifient cela sont à la fois d’ordre historique et contemporain. Tandis que les premiers reposent sur la tradition et la religion, les seconds résident dans l’ineffectivité des normes juridiques édictées à cet effet. Face à cette situation déconcertante, il importe d’explorer des solutions susceptibles d’en finir avec cette pratique ancestrale qui demeure encore comme une pratique fréquente sous nos cieux. Ces solutions doivent se traduire par la mise en oeuvre de moyens et de méthodes à la fois persuasifs et dissuasifs. Alors que les moyens de persuasion visent à éradiquer la pratique par le biais de la sensibilisation, ceux de dissuasion tendent à infliger des sanctions exemplaires à l’encontre des responsables de l’esclavage ou de toute autre pratique qui lui est assimilée.

Abstract: Slavery is seen as the most disgusting practice today. It would be contrary to the humanist values ​​in which the modern societies of our century subscribe. It is in the context of the fight against this practice that the states of the world have adopted legal instruments at both the supranational and national levels. This is the case for Mali, which has subscribed to many legal commitments with an abolitionist vocation to this practice. Very recently, the country adopted a new law in 2016 which is specially designed for the same purpose. However, it should be noted that despite the abundance of normative mechanisms aimed at abolishing slavery, we are witnessing the survival of the phenomenon. The factors that justify this are both historical and contemporary. While the former are based on tradition and religion, the latter reside in the ineffectiveness of the legal norms enacted for this purpose. Faced with this disconcerting situation, it is important to explore solutions that could put an end to this ancestral practice which still remains as a frequent practice under our skies. These solutions must result in the use of means and methods that are both persuasive and dissuasive. While the means of persuasion aim to eradicate the practice through awareness raising, those of deterrence tend to inflict exemplary sanctions against those responsible for slavery or any other practice assimilated to it.

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<p>La ru&eacute;e des touristes et des passionn&eacute;s de l&rsquo;histoire vers l&rsquo;&icirc;le de Gor&eacute;e<a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc">1</a> au S&eacute;n&eacute;gal semble souvent r&eacute;duire la question de l&rsquo;esclavage au rang d&rsquo;abominable pratique remontant &agrave; une &eacute;poque sombre et lointaine de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute; et qui ne cesse de susciter une vive &eacute;motion chez l&rsquo;homme moderne. Loin s&rsquo;en faut&nbsp;! Cette repr&eacute;sentation de l&rsquo;esclavage est erron&eacute;e et ne permet pas de rendre compte de la survivance de cette pratique qui suit, sans coup f&eacute;rir, son cours ininterrompu sous les cieux de la plupart des pays du monde y compris le Mali. L&rsquo;affranchissement du pays sous le joug avilissant de la colonisation, bien qu&rsquo;ayant provoqu&eacute; son &eacute;mancipation, n&rsquo;a cependant pas emport&eacute; l&rsquo;effet d&rsquo;entra&icirc;nement souhait&eacute; relatif &agrave; la lib&eacute;ration de tous les esclaves. La destruction de la cha&icirc;ne n&rsquo;a &eacute;t&eacute; que tr&egrave;s partielle. Il existe encore une frange importante de la population malienne assujettie &agrave; cette pratique d&eacute;shonorante.</p> <p>En parlant de la question de l&rsquo;esclavage, une interrogation vient aussit&ocirc;t &agrave; notre esprit : que recouvre la notion d&rsquo;esclavage, en fin de compte, eu &eacute;gard &agrave; la vari&eacute;t&eacute; des pratiques qui lui sont souvent assimil&eacute;es &agrave; tort ou &agrave; raison&nbsp;? D&rsquo;embl&eacute;e, une pr&eacute;cision s&rsquo;impose : &agrave; l&rsquo;instar de son image, les d&eacute;finitions de l&rsquo;esclavage sont multiples et diverses<a href="#sdfootnote2sym" name="sdfootnote2anc">2</a>. Etymologiquement, le terme moderne &laquo;&nbsp;esclavage&nbsp;&raquo; vient du latin m&eacute;di&eacute;val sclavus&nbsp;: le mot &laquo;&nbsp;esclave&nbsp;&raquo; serait apparu au Haut Moyen &Acirc;ge &agrave; Venise, o&ugrave; la plupart des esclaves &eacute;taient des Slaves des Balkans (alors appel&eacute;s Esclavons, terme issu du grec m&eacute;di&eacute;val &Sigma;&kappa;&lambda;&alpha;&beta;&eta;&nu;&omicron;ί&nbsp;/ Sklavin&iacute;, pluriel de &Sigma;&kappa;&lambda;&alpha;&beta;&eta;&nu;ό&sigmaf;&nbsp;/ Sklavin&oacute;s) (C&agrave;nte, 1996, 91-96), dont certains furent vendus jusqu&#39;en Espagne musulmane o&ugrave; ils sont connus sous le nom de Saqāliba. Sur le plan juridique, face au silence du l&eacute;gislateur malien, la d&eacute;finition de l&rsquo;esclavage qui nous para&icirc;t la plus convaincante est celle emprunt&eacute;e &agrave; la convention de 1926 telle qu&rsquo;amend&eacute;e par le protocole de New-York du 7 d&eacute;cembre 1953. Aux termes de ladite convention &laquo;&nbsp;L&rsquo;esclavage est l&rsquo;&eacute;tat ou condition d&rsquo;un individu sur lequel s&rsquo;exercent les attributs du droit de propri&eacute;t&eacute; ou certains d&rsquo;entre eux&nbsp;&raquo;. Le protocole auquel il est fait allusion y a ajout&eacute; d&rsquo;autres pratiques analogues telles la servitude pour dette, le servage, le travail forc&eacute;, etc. Il convient en outre de relever que, depuis cette &eacute;poque, la notion d&rsquo;esclavage a connu, sans nul doute, une v&eacute;ritable r&eacute;volution. La notion r&eacute;cente ou naissante ayant consid&eacute;rablement &eacute;largi le champ de la d&eacute;finition englobe une kyrielle de cat&eacute;gories de personnes se caract&eacute;risant par leur particuli&egrave;re vuln&eacute;rabilit&eacute; face &agrave; certaines pratiques auxquelles elles sont fr&eacute;quemment soumises bon gr&eacute; mal gr&eacute;. D&eacute;sormais, l&rsquo;exploitation de la mendicit&eacute;<a href="#sdfootnote3sym" name="sdfootnote3anc">3</a> d&rsquo;autrui, le trafic des enfants<a href="#sdfootnote4sym" name="sdfootnote4anc">4</a> et des femmes majeures, le mariage et le travail forc&eacute;s<a href="#sdfootnote5sym" name="sdfootnote5anc">5</a>, qui sont monnaies courantes au Mali, y sont finalement inclus.</p> <p>Quoi de plus inhumain que de soumettre ses semblables &agrave; de telles pratiques&nbsp;? Abraham Lincoln ne disait-il pas que &laquo;&nbsp;si l&rsquo;esclavage n&rsquo;est pas mauvais, rien n&rsquo;est mauvais&nbsp;?&nbsp;&raquo;<a href="#sdfootnote6sym" name="sdfootnote6anc">6</a>. Malheureusement, les rapports des organisations internationales et les constats des associations militant dans le cadre des droits de l&rsquo;homme en g&eacute;n&eacute;ral, et de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en particulier conjugu&eacute;s aux critiques des donneurs de le&ccedil;ons sont accablants &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du Mali et le d&eacute;signent comme coupable &agrave; la vindicte internationale (S. Kate, 2009, 6 et s.).</p> <p>Pourtant, le Mali est loin d&rsquo;&ecirc;tre rest&eacute; en marge des grands mouvements mondiaux orient&eacute;s vers l&rsquo;abolition de cette pratique d&eacute;shumanisante. Pour preuve, il est r&eacute;put&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre un bon &eacute;l&egrave;ve &agrave; l&rsquo;&eacute;cole des droits de l&rsquo;homme et ce, &agrave; travers son adh&eacute;sion &agrave; une panoplie d&rsquo;instruments juridiques tant internationaux que r&eacute;gionaux et sous-r&eacute;gionaux<a href="#sdfootnote7sym" name="sdfootnote7anc">7</a>.</p> <p>En outre, sur le plan national, la loi fondamentale en date du 25 f&eacute;vrier 1992 affirme de mani&egrave;re assez grandiloquente le principe du caract&egrave;re sacr&eacute; de la personne humaine et bannit, par cons&eacute;quent, toute discrimination de quelque nature qu&rsquo;elle soit<a href="#sdfootnote8sym" name="sdfootnote8anc">8</a>. S&rsquo;inscrivant dans cette m&ecirc;me ligne, l&rsquo;arsenal juridique r&eacute;pressif malien du 20 ao&ucirc;t 2001 place l&rsquo;esclavage au rang des crimes de guerre et des crimes contre l&rsquo;humanit&eacute; en application de ses articles 29 et suivants. Mieux encore, et plus r&eacute;cemment, les pouvoirs publics sont parvenus, apr&egrave;s une longue p&eacute;riode d&rsquo;h&eacute;sitation, &agrave; &eacute;dicter le 12 juillet 2012 un texte de loi sp&eacute;cialement d&eacute;di&eacute; &agrave; la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimil&eacute;es. Il va sans dire que le paysage juridique malien n&rsquo;est pas &eacute;tranger ou indiff&eacute;rent &agrave; la question de l&rsquo;esclavage et comporte des dispositions p&eacute;remptoires de nature &agrave; dissuader ceux qui se livrent, contre leurs semblables, &agrave; des pratiques esclavagistes ou similaires &agrave; celles-ci.