N°2 / Le Droit pénal face aux défis de la société africaine contemporaine

L'évolution du maintien de l'ordre et des manifestations en Côte d'Ivoire

Nabi YOULA DOUMBIA

Résumé

Cet article retrace l’histoire et l’évolution du maintien de l’ordre en Côte d’Ivoire de l’époque coloniale à nos jours. Basé sur l’analyse de documents historiques et récents portant sur les principales manifestations qui ont jalonné l’histoire de ce pays, l’article démontre une corrélation entre d’une part la nature des régimes et systèmes politiques et de l’autre les acteurs et stratégies de maintien de l’ordre ainsi que les formes et modalités d’expression des dissentiments. Quatre époques peuvent être distinguées à cet égard : l’époque coloniale, le temps du parti unique, la transition démocratique et l’époque actuelle, chacune étant caractérisée par une façon spécifique de maintenir l’ordre et de manifester.

Les analyses effectuées ainsi que la typologie qui en découle s’appuient sur la théorie de la structure des opportunités politique (Tilly, 1978). Selon cette théorie, chaque régime et système politique offre des opportunités et des contraintes spécifiques qui influencent les cadres de perception et d’action des acteurs sociaux.

Abstract: This article traces the history and evolution of the policing of protest in Côte d’Ivoire from colonial times to the present day. Based on the analysis of historical and recent documents on the main manifestations that have marked the history of this country, the article demonstrates a correlation between the nature of the regimes and the protest policing as well as the forms and modalities of the expression of dissent. Four eras can be distinguished in this regard: the colonial era, the one-party era, the democratic transition and the present era, each characterized by a specific way of maintaining order and demonstrating.

The analyzes carried out and the resulting typology are based on the theory of the political opportunity structure (Tilly, 1978). According to this theory, each regime and political system offers specific opportunities and constraints that influence the frameworks of perception and action of social actors.

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<div> <p>Si toute soci&eacute;t&eacute; rec&egrave;le en son sein des germes de conflits et de