</p> <p>Il r&eacute;sulte de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, qu&rsquo;au Mali, bravant la r&eacute;pression, des pratiques esclavagistes ou assimil&eacute;es &agrave; l&rsquo;esclavage se traduisent par la n&eacute;gation de l&rsquo;humanit&eacute; de l&rsquo;autre. L&rsquo;abolition officielle versus l&rsquo;abolition officieuse, en d&rsquo;autres termes l&rsquo;abolition formelle des pratiques esclavagistes ou assimil&eacute;es, c&rsquo;est-&agrave;-dire celle inscrite dans le corpus juridique, n&rsquo;impliquent pas toujours l&rsquo;abolition mat&eacute;rielle, c&rsquo;est-&agrave;-dire la fin pure et simple de ce ph&eacute;nom&egrave;ne profond&eacute;ment enracin&eacute; dans les mentalit&eacute;s et dans notre v&eacute;cu quotidien (C. Garrier, 1998, 21 &agrave;&nbsp;25). On assiste curieusement &agrave; une forme de r&eacute;sistance spectaculaire des pratiques esclavagistes face aux interdits normatifs. Ainsi, des &eacute;tudes estiment que plus de 800&nbsp;000 personnes en sont victimes au Mali, soit 7 % de la population (P. Dao, 2012, 34 et s.). Cette estimation est corrobor&eacute;e par un universitaire, Pr. Naffet Keita, selon qui &laquo;&nbsp;Il y a au moins 300&nbsp;000 esclaves &agrave; part enti&egrave;re au Mali ; mais en incluant les descendants et les affranchis, le plus souvent m&eacute;pris&eacute;s, la question concernerait plus de 850&nbsp;000 personnes&hellip;&nbsp;&raquo;. L&rsquo;universitaire a r&eacute;ussi &agrave; esquisser une g&eacute;ographie r&eacute;gionale de l&rsquo;ampleur du ph&eacute;nom&egrave;ne: de 30 &agrave; 35 % de la population autour de Tombouctou, 30&nbsp;% &agrave; Mopti, 20 % &agrave; Gao, 12 &agrave; 15&nbsp;% &agrave; Kayes, etc. (Keita, 2012, 3 et s.)</p> <p>Cet &eacute;tat de fait r&eacute;v&egrave;le sans ambages un d&eacute;calage entre le v&eacute;cu et le l&eacute;gif&eacute;r&eacute;. Le d&eacute;calage est d&rsquo;une telle importance que l&rsquo;on est oblig&eacute; d&rsquo;en conclure que la question de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage au Mali demeure un long processus. L&rsquo;abolition d&eacute;finitive serait l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un combat durable dans lequel doivent s&rsquo;inscrire les acteurs tant publics que priv&eacute;s &oelig;uvrant dans le cadre de l&rsquo;abolition de tout ph&eacute;nom&egrave;ne esclavagiste ou assimil&eacute; &agrave; celui-ci. Cependant, il convient d&rsquo;avoir pr&eacute;sent &agrave; l&rsquo;esprit que ce combat de longue haleine n&rsquo;aura de sens que lorsque les causes profondes qui expliquent la survivance de l&rsquo;esclavage sont pr&eacute;alablement connues et identifi&eacute;es.</p> <p>Le juriste se doit s&rsquo;interroger sur les facteurs qui concourent &agrave; un tel r&eacute;sultat mitig&eacute; et tenter, par la m&ecirc;me occasion, de trouver des rem&egrave;des. Avant de se livrer &agrave; une telle recherche, il convient d&rsquo;abord de passer en revue les normes existantes en mati&egrave;re d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage (I), avant de se consacrer aux facteurs qui contribuent &agrave; la survivance de ce ph&eacute;nom&egrave;ne au Mali et explorer des pistes de solutions pour une abolition d&eacute;finitive de l&rsquo;esclavage (II).</p> <p>&nbsp;</p> <h2>I. La contribution des normes &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage au Mali</h2> <p>Dans tous les pays du monde, l&rsquo;apport des instruments juridiques a &eacute;t&eacute; consid&eacute;rable pour aboutir l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. C&rsquo;est dans cette voie que s&rsquo;est lanc&eacute; le Mali pour gagner son pari dans la lutte contre ce fl&eacute;au. L&rsquo;intervention des pouvoirs publics maliens en la mati&egrave;re se situe &agrave; deux niveaux&nbsp;: d&rsquo;une part par la ratification des engagements contenus dans les dispositifs normatifs autres que national (A)&nbsp;; et d&rsquo;autre part, par la voie du dispositif juridique interne&nbsp;(B).</p> <p>&nbsp;</p> <h3>A. Les dispositifs normatifs autres que national</h3> <p>Outre les efforts consentis sur le plan domestique, le Mali a &eacute;galement affich&eacute; une r&eacute;elle volont&eacute; sur le plan ext&eacute;rieur &agrave; travers la souscription tant des normes juridiques internationales (1) que r&eacute;gionales (2) relatives &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage ainsi que les pratiques qui leur sont assimil&eacute;es.</p> <p>&nbsp;</p> <h4>1. Les normes juridiques internationales</h4> <p>D&egrave;s son accession &agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance, le Mali a sign&eacute; et ratifi&eacute; la quasi-totalit&eacute; des normes juridiques internationales relatives aux droits de l&rsquo;homme en g&eacute;n&eacute;ral, et &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en particulier (CNDH, 2010, 16 et s). Parmi ces instruments juridiques, n&rsquo;en seront cit&eacute;s ici que quelques-uns&nbsp;:</p> <p>-La convention relative &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage a &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e &agrave; Gen&egrave;ve le 25 septembre 1926 ainsi que son protocole additionnel, et sign&eacute;e par le Mali le 2 f&eacute;vrier 1973. Cette convention constitue une &eacute;tape majeure dans le processus d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage dans le monde en g&eacute;n&eacute;ral, mais aussi et surtout au Mali. Elle marque la ferme intention des parties signataires de r&eacute;aliser la suppression compl&egrave;te de l&rsquo;esclavage, sous toutes ses formes, et de la traite des esclaves par terre et par mer. Cette convention a pu v&eacute;hiculer les deux messages suivants. D&rsquo;abord l&rsquo;interdiction de l&rsquo;esclavage et de toutes les pratiques similaires adress&eacute;e aux colonisateurs. Puis, l&rsquo;affirmation de l&rsquo;interdiction de l&rsquo;esclavage &agrave; l&rsquo;intention des nouveaux Etats o&ugrave; r&eacute;gnaient encore des pratiques esclavagistes. En outre, elle consacre une d&eacute;finition plus ou moins exhaustive &agrave; la notion de l&rsquo;esclavage qui servira par la suite de r&eacute;f&eacute;rence pour la plupart des conventions ult&eacute;rieures.</p> <p>-La convention suppl&eacute;mentaire relative &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues &agrave; l&rsquo;esclavage est adopt&eacute;e &agrave; Gen&egrave;ve le 7 septembre 1956 et entr&eacute;e en vigueur le 30 avril 1957. Le Mali a adh&eacute;r&eacute; &agrave; cette convention &agrave; la m&ecirc;me date que la convention pr&eacute;c&eacute;dente, c&rsquo;est-&agrave;-dire le 2 f&eacute;vrier 1973. Outre son influence sur la d&eacute;finition de la convention de 1926, celle de 1956 &eacute;largit la notion de l&rsquo;esclavage en int&eacute;grant d&rsquo;autres pratiques, et les assimilent &agrave; l&rsquo;esclavage telles la servitude pour dettes, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;&eacute;tat ou la condition r&eacute;sultant du fait qu&rsquo;un d&eacute;biteur s&rsquo;est engag&eacute; &agrave; fournir en garantie d&rsquo;une dette ses services personnels ou ceux de quelqu&rsquo;un sur lequel il a autorit&eacute;, si la valeur &eacute;quitable de ces services n&rsquo;est pas affect&eacute;e &agrave; la liquidation de la dette ou si la dur&eacute;e de ces services n&rsquo;est pas limit&eacute;e ni leur caract&egrave;re d&eacute;fini<a href="#sdfootnote9sym" name="sdfootnote9anc">9</a>. Le servage en est &eacute;galement inclus. Il est d&eacute;fini comme la condition de quiconque qui est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant &agrave; une autre personne et de fournir &agrave; cette derni&egrave;re, contre r&eacute;mun&eacute;ration ou gratuitement, certains services d&eacute;termin&eacute;s, sans pouvoir changer sa condition<a href="#sdfootnote10sym" name="sdfootnote10anc">10</a>. Cette interdiction particuli&egrave;re vise pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;une des origines des pratiques esclavagistes au Mali. C&rsquo;est l&rsquo;hypoth&egrave;se o&ugrave; une famille, apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre endett&eacute;e aupr&egrave;s d&rsquo;une autre famille, s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e incapable d&rsquo;honorer son engagement. La famille endett&eacute;e envoie un de ses membres &agrave; la famille cr&eacute;anci&egrave;re pour l&rsquo;ex&eacute;cution de certaines t&acirc;ches pour une dur&eacute;e de temps qui reste parfois ind&eacute;termin&eacute;e, et impliquant, par ricochet, toute une descendance (Haidara, 1987, 5 et s.).</p> <p>Elargissant davantage la liste, la convention visera toute inscription ou pratique tendant &agrave; accorder ou &agrave; c&eacute;der ou &agrave; transmettre une femme pour un mariage ou pour toute autre fin, sans son consentement, moyennant r&eacute;mun&eacute;ration&nbsp;ou autrement. Il en va de m&ecirc;me pour toute institution ou pratique en vertu de laquelle un enfant ou un adolescent de moins de dix-huit ans est remis, soit par ses parents ou par l&rsquo;un d&rsquo;eux, soit par son tuteur, &agrave; un tiers, contre paiement ou non, en vue de l&rsquo;exploitation de la personne, ou du travail dudit enfant ou adolescent<a href="#sdfootnote11sym" name="sdfootnote11anc">11</a>. Cette convention nous parait r&eacute;aliste, car elle assimile &agrave; l&rsquo;esclavage des pratiques dont la plupart existent au Mali telles le mariage forc&eacute;<a href="#sdfootnote12sym" name="sdfootnote12anc">12</a>, l&rsquo;incitation des enfants &agrave; la mendicit&eacute;, la transmission de la femme veuve &agrave; un fr&egrave;re de son mari d&eacute;funt, etc.</p> <p>D&rsquo;autres textes internationaux relatifs aux droits de l&rsquo;homme ont &eacute;t&eacute; &eacute;galement ratifi&eacute;s par le Mali. Ces textes aussi bien que les pr&eacute;c&eacute;dents s&rsquo;inscrivent dans des logiques de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. De fa&ccedil;on r&eacute;sum&eacute;e&nbsp;: il ressort de l&rsquo;alin&eacute;a 1er de l&rsquo;article 8 du pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) que &laquo;&nbsp;Nul ne sera tenu en esclavage&nbsp;; l&rsquo;esclavage et la traite des esclaves, sous toutes leurs formes, sont interdits&nbsp;&raquo;<a href="#sdfootnote13sym" name="sdfootnote13anc">13</a>. Cette disposition est la cons&eacute;quence de l&rsquo;article 4 de la d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme (DUDH) du 10 d&eacute;cembre 1948 &agrave; laquelle le Mali a adh&eacute;r&eacute;<a href="#sdfootnote14sym" name="sdfootnote14anc">14</a>.</p> <p>Ces quelques textes internationaux n&rsquo;&eacute;puisent cependant pas le domaine normatif en mati&egrave;re de lutte contre l&rsquo;esclavage au Mali, d&rsquo;autres textes ayant &eacute;t&eacute; ratifi&eacute;s par le Mali au plan africain.</p> <p>&nbsp;</p> <h4>2. Les normes juridiques africaines</h4> <p>Les normes juridiques r&eacute;gionales ou africaines ont &eacute;galement pris sous leurs ailes la probl&eacute;matique de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. Ces normes africaines peuvent &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute;es sous deux dimensions&nbsp;: la dimension r&eacute;gionale et la dimension sous r&eacute;gionale.</p> <p>&nbsp;</p> <h5>a. La dimension r&eacute;gionale</h5> <p>La charte africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples (CADHP) et la charte africaine des droits et du bien-&ecirc;tre de l&rsquo;enfant (CADBEE) respectivement adopt&eacute;es le 27 juin 1981 &agrave; Nairobi et le 11 juillet 1990 &agrave; Addis-Abeba, constituent des instruments juridiques majeurs au plan r&eacute;gional africain. Tandis que la premi&egrave;re est ratifi&eacute;e le 21 d&eacute;cembre 1981, la ratification de la seconde intervient le 3 juin 1998 par le Mali.</p> <p>Chacun de ces deux instruments comporte des dispositions qui militent contre l&rsquo;esclavage ainsi que les pratiques qui sont assimil&eacute;es. Il ressort, de fa&ccedil;on explicite, de la lecture de l&rsquo;article 5 de la CADHP que &laquo;&nbsp;Tout individu a droit au respect de la dignit&eacute; inh&eacute;rente &agrave; la personne humaine et &agrave; la reconnaissance de sa personnalit&eacute; juridique. Toutes formes d&rsquo;exploitation et d&rsquo;avilissement de l&rsquo;homme notamment l&rsquo;esclavage, la traite des personnes (&hellip;) sont interdites&nbsp;&raquo;. La r&eacute;f&eacute;rence faite &agrave; la dignit&eacute; conf&egrave;re ainsi &agrave; la pr&eacute;sente disposition une port&eacute;e assez large. La CADHP fait, de surcro&icirc;t, l&rsquo;obligation &agrave; tous les Etats signataires y compris le Mali de mettre en place tous les m&eacute;canismes n&eacute;cessaires afin de donner effet &agrave; cette disposition. Cependant, il y a lieu de rappeler que les dispositions inscrites dans la charte sont rest&eacute;es pendant longtemps subordonn&eacute;es &agrave; l&rsquo;arbitraire des Etats membres du fait de l&rsquo;absence d&rsquo;un organe judiciaire charg&eacute; d&rsquo;en contr&ocirc;ler la mise en &oelig;uvre effective. Ce vide a &eacute;t&eacute; combl&eacute; par un protocole additionnel portant cr&eacute;ation de la Cour africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples adopt&eacute; le 9 juin 1998 &agrave; Ouagadougou. Ratifi&eacute; le 19 ao&ucirc;t 1999 par le Mali, le protocole instituant un organe juridictionnel &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle r&eacute;gionale afin de veiller au respect des droits de l&rsquo;homme a, nous-semble-il, renforc&eacute; les garanties relatives &agrave; la protection des droits des esclaves.</p> <p>En ce qui concerne la CADBEE, sa ratification par le Mali a accus&eacute; un grand retard, car celle-ci n&rsquo;est intervenue qu&rsquo;au 3 juin 1998, soit cinq ans apr&egrave;s son adoption &agrave; Addis-Abeba le 11 juillet 1990<a href="#sdfootnote15sym" name="sdfootnote15anc">15</a>. La dite charte comporte des dispositions prohibant implicitement l&rsquo;esclavage, et explicitement des pratiques assimil&eacute;es &agrave; l&rsquo;esclavage. Ainsi, il r&eacute;sulte de la lecture combin&eacute;e des articles 15, 16, 21 et 29 de la CADBEE que les Etats doivent prendre toutes mesures appropri&eacute;es pour prot&eacute;ger l&rsquo;enfant contre toute forme d&rsquo;exploitation, contre les abus et les mauvais traitements, contre les pratiques n&eacute;gatives sociales et culturelles, enfin, contre la vente, la traite, l&rsquo;enl&egrave;vement et la mendicit&eacute; (Petit, 2020, 221). La mise en &oelig;uvre de ces derni&egrave;res requiert le plus souvent la coop&eacute;ration sous-r&eacute;gionale.</p> <p>&nbsp;</p> <h5>b. La dimension sous r&eacute;gionale</h5> <p>La coop&eacute;ration entre Etats en mati&egrave;re de lutte contre l&rsquo;esclavage est g&eacute;n&eacute;ralement inspir&eacute;e par la n&eacute;cessit&eacute; de la prise de dispositions conjointes afin de lutter contre le ph&eacute;nom&egrave;ne sous sa forme transfrontali&egrave;re. La plupart des accords conclus &agrave; cet effet visent en principe la traite et / ou le trafic des enfants. En la mati&egrave;re, nous retenons quatre accords bilat&eacute;raux majeurs entre le Mali et la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire le 1er septembre 2000, le Burkina Faso le 25 juin 2004, le S&eacute;n&eacute;gal le 22 juillet 2004 et la Guin&eacute;e le 16 juin 2005; et deux accords multilat&eacute;raux, le premier sign&eacute; &agrave; Abidjan entre neuf Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest le 27 juillet 2005, le second &agrave; Abuja entre 26 Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et du Centre de r&eacute;gulation sociale (Bureau international catholique de l&rsquo;enfance 2010, 16).</p> <p>Pl&eacute;thoriques, ces normes juridiques internationales ne doivent pas occulter l&rsquo;existence d&rsquo;un dispositif normatif au plan interne.</p> <h3>&nbsp;</h3> <h3>B. Le dispositif normatif interne</h3> <p>Des efforts ont &eacute;t&eacute; consentis au plan interne par la mise en place d&rsquo;un dispositif normatif allant dans le sens de l&rsquo;interdiction et de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage ainsi que les pratiques analogues. Ces efforts se sont traduits, &agrave; la fois, par l&rsquo;&eacute;diction des dispositions juridiques &agrave; valeur l&eacute;gislative (1), confort&eacute;es et symbolis&eacute;es par celles ayant valeur constitutionnelle (2).</p> <p>&nbsp;</p> <h4>1. Les dispositions juridiques &agrave; valeur constitutionnelle</h4> <p>Contrairement &agrave; la d&eacute;funte Constitution du 2 juin 1974, la loi fondamentale malienne du 25 f&eacute;vrier 1992 n&rsquo;emploie pas express&eacute;ment le terme &laquo;&nbsp;esclavage&nbsp;&raquo;, sans que cela entame sa ferme d&eacute;termination d&rsquo;enrayer le ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;esclavage sous toutes ses formes. Les dispositions ins&eacute;r&eacute;es dans cette &oelig;uvre juridique n&rsquo;en demeurent pas moins &eacute;loquentes. Il est ainsi inscrit au pr&eacute;ambule en des termes exempts de toute ambig&uuml;it&eacute; que &laquo; le peuple souverain du Mali souscrit &agrave; la d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme du 10 d&eacute;cembre 1948 et &agrave; la charte africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples du 27 juin 1981&hellip;&nbsp;&raquo; Le renvoi du pr&eacute;ambule &agrave; ces deux instruments juridiques abolitionnistes r&eacute;affirme indirectement l&rsquo;engagement r&eacute;el de l&rsquo;Etat du Mali &agrave; demeurer dans sa logique antiesclavagiste sous quelque forme qu&rsquo;il soit. Cet alin&eacute;a 6 du pr&eacute;ambule se trouve confort&eacute; par, au moins, les cinq premiers articles de la Constitution. Il d&eacute;coule de la combinaison de ces articles l&rsquo;inviolabilit&eacute; de la personne humaine ainsi que les droits fondamentaux qui lui sont reconnus&nbsp;: l&rsquo;&eacute;galit&eacute;, la libert&eacute;, la suret&eacute;, etc.</p> <p>L&rsquo;interdiction de l&rsquo;esclavage &eacute;lev&eacute;e au rang de disposition constitutionnelle n&rsquo;est pas d&eacute;pourvue d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts du point de vue juridique. Elle correspondrait &agrave; un v&eacute;ritable garde-fou adress&eacute; &agrave; tous les pouvoirs, interdisant d&rsquo;attenter &agrave; ce jus cogens<a href="#sdfootnote16sym" name="sdfootnote16anc">16</a>. Ni le pouvoir ex&eacute;cutif, ni le pouvoir l&eacute;gislatif, ne sauraient, dans leurs diff&eacute;rentes interventions, quelques formes qu&rsquo;elles puissent prendre, nier ou restreindre la port&eacute;e de cette interdiction constitutionnelle. Le juge, en ce qui le concerne, doit s&rsquo;assurer du respect de celle-ci sous r&eacute;serve de l&rsquo;application, par lui faite, des sanctions pr&eacute;vues par les dispositions juridiques &agrave; valeur l&eacute;gislative<a href="#sdfootnote17sym" name="sdfootnote17anc">17</a>.</p> <p>&nbsp;</p> <h4>2. Les dispositions juridiques &agrave; valeur l&eacute;gislative</h4> <p>L&rsquo;interdiction constitutionnelle des pratiques esclavagistes serait demeur&eacute;e sans aucun effet en l&rsquo;absence de dispositions juridiques rev&ecirc;tant une valeur l&eacute;gislative. A cet effet, il ne serait pas superf&eacute;tatoire de faire allusion (un choix arbitraire&nbsp;?) aux dispositions de deux textes l&eacute;gislatifs r&eacute;volutionnaires&nbsp;: la loi n&deg; 01-079 du 20 ao&ucirc;t 2001 portant Code p&eacute;nal et la loi n&deg; 2012 &ndash; 023 du 12 juillet 2012 relative &agrave; la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimil&eacute;es.</p> <p>&nbsp;</p> <p>-Le Code p&eacute;nal de 2001</p> <p>Un redoutable arsenal juridique r&eacute;pressif est porteur des dispositions qui incriminent et sanctionnent l&rsquo;esclavage et les pratiques qui lui sont assimil&eacute;es. Poussant la gravit&eacute; de l&rsquo;acte &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me, les articles 29 et suivants du Code p&eacute;nal situent les actes entra&icirc;nant r&eacute;duction en esclavage sexuel ou non, au niveau des crimes contre l&rsquo;humanit&eacute; et des crimes de guerre. Les dimensions r&eacute;volutionnaire et symbolique de ces crimes r&eacute;sident dans l&rsquo;extr&ecirc;me gravit&eacute; de la sanction (la mort&nbsp;: art. 32 al. 1 CP) et dans leur imprescriptibilit&eacute; conform&eacute;ment &agrave; l&rsquo;alin&eacute;a 2 de l&rsquo;article 32 dudit Code. Il s&rsquo;ensuit que ceux qui s&rsquo;ent&ecirc;tent &agrave; s&rsquo;adonner &agrave; ces pratiques moyen&acirc;geuses pourraient faire l&rsquo;objet, en tout temps et tout lieu, de poursuites et de condamnations cons&eacute;cutives &agrave; la transgression des dispositions sus-indiqu&eacute;es. L&rsquo;addition du Code p&eacute;nal de 2001 et de la loi du 16 juillet 2012 pourrait apporter des r&eacute;ponses aux crimes de guerre et aux crimes contre l&rsquo;humanit&eacute; perp&eacute;tr&eacute;s dans le septentrion malien suite &agrave; la crise de 2012.</p> <p>&nbsp;</p> <p>-La loi du 16 juillet 2012</p> <p>Elle constitue un texte sp&eacute;cialement d&eacute;di&eacute; &agrave; la question de l&rsquo;esclavage appr&eacute;hend&eacute;e sous ses dimensions tant int&eacute;rieure que transfrontali&egrave;re. Outre les d&eacute;finitions qu&rsquo;elle consacre &agrave; la traite et aux diverses pratiques assimil&eacute;es &agrave; l&rsquo;esclavage, la loi susvis&eacute;e appara&icirc;t comme une autre branche du droit p&eacute;nal et de la proc&eacute;dure p&eacute;nale au Mali.</p> <p>Tout comme le droit p&eacute;nal, elle incrimine les pratiques esclavagistes mentionn&eacute;es et organise une s&eacute;rie de sanctions p&eacute;nales dont la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; s&rsquo;appr&eacute;cie en fonction du modus operandi des actes incrimin&eacute;s. A titre d&rsquo;exemple&nbsp;: la vuln&eacute;rabilit&eacute; eu &eacute;gard &agrave; l&rsquo;&eacute;tat physique ou psychique de la victime, la nature de liens entre le coupable et la victime, les cons&eacute;quences susceptibles d&rsquo;en r&eacute;sulter, etc. constituent, entre autres, des crit&egrave;res justificatifs de la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des sanctions encourues<a href="#sdfootnote18sym" name="sdfootnote18anc">18</a>.</p> <p>Au plan processuel, elle renvoie au Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale. Ainsi, en application de son article 15 alin&eacute;a 1 &laquo;&nbsp;la recherche et la constatation des infractions pr&eacute;vues par la pr&eacute;sente loi sont r&eacute;gies par le Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale, sous r&eacute;serve des dispositions qui suivent&nbsp;&raquo;. L&rsquo;alin&eacute;a 2 ajoute que &laquo;&nbsp;les visites, perquisitions et saisies peuvent &ecirc;tre effectu&eacute;es &agrave; toute heure, de jour comme de nuit &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des locaux suppos&eacute;s abriter des victimes ou servant de lieu de pr&eacute;paration pour la commission des infractions &agrave; la pr&eacute;sente loi&hellip;&nbsp;&raquo;. Le dernier alin&eacute;a dudit article vient faciliter l&rsquo;administration de la preuve en admettant que la preuve peut &ecirc;tre faite par tous moyens, y compris les enregistrements audio, vid&eacute;o ou tout moyen &eacute;lectronique de conservation de donn&eacute;es. Une telle admission constitue une des innovations de la loi de 2016. Elle incite davantage toute personne ayant pris part &agrave; une association ou une entente en vue de commettre l&rsquo;une des infractions vis&eacute;es, &agrave; la d&eacute;nonciation de l&rsquo;existence de ce projet en cours, si toutefois elle permet l&rsquo;identification des personnes impliqu&eacute;es. En contrepartie, l&rsquo;agent d&eacute;nonciateur est exempt&eacute; de toute peine (art. 21). Toujours dans la logique d&rsquo;encourager la d&eacute;nonciation, la loi pr&eacute;voit des garanties destin&eacute;es &agrave; la protection des victimes et des t&eacute;moins (V. arts. 22 et suivants).</p> <p>Sous le prisme de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, nul ne saurait soutenir mordicus, sans craindre d&rsquo;&ecirc;tre contest&eacute;, que l&rsquo;Etat du Mali est en d&eacute;ficit de corpus juridique suffisamment arm&eacute; de vertus comminatoires aptes &agrave; dissuader toute personne qui se livrerait aux pratiques de l&rsquo;esclavage ou aux actes qui sont analogues. Pourtant, aussi effarant que cela puisse para&icirc;tre, le ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;esclavage demeure prosp&egrave;re sous nos cieux et ce, nonobstant l&rsquo;existence d&rsquo;un faisceau dense d&rsquo;instruments juridiques &agrave; vocation abolitionniste de ce fl&eacute;au. La pratique de l&rsquo;esclavage a donc surv&eacute;cu malgr&eacute; sa condamnation.</p> <p>&nbsp;</p> <h2>II. La survivance des pratiques esclavagistes au Mali</h2> <p>Insoucieux de sa condamnation, l&rsquo;esclavage suit son cours normal au Mali, n&rsquo;en d&eacute;plaise aux donneurs de le&ccedil;ons et aux d&eacute;fenseurs des droits de l&rsquo;homme. Il est cependant du devoir du juriste de s&rsquo;interroger sur les facteurs qui contribuent &agrave; la survie de ce ph&eacute;nom&egrave;ne (A) et sur les moyens &agrave; explorer pour trouver des pistes de solution pouvant aboutir &agrave; sa disparition d&eacute;finitive (B).</p> <p>&nbsp;</p> <h3>A. Les facteurs contributifs &agrave; la survie</h3> <p>Nombreux sont les facteurs qui concourent &agrave; la p&eacute;rennit&eacute; des pratiques esclavagistes. Dans le cadre de la pr&eacute;sente r&eacute;flexion, nous ne retiendrons que deux facteurs&nbsp;r&eacute;currents au Mali&nbsp;: les facteurs historiques (1) sur lesquels viennent se greffer les facteurs contemporains (2).</p> <p>&nbsp;</p> <h4>1. Les facteurs historiques</h4> <p>La survie de l&rsquo;esclavage au Mali s&rsquo;explique, en partie, par la manifestation de ph&eacute;nom&egrave;nes qui remontent &agrave; un pass&eacute; qui n&rsquo;est pas si lointain. Ces ph&eacute;nom&egrave;nes se manifestent g&eacute;n&eacute;ralement par la transmission du statut de l&rsquo;esclave de p&egrave;re &agrave; fils, esclavage transmis sous forme d&rsquo;h&eacute;ritage (a). La l&eacute;gitimit&eacute; de cette pratique repose le plus souvent sur la religion musulmane (b).</p> <h5>&nbsp;</h5> <h5>a. L&rsquo;esclavage comme h&eacute;ritage de l&rsquo;histoire</h5> <p>Certains esclaves empruntent leur statut au seul fait que leurs a&iuml;eux l&rsquo;&eacute;taient aussi. Il y a lieu de rappeler que le statut d&rsquo;esclave r&eacute;sulte de diff&eacute;rentes circonstances notamment la guerre et la servitude pour dettes (Haidara, 1987, 6 et s.)</p> <p>Le Mali est un pays de riches civilisations. Il a connu de grands conqu&eacute;rants dont la renomm&eacute;e s&rsquo;&eacute;tendait hors des fronti&egrave;res nationales. En effet, l&rsquo;id&eacute;e toujours grandissante d&rsquo;&eacute;tendre les fronti&egrave;res nationales et de se procurer aussi des hommes qui s&rsquo;occuperont des travaux indignes d&rsquo;un noble, poussait les empereurs &agrave; se d&eacute;clarer mutuellement la guerre. A l&rsquo;issue des guerres, les vaincus &eacute;taient donc tenus prisonniers. Ils &eacute;taient le plus souvent r&eacute;duits en esclavage. Cette soumission &eacute;tait &agrave; l&rsquo;abri de toute prescription. Ainsi, toute une descendance n&rsquo;ayant pourtant pris part &agrave; aucune guerre, na&icirc;tra ipso facto sous le statut d&rsquo;esclave et sera tenue aux m&ecirc;mes devoirs et obligations &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du ma&icirc;tre de leur p&egrave;re esclave de m&ecirc;me que tous les descendants de ce dernier.</p> <p>L&rsquo;une des causes pouvant &eacute;galement conduire &agrave; l&rsquo;esclavage r&eacute;sidait dans les rapports contractuels entre deux familles. Des besoins pressants poussaient g&eacute;n&eacute;ralement une famille &agrave; recourir aux soutiens financiers, mat&eacute;riels ou autres d&rsquo;une autre famille (Testart, 2001, 2 et s.&nbsp;; Jacob, 1994, 1 et s.). N&rsquo;&eacute;tant pas parvenue &agrave; &eacute;ponger sa dette, la famille d&eacute;bitrice s&rsquo;obligeait &agrave; envoyer un de ses membres &agrave; charge d&rsquo;accomplir une certaine t&acirc;che au profit de la famille cr&eacute;anci&egrave;re (Moreau, 1849, 1 et s.). Le maintien de l&rsquo;ex&eacute;cutant sous la contrainte d&rsquo;une telle obligation pouvait s&rsquo;&eacute;tendre sur un laps de temps plus ou moins long, voire ind&eacute;termin&eacute;. Les enfants n&eacute;s d&rsquo;un p&egrave;re ou d&rsquo;une m&egrave;re plac&eacute;s sous le statut d&rsquo;esclave se voyaient imposer le m&ecirc;me statut (Cahen, 1997, 158).</p> <p>Ces r&eacute;alit&eacute;s ont persist&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; nos jours. Les Touaregs sont toujours divis&eacute;s en trois classes&nbsp;: nobles, vassaux et bellahs. Et les sonrha&iuml; poss&egrave;dent toujours captifs ou &laquo;&nbsp;bania&nbsp;&raquo; (Haidara, 1987, 7 &agrave; 8).</p> <p>Beaucoup de ces esclaves savent qu&rsquo;aux yeux de la loi, ils sont libres, mais ils ob&eacute;issent encore &agrave; leurs anciens maitres<a href="#sdfootnote19sym" name="sdfootnote19anc">19</a>. A Tombouctou par exemple, m&ecirc;me avec l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, certains esclaves ont &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s de se racheter pour obtenir leur libert&eacute;. Cette op&eacute;ration a lieu devant l&rsquo;imam et des t&eacute;moins. Cette attitude s&rsquo;explique par le fait que les esclaves sont attach&eacute;s &agrave; une tradition et &agrave; un pass&eacute; qu&rsquo;ils ont peur de trahir. Surtout&nbsp;: les maitres &eacute;taient des marabouts, ils redoutent que ces derniers leur infligent un sort lugubre.</p> <h5>&nbsp;</h5> <h5>b. La religion</h5> <p>La religion appara&icirc;t comme une source de l&eacute;gitimit&eacute; pour les pratiques esclavagistes. L&rsquo;une des raisons qui expliquent la persistance de ce ph&eacute;nom&egrave;ne dans les pays arabes ou de civilisation arabe est la religion. En ce qui concerne l&rsquo;islam, il traite l&rsquo;homme comme une richesse inestimable, une cr&eacute;ature aux aspirations multiples. L&rsquo;homme ne pouvait donc &ecirc;tre r&eacute;duit au rang d&rsquo;une marchandise. Pourtant, l&rsquo;islam a aussi connu cette institution. Il est bien vrai que le Coran n&rsquo;a pas aboli l&rsquo;esclavage. Il le reconna&icirc;t d&rsquo;ailleurs<a href="#sdfootnote20sym" name="sdfootnote20anc">20</a>. Il y a quand m&ecirc;me lieu de noter que l&rsquo;islam a toujours pr&ocirc;n&eacute; un traitement adouci r&eacute;serv&eacute; aux esclaves. Il est rapport&eacute; par une doctrine autoris&eacute;e de l&rsquo;islam que le Proph&egrave;te Mahomet (PSL) aurait dit ce qui suit &laquo;&nbsp;&hellip; Ceux-ci sont vos fr&egrave;res, vos poss&eacute;d&eacute;s. Celui qui a son fr&egrave;re sous sa domination doit le faire manger ce que lui-m&ecirc;me mange, le v&ecirc;tir comme lui-m&ecirc;me. Ne les faites pas travailler au-dessus de leur capacit&eacute;; si vous le faites, aidez-les&nbsp;&raquo;. Il r&eacute;sulte que l&rsquo;esclavage reste autoris&eacute;, mais que l&rsquo;esclave m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre trait&eacute; avec une plus grande mansu&eacute;tude. Au <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Xe_si%C3%A8cle">Xe&nbsp;si&egrave;cle</a>, un calife de Bagdad, sous la dynastie <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Califat_abbasside">Abbasside</a>, ne poss&egrave;de pas moins de 10&nbsp;000 esclaves<a href="#sdfootnote21sym" name="sdfootnote21anc">21</a>.</p> <p>Ce choc de positionnement entre le divin et le rationnel est de nature &agrave; rendre malais&eacute; le dialogue entre ces deux. En attendant qu&rsquo;il y ait un terrain d&rsquo;entente, la pratique de l&rsquo;esclavage aura de beaux jours &agrave; vivre eu &eacute;gard aux facteurs contemporains qui tendent &agrave; l&rsquo;amplifier.</p> <p>&nbsp;</p> <h4>2. Les facteurs contemporains</h4> <p>A ce titre, l&rsquo;on ne retient que ceux qui ont trait &agrave; l&rsquo;ineffectivit&eacute; des dispositifs juridiques engag&eacute;s &agrave; cet effet. Cette ineffectivit&eacute; s&rsquo;explique par diff&eacute;rents obstacles auxquels se heurte l&rsquo;application de ces textes.</p> <p>Malgr&eacute; la ratification de tous ces instruments juridiques internationaux et r&eacute;gionaux de protection et de promotion des droits de l&rsquo;homme, quelques obstacles subsistent qui sont entre autres : la m&eacute;connaissance, par la population, des textes de droit interne et des normes internationales relatives aux droits de l&rsquo;homme&nbsp;; le faible niveau d&rsquo;harmonisation de nos textes avec les instruments internationaux ratifi&eacute;s&nbsp;; la faible application des instruments internationaux par les juridictions nationales&nbsp;; la non invocation des normes internationales par les justiciables et par les avocats&nbsp;; le faible niveau de formation des acteurs de la justice au droit international et aux instruments internationaux relatifs aux droits de l&rsquo;homme.</p> <p>En vue d&rsquo;apporter des rem&egrave;des appropri&eacute;s aux probl&egrave;mes li&eacute;s &agrave; la combinaison de ces deux facteurs contributifs &agrave; la survivance du ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;esclavage, nous nous proposons de mettre en exergue des m&eacute;thodes susceptibles d&rsquo;enrayer ce fl&eacute;au et ce, en d&eacute;pit de son profond ancrage dans les habitudes.</p> <p>&nbsp;</p> <h3>B. Les m&eacute;thodes envisageables pour une abolition d&eacute;finitive</h3> <p>L&rsquo;objectif qui tend &agrave; sonner le glas des pratiques esclavagistes requiert la mise en &oelig;uvre de m&eacute;thodes ou de moyens efficaces pour y arriver. Ces m&eacute;thodes peuvent &ecirc;tre persuasives (1) ou lorsque les circonstances n&eacute;cessitent, d&rsquo;envisager l&rsquo;usage de m&eacute;thodes radicales ou dissuasives (2).</p> <p>&nbsp;</p> <h4>1. Le recours aux moyens persuasifs</h4> <p>Au plan national, la politique de pr&eacute;vention et de lutte contre l&rsquo;esclavage ainsi que les pratiques assimil&eacute;es doivent passer par la sensibilisation (Michel, 2018, 103 &agrave; 126), par l&rsquo;information, par l&rsquo;&eacute;ducation, par l&rsquo;apport de soutiens &eacute;conomiques et financiers en faveur des descendants d&rsquo;esclaves et des esclaves affranchis.</p> <p>La sensibilisation doit consister &agrave; d&eacute;courager l&rsquo;esclavage ainsi que les autres pratiques assimil&eacute;es. Pour ce faire, l&rsquo;intervention d&rsquo;acteurs ayant une certaine exp&eacute;rience s&lsquo;av&egrave;re indispensable afin de tenir le discours qu&rsquo;il faut, orient&eacute; dans le sens de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des hommes en droits et en dignit&eacute;. Cette vaste campagne de sensibilisation doit &ecirc;tre soutenue par une large campagne d&rsquo;information.</p> <p>L&rsquo;information doit concerner notamment l&rsquo;existence des instruments &eacute;dict&eacute;s dans le dessein d&rsquo;abolir l&rsquo;esclavage (Graff, 2020, 197). Pour ce faire, il serait opportun de proc&eacute;der &agrave; des publicit&eacute;s, des sketchs, des pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre, des films, des messages transmis par le canal des t&eacute;l&eacute;visions, des radios, des r&eacute;seaux internet, etc. Des programmes scolaires doivent &eacute;galement &ecirc;tre r&eacute;organis&eacute;s dans le cadre d&rsquo;une &eacute;ducation orient&eacute;e vers l&rsquo;interdiction de cette pratique.</p> <p>Aux plans national et international, et relativement aux obstacles rencontr&eacute;s dans le cadre de l&rsquo;application des instruments juridiques, l&rsquo;Etat doit mettre en place une politique et un m&eacute;canisme de vulgarisation des textes nationaux et des normes internationales (traduction en langues nationales &eacute;crites et parl&eacute;es), acc&eacute;l&eacute;rer l&rsquo;harmonisation des textes internes avec les instruments internationaux ratifi&eacute;s, &eacute;laborer une politique ou strat&eacute;gie de formation et d&rsquo;information des acteurs de la justice aux instruments supranationaux existants en la mati&egrave;re, enfin adopter et mettre en &oelig;uvre sa politique nationale relative aux droits de l&rsquo;homme.</p> <p>L&rsquo;Etat doit &eacute;galement prendre les mesures qui sont n&eacute;cessaires afin de faire en sorte que les migrations s&rsquo;op&egrave;rent de mani&egrave;re l&eacute;gale, notamment par la diffusion d&rsquo;informations exactes par les services concern&eacute;s, sur les conditions permettant l&rsquo;entr&eacute;e et le s&eacute;jour l&eacute;gaux sur son territoire. De m&ecirc;me, il serait souhaitable d&rsquo;envisager des mesures sp&eacute;cifiques afin de r&eacute;duire la vuln&eacute;rabilit&eacute; des enfants &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la traite, notamment en cr&eacute;ant un environnement protecteur pour ces derniers.</p> <p>En outre, il sera question d&rsquo;accorder des soutiens financiers et &eacute;conomiques aux descendants d&rsquo;esclaves et aux esclaves affranchis afin de ne pas leur donner l&rsquo;envie d&rsquo;y retourner ou de solliciter un soutien aupr&egrave;s de leur ancien maitre. Une fois l&rsquo;ex&eacute;cution &agrave; bon escient de cette politique devenue effective, l&rsquo;on pourrait passer &agrave; la vitesse sup&eacute;rieure par l&rsquo;usage de m&eacute;thodes dissuasives.</p> <h4>&nbsp;</h4> <h4>2. Le recours aux moyens dissuasifs</h4> <p>Le recours aux moyens dissuasifs pr&eacute;sente l&rsquo;avantage de pouvoir vaincre la r&eacute;sistance des responsables les plus r&eacute;calcitrants. Il est vrai que la sanction, m&ecirc;me son durcissement, ne constitue gu&egrave;re le ressort le plus &eacute;nergique de l&rsquo;ex&eacute;cution spontan&eacute;e de la r&egrave;gle de droit (Cornu, 1999, 20). Cependant, et pour nuancer, il faut reconna&icirc;tre que nombreux sont ceux qui ne comprennent que le langage de la force. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; de renforcer la vertu dissuasive de l&rsquo;arsenal juridique p&eacute;nal. D&eacute;sormais, toute pratique de nature esclavagiste doit &ecirc;tre sanctionn&eacute;e par des peines criminelles compl&eacute;t&eacute;es par le versement d&rsquo;une indemnit&eacute; p&eacute;cuniaire r&eacute;paratrice des pr&eacute;judices subis.</p> <p>Le durcissement des mesures r&eacute;pressives doit &ecirc;tre accompagn&eacute; par leur application effective, car, comme le dirait Thomas Hobbes, &laquo;&nbsp;le droit sans glaive n&rsquo;est qu&rsquo;un mot&nbsp;&raquo;. L&rsquo;application exemplaire des sanctions servirait de le&ccedil;on &agrave; l&rsquo;endroit de ceux qui s&rsquo;ent&ecirc;tent dans cette pratique et de ceux qui sont d&eacute;sireux de s&rsquo;y aventurer.</p> <p>Un autre moyen efficace serait d&rsquo;appeler les esclaves &agrave; la r&eacute;volte ou &agrave; la d&eacute;sob&eacute;issance mais de tels actes auront certainement des r&eacute;percussions n&eacute;gatives pour les esclaves. Aussi l&rsquo;Etat doit porter ses soutiens de quelque nature qu&rsquo;ils soient. Des mesures de sanction doivent &eacute;galement &ecirc;tre pr&eacute;vues &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des esclaves qui se seraient d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment maintenus sous la pratique<a href="#sdfootnote22sym" name="sdfootnote22anc">22</a>.</p> <p>&nbsp;</p> <p style="text-align: center;">*</p> <p style="text-align: center;">* *</p> <p>&nbsp;</p> <p>Une prompte analyse nous a permis de passer en revue la situation juridique et factuelle de l&rsquo;esclave au Mali. Il a &eacute;t&eacute; d&eacute;montr&eacute; que le Mali, comme d&rsquo;autres pays du monde, n&rsquo;est pas rest&eacute; en marge dans le combat men&eacute; contre l&rsquo;esclavage ainsi que contre les pratiques similaires. A cet effet, le voile a &eacute;t&eacute; lev&eacute; sur toute une batterie d&rsquo;instruments juridiques, tant sur le plan national que supranational. L&rsquo;analyse a cependant r&eacute;v&eacute;l&eacute; l&rsquo;inaptitude de ces dispositifs juridiques &agrave; enrayer le ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;esclavage. L&rsquo;abolition officielle s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e incapable de supprimer la pratique officieuse de l&rsquo;esclavage. Le constat d&rsquo;un d&eacute;calage entre le l&eacute;gif&eacute;r&eacute; et le v&eacute;cu est partout.</p> <p>L&rsquo;occasion n&rsquo;a pourtant pas &eacute;t&eacute; manqu&eacute;e de mettre en avant les facteurs qui concourent &agrave; la p&eacute;rennit&eacute; des pratiques esclavagistes. Sans pr&eacute;tendre &agrave; l&rsquo;exhaustivit&eacute;, n&rsquo;ont &eacute;t&eacute; mis en &eacute;vidence que quelques facteurs historiques et contemporains qui nourrissent ce ph&eacute;nom&egrave;ne condamn&eacute; &agrave; dispara&icirc;tre.</p> <p>Face &agrave; cette situation troublante, il a &eacute;t&eacute; opportun&eacute;ment sugg&eacute;r&eacute; de recourir aux moyens persuasifs et dissuasifs comme antidotes &agrave; cette pathologie, &agrave; d&eacute;faut desquels le combat contre ce fl&eacute;au dont les racines sont tr&egrave;s ancr&eacute;es serait une gageure, un &eacute;ternel effort vers un temple perdu. Mais les moyens expos&eacute;s seront-ils suffisants pour &eacute;radiquer l&rsquo;esclavage au Mali ? Rien n&rsquo;est moins s&ucirc;r car les vieilles habitudes ont la peau dure.</p> <p>&nbsp;</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Ouvrages g&eacute;n&eacute;raux </strong></p> <p>-G. CORNU, Introduction: les personnes, les biens, Montchrestien, 9e &eacute;d., 1999.</p> <p>-O. GRENOUILLEAU, Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;esclavage&nbsp;? Une histoire globale, Gallimard, Biblioth&egrave;que des histoires, 2014.</p> <p>-A. JACOB, Le Travail reflet des cultures, PUF, 1994.</p> <p>-C. MOREAU, Du droit &agrave; l&rsquo;oisivet&eacute; et de l&rsquo;organisation du travail servile dans les r&eacute;publiques grecques et romaines, Guillaumin, Paris, 1849.</p> <p>-A. TESTART, L&rsquo;Esclave, la dette et le pouvoir, &eacute;ditions Errance, Paris, 2001.</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Ouvrages sp&eacute;ciaux</strong></p> <p>-C. CAHEN, L&#39;Islam. Des origines au d&eacute;but de l&#39;empire ottoman, Hachette, 1997.</p> <p>-F. CONTE, Les Slaves, Biblioth&egrave;que de l&#39;&Eacute;volution de l&#39;Humanit&eacute;, Albin Michel, 1996.</p> <p>-P. DAO, La survivance de l&rsquo;esclavage au Mali, &eacute;d. Jamana, Bamako, 2012.</p> <p>-S. KATE, La probl&eacute;matique du travail des enfants au Mali&nbsp;: un autre d&eacute;fi pour le droit des droits de l&rsquo;homme&nbsp;?, &eacute;d. Jamana, Bamako, 2009.</p> <p>-N. KEITA, L&rsquo;esclavage au Mali, L&rsquo;Harmattan, Bamako, 2012.</p> <p>-C. MEILLASSOUX, Anthropologie de l&rsquo;esclavage, PUF, 1986.</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>M&eacute;moire</strong></p> <p>-H. HA&Iuml;DARA, &laquo;&nbsp;L&rsquo;esclavage&nbsp;: les pratiques coutumi&egrave;res, l&rsquo;islam et le droit positif, M&eacute;moire de Maitrise, Ecole nationale d&rsquo;administration (ENA), 1987.</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Articles</strong></p> <p>-M. CAMARA &laquo;&nbsp;Probl&eacute;matique de la mendicit&eacute; des enfants au Mali&nbsp;&raquo;, Journ&eacute;e de plaidoyer du Groupe de R&eacute;flexion sur les Droits de l&rsquo;Enfant 1er juillet 2008. Disponible en ligne: https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_l%27enfant_au_Mali#Enfants_des_rues_et_enfants_mendiants</p> <p>-C. GARRIER, &laquo;&nbsp;De la difficult&eacute; d&#39;abolir l&#39;esclavage en Afrique&nbsp;&raquo;, Pr&eacute;sence Africaine 1998/1, n&deg; 157.</p> <p>-T.-F. GRAFF, &laquo; L&#39;interdiction de l&#39;esclavage, norme de jus cogens en droit international et droit inconditionnel en droit europ&eacute;en &raquo;, in Cahiers de la justice, 2020, p. 197.</p> <p>-J. MICHEL, &laquo;&nbsp;Le r&ocirc;le des associations antillaises et du Parti communiste fran&ccedil;ais dans la reconnaissance de l&rsquo;esclavage comme crime contre l&rsquo;humanit&eacute;&nbsp;&raquo;, in Cahiers d&#39;&eacute;tudes africaines 2018/1 n&deg; 229.</p> <p>-J. NISOT, &laquo;&nbsp;Le concept de jus cogens envisag&eacute; par rapport au droit international&nbsp;&raquo; en ligne: http://rbdi.bruylant.be/public/modele/rbdi/content/files/RBDI%201968/RBDI%201968%20-%201/Etudes/RBDI%201968.1%20-%20pp.%201%20%C3%A0%207%20-%20Joseph%20Nisot.pdf.</p> <p>-B. PETIT, &laquo;&nbsp;Formes l&eacute;gales de travail et formes contemporaines d&#39;esclavage&nbsp;&raquo;, Revue cahiers de la justice, 2020.</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Presse et Rapports</strong></p> <p>-Bureau international catholique de l&rsquo;enfance (BICE)&nbsp;/ Kinder Rechte Africa, Recueil sur la minorit&eacute;&nbsp;: Analyse et commentaires de la l&eacute;gislation applicable aux enfants contrevenants, en danger ou victimes d&rsquo;infractions, Mali, 2010.</p> <p>-Bureau international du travail, Rapport de la commission d&rsquo;experts pour l&rsquo;application des conventions et des recommandations, rapport g&eacute;n&eacute;ral et observation concernant certains pays, Gen&egrave;ve, 1999.</p> <p>-Commission nationale des droits de l&rsquo;homme (CNDH), Rapport annuel 2010 sur la situation des droits de l&rsquo;homme au Mali, 2010.</p> <p>-&laquo;&nbsp;Des enfants maliens exploit&eacute;s dans les plantations&nbsp;&raquo;, L&#39;indicateur Renouveau,&lrm; 3 mars 2008.</p> <p>-N. S. HAIDARA, &laquo;&nbsp;Office du Niger: Le combat s&#39;intensifie contre le trafic des enfants&nbsp;&raquo;, L&#39;Essor,&lrm; 17 juin 2008.</p> <p>-M. A. TRAORE, &laquo;&nbsp;Lutte contre la traite des enfants: un check-up bien &agrave; propos&nbsp;&raquo;, L&rsquo;Essor,&lrm; 31 mars 2009.</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Instruments juridiques supranationaux/nationaux</strong></p> <p>-La convention relative &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, adopt&eacute;e &agrave; Gen&egrave;ve le 25 septembre 1926 ainsi que son protocole additionnel.</p> <p>-La convention suppl&eacute;mentaire relative &agrave; l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues &agrave; l&rsquo;esclavage faite &agrave; Gen&egrave;ve le 7 septembre 1956.</p> <p>-La charte africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples (CADHP) du 27 juin 1981.</p> <p>-La charte africaine des droits et du bien-&ecirc;tre de l&rsquo;enfant (CADBEE) du 11 juillet 1990.</p> <p>-La d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme (DUDH).</p> <p>-Le pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).</p> <p>-Le pacte international relatif aux droits &eacute;conomiques sociaux et culturels (PIDESC).</p> <p>-La Constitution du 25 f&eacute;vrier 1992.</p> <p>-La loi n&deg; 01-079 du 20 ao&ucirc;t 2001 portant Code p&eacute;nal</p> <p>-La loi n&deg; 01-080 du 20 ao&ucirc;t 2001 portant Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale</p> <p>-La loi du 16 juillet 2012</p> <div id="sdfootnote1"> <p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> L&rsquo;&icirc;le de Gor&eacute;e est un lieu plus symbolique qu&rsquo;historique car les d&eacute;portations depuis Gor&eacute;e furent tr&egrave;s minoritaires en comparaison des autres centres de la c&ocirc;te ouest africaine ou bien de la C&ocirc;te des Esclaves (B&eacute;nin). N&eacute;anmoins le nom de Gor&eacute;e reste &eacute;troitement attach&eacute; &agrave; cette p&eacute;riode tragique. Pour conna&icirc;tre l&rsquo;histoire de l&rsquo;&icirc;le et son lien &eacute;troit avec l&rsquo;esclavage, consulter le site suivant: http://www.senegal-online.com/tourisme_au_senegal/villes-et-villages-du-senegal/goree/histoire-de-lile-de-goree/.</p> </div> <div id="sdfootnote2"> <p><a href="#sdfootnote2anc" name="sdfootnote2sym">2</a> Il existe aussi des d&eacute;finitions acad&eacute;miques. l&#39;historien Olivier Grenouilleau propose une d&eacute;finition de l&#39;esclavage autour de quatre caract&egrave;res se combinant, selon les cas, de mani&egrave;res diff&eacute;rentes : l&#39;esclave est un humain qui, m&ecirc;me semblable (de race, d&#39;origine ou de religion), est transform&eacute; en un &laquo;&nbsp;autre radical&nbsp;&raquo; &agrave; la &laquo;&nbsp;suite d&#39;un processus de d&eacute;socialisation, de d&eacute;culturation et de d&eacute;personnalisation faisant de lui une personne exclue des liens de parent&eacute; et ne pouvant les exercer sur ses enfants&nbsp;&raquo;; l&rsquo;esclave &laquo;&nbsp;est poss&eacute;d&eacute; par son ma&icirc;tre&nbsp;&raquo;. Olivier Grenouilleau pr&eacute;f&egrave;re, au terme de &laquo;&nbsp;propri&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;, celui de &laquo;&nbsp;possession&nbsp;&raquo; pour marquer la &laquo;&nbsp;dimension totalitaire de cette d&eacute;pendance&nbsp;&raquo;, le ma&icirc;tre disposant de la personne de l&#39;esclave et pas seulement de son travail: &laquo;&nbsp;L&#39;&Eacute;tat ou la puissance publique ne peut l&#39;atteindre que par la m&eacute;diation de son ma&icirc;tre &raquo;; &laquo;&nbsp;L&#39;utilit&eacute; quasi universelle de l&#39;esclave&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;des t&acirc;ches les plus humbles et les plus d&eacute;shonorantes jusqu&#39;&agrave; de tr&egrave;s hautes fonctions administratives et militaires&nbsp;&raquo;; Quatri&egrave;me caract&egrave;re d&eacute;coulant des pr&eacute;c&eacute;dents, l&#39;esclave &laquo;&nbsp;voit son humanit&eacute; mise en sursis&nbsp;&raquo;: &laquo;&nbsp;Pouvant tour &agrave; tour &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme une chose, un animal ou encore une machine, l&#39;esclave demeure un homme, mais un homme fronti&egrave;re dont l&#39;appartenance &agrave; la soci&eacute;t&eacute; des hommes d&eacute;pend largement de la m&eacute;diation de son ma&icirc;tre&nbsp;&raquo; (Grenouilleau, 2014).</p> </div> <div id="sdfootnote3"> <p><a href="#sdfootnote3anc" name="sdfootnote3sym">3</a>4 La mendicit&eacute; est un ph&eacute;nom&egrave;ne qui conna&icirc;t une grande ampleur au Mali. Ainsi, en 2008, rien qu&rsquo;&agrave; Bamako, l&rsquo;on a recens&eacute; plus de 3&nbsp;000 enfants mendiants dans les rues de la capitale malienne. Pour de plus amples informations (M. CAMARA, 2008). Voir l&rsquo;art. 183 du Code p&eacute;nal du Mali.</p> </div> <div id="sdfootnote4"> <p><a href="#sdfootnote4anc" name="sdfootnote4sym">4</a> Voir les art. 244 et s. du Code p&eacute;nal du Mali. Comme la plupart des pays de la sous-r&eacute;gion, le Mali est victime du trafic d&#39;enfants et de la traite transfrontali&egrave;re. Ainsi, &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, on recensait plusieurs milliers d&rsquo;enfants maliens vendus et exploit&eacute;s dans les plantations de coton, de caf&eacute; et de cacao au nord de la C&ocirc;te d&#39;Ivoire. En 2002, une enqu&ecirc;te recensait 15&nbsp;000 enfants maliens travaillant dans les plantations en C&ocirc;te d&#39;Ivoire et au Ghana (Bureau international du travail, 1999 ; HAIDARA, 2008&nbsp;; M. A. TRAORE, 2009).</p> </div> <div id="sdfootnote5"> <p><a href="#sdfootnote5anc" name="sdfootnote5sym">5</a> Selon un rapport de l&rsquo;UNICEF, le mariage peut &ecirc;tre une sentence de mort au Mali. Il ressort dudit rapport que 71 % des jeunes filles maliennes sont les dindons de cette farce (consulter le site suivant pour en savoir plus&nbsp;: https://www.unicef.org/french/sowc09/docs/SOWC09-CountryExample-Mali-FR.pdf). En ce qui concerne le travail forc&eacute; des enfants, Selon l&rsquo;enqu&ecirc;te ENTE-Mali, au &laquo;&nbsp;Mali, un enfant sera r&eacute;pertori&eacute; comme &eacute;conomiquement actif ou consid&eacute;r&eacute; comme un enfant travailleur, s&rsquo;il a d&eacute;clar&eacute; avoir travaill&eacute; au moins pendant une heure au cours de la semaine de r&eacute;f&eacute;rence, pour un paiement en esp&egrave;ce ou en nature, ou sans paiement, pour un tiers, pour son propre compte ou pour celui d&rsquo;un membre de sa famille&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote6"> <p><a href="#sdfootnote6anc" name="sdfootnote6sym">6</a> Cette citation est recueillie dans les Dictionnaires et recueils des mots, partie &laquo;&nbsp;Citation&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote7"> <p><a href="#sdfootnote7anc" name="sdfootnote7sym">7</a> Dans le cadre de notre r&eacute;flexion, nous n&rsquo;envisageons pas de consacrer des d&eacute;veloppements &agrave; tous ces instruments, mais seulement &agrave; quelques-uns. Pour savoir le nombre d&rsquo;instruments juridiques internationaux et africains ratifi&eacute;s par le Mali, il y a lieu de se reporter au Rapport de 2010 de la commission nationale des droits de l&rsquo;homme (CNDH) disponible sur Google.</p> </div> <div id="sdfootnote8"> <p><a href="#sdfootnote8anc" name="sdfootnote8sym">8</a> V. art. 1 et s.</p> </div> <div id="sdfootnote9"> <p><a href="#sdfootnote9anc" name="sdfootnote9sym">9</a> Alin&eacute;a 1 de l&rsquo;art. 1er de la convention susvis&eacute;e.</p> </div> <div id="sdfootnote10"> <p><a href="#sdfootnote10anc" name="sdfootnote10sym">10</a> Alin&eacute;a 2 de l&rsquo;art. 1er de ladite convention.</p> </div> <div id="sdfootnote11"> <p><a href="#sdfootnote11anc" name="sdfootnote11sym">11</a> Alin&eacute;a 3 de l&rsquo;article 1 de la convention.</p> </div> <div id="sdfootnote12"> <p><a href="#sdfootnote12anc" name="sdfootnote12sym">12</a> V. supra. Des indications chiffr&eacute;es sont fournies au niveau de renvois de bas de page.</p> </div> <div id="sdfootnote13"> <p><a href="#sdfootnote13anc" name="sdfootnote13sym">13</a> Le pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) a b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de l&rsquo;adh&eacute;sion du Mali le 16 juillet 1974.</p> </div> <div id="sdfootnote14"> <p><a href="#sdfootnote14anc" name="sdfootnote14sym">14</a> Date de l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; la DUDH au lendemain des ind&eacute;pendances (CNDH, 2010, 13).</p> </div> <div id="sdfootnote15"> <p><a href="#sdfootnote15anc" name="sdfootnote15sym">15</a> Ce retard peut s&rsquo;expliquer en partie par les troubles politiques que le pays a connus dans cette p&eacute;riode. Il y a &eacute;galement lieu de rappeler que ladite convention comportait une disposition qui ne convenait pas aux autorit&eacute;s maliennes. Il faut signaler que l&rsquo;article 16 de ladite convention a fait l&rsquo;objet de r&eacute;serves. Cette r&eacute;serve est ainsi formul&eacute;e: &laquo;&nbsp;Le gouvernement du Mali d&eacute;clare, compte tenu du Code de la parent&eacute; du Mali, que l&rsquo;article 16 de la Convention n&rsquo;a pas lieu de s&rsquo;appliquer&nbsp;&raquo;. Cet article stipule que &laquo;&nbsp;Tout enfant a le droit &agrave; une vie priv&eacute;e et a droit &agrave; la protection de la loi contre toute intrusion dans sa vie priv&eacute;e&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote16"> <p><a href="#sdfootnote16anc" name="sdfootnote16sym">16</a> Le concept de Jus cogens renvoie &agrave; la convention de Vienne (23&nbsp;mai&nbsp;1969) sur le droit des trait&eacute;s. On y trouve la d&eacute;finition suivante&nbsp;: &laquo; norme imp&eacute;rative de droit international g&eacute;n&eacute;ral accept&eacute;e et reconnue par la communaut&eacute; internationale dans son ensemble en tant que norme &agrave; laquelle aucune d&eacute;rogation n&rsquo;est permise &raquo;. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, les normes de jus cogens sont envisag&eacute;es comme des normes imp&eacute;ratives qui limitent la libert&eacute; contractuelle des Etats et dont la violation par un trait&eacute; entra&icirc;ne la nullit&eacute; de ce dernier&nbsp;: v. https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/jus-cogens.html#sZTL8qE4xRyKy5p5.99&nbsp;; v. aussi J. NISOT, &laquo;&nbsp;Le concept de jus cogens envisag&eacute; par rapport au droit international&nbsp;&raquo; en ligne: http://rbdi.bruylant.be/public/modele/rbdi/content/files/RBDI%201968/RBDI%201968%20-%201/Etudes/RBDI%201968.1%20-%20pp.%201%20%C3%A0%207%20-%20Joseph%20Nisot.pdf.</p> </div> <div id="sdfootnote17"> <p><a href="#sdfootnote17anc" name="sdfootnote17sym">17</a> Ibid.</p> </div> <div id="sdfootnote18"> <p><a href="#sdfootnote18anc" name="sdfootnote18sym">18</a> Art. 8 du texte indiqu&eacute;.</p> </div> <div id="sdfootnote19"> <p><a href="#sdfootnote19anc" name="sdfootnote19sym">19</a> Ibid.</p> </div> <div id="sdfootnote20"> <p><a href="#sdfootnote20anc" name="sdfootnote20sym">20</a> Les versets du Coran encourageant l&#39;esclavage des non-musulmans par les musulmans&nbsp;: XXXIII, 52. Il ne l&#39;est plus permis d&eacute;sormais de prendre [d&#39;autres] femmes. Ni de changer d&#39;&eacute;pouses, m&ecirc;me si leur beaut&eacute; te pla&icirc;t, &agrave; l&#39;exception des esclaves que tu poss&egrave;des. Et Allah observe toute chose; XVI, 71. Allah a favoris&eacute; les uns d&#39;entre vous par rapport aux autres dans [la r&eacute;partition] de ses dons. Ceux qui ont &eacute;t&eacute; favoris&eacute;s ne sont nullement dispos&eacute;s &agrave; donner leur portion &agrave; ceux qu&#39;ils poss&egrave;dent de plein droit [esclaves] au point qu&#39;ils y deviennent &eacute;gaux. Nieront-ils les bienfaits d&#39;Allah&nbsp;? V, 43. L&#39;&eacute;pouse n&#39;a aucun droit de s&#39;opposer &agrave; son mari de poss&eacute;der des esclaves femelles et d&#39;avoir des rapports [sexuels] avec elles [de les violer]. Et Allah sait mieux; IV, 24. Vous sont encore interdites&nbsp;: les femmes mari&eacute;es, &agrave; moins qu&#39;elles ne soient pas captives de guerre. [&hellip;] Allah est celui qui sait, il est juste&nbsp;; XXIII, 1. Bienheureux sont les musulmans [&hellip;]&nbsp;; ----, 5. qui pr&eacute;servent leurs sexes [de tout rapport]; ----, 6. si ce n&#39;est qu&#39;avec leurs &eacute;pouses ou les esclaves qu&#39;ils poss&egrave;dent&nbsp;; XXXIII, 50. &Ocirc; Proph&egrave;te&nbsp;! Nous t&#39;avons rendues licites les &eacute;pouses &agrave; qui tu as donn&eacute; leur dot, celles que tu as poss&eacute;d&eacute;es l&eacute;galement parmi les captives [esclaves ] qu&#39;Allah t&#39;a destin&eacute;es, les filles de tes oncles. [&hellip;]; XXIV, 33. Ne forcez pas vos femmes esclaves &agrave; se prostituer pour vous procurer les biens de la vie de ce monde, alors qu&#39;elles voudraient rester honn&ecirc;tes. Mais si quelqu&#39;un les y contraignait [&hellip;], Allah est celui qui pardonne, il est mis&eacute;ricordieux&nbsp;; LXX, 29-31. Les hommes qui n&#39;ont de rapports qu&#39;avec leurs &eacute;pouses et avec leurs captives de guerre ne sont pas bl&acirc;mables, tandis que ceux qui en convoitent d&#39;autres sont transgresseurs (Extrait de Tidiane N&#39;Diaye, Le g&eacute;nocide voil&eacute;, Gallimard, 2008) disponible en ligne&nbsp;: https://blogs.mediapart.fr/jecmaus/blog/200813/afriqueesclavage-les-versets-du-coran-encourageant-lesclavage-des-non-musulmans-par-les-musulmans.</p> </div> <div id="sdfootnote21"> <p><a href="#sdfootnote21anc" name="sdfootnote21sym">21</a>S. DELACAMPAGNE, Histoire de l&rsquo;esclavage, p.&nbsp;118 disponible en ligne&nbsp;: https://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage#cite_note-32 (consult&eacute; le 22-08-2017).</p> </div> <div id="sdfootnote22"> <p><a href="#sdfootnote22anc" name="sdfootnote22sym">22</a> Il convient de relever que l&rsquo;esclavage n&rsquo;est pas forc&eacute;ment un ph&eacute;nom&egrave;ne qui s&rsquo;impose &agrave; la volont&eacute; de l&rsquo;esclave. Dans le cadre de nos diff&eacute;rentes enqu&ecirc;tes, il a pu &ecirc;tre constat&eacute; que nombreux sont les esclaves qui sont fiers ou qui se r&eacute;jouissent de leur statut d&rsquo;esclave et n&rsquo;entendent nullement se soustraire &agrave; cette pratique qu&rsquo;ils per&ccedil;oivent comme naturelle. Cette fa&ccedil;on de voir n&rsquo;est pas sans induire quelques complications dans le processus, d&eacute;j&agrave; d&eacute;clench&eacute;, d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage au Mali. Cependant, une telle perception ne doit nullement conduire au d&eacute;couragement puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas ici de pr&eacute;server le seul int&eacute;r&ecirc;t de l&rsquo;esclave (consentant) mais de toute la famille humaine car c&rsquo;est une pratique attentatoire &agrave; l&rsquo;ordre public international.</p> </div>

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Infractions "mystiques" et droit pénal en Afrique

Georges MALKIEL NIMONTE

Sous le nom d’infraction « mystique », emprunté à l’anthropologie anglo-saxonne, ce sont les pratiques relevant de la sorcellerie -pour employer la terminologie courante- qui sont étudiées dans une première partie : après s’être interrogé sur l’ambiguïté du phénomène, après avoir tenté de le définir et en avoir constaté l’omniprésence malgré certaines pratiques antidotiques (fétichisme et divination), l’auteur en décrit des formes telles que les métamorphoses d’hommes-animaux ou l’anthropophagie. La seconde partie constate la difficulté d’appréhender ces phénomènes sous un...

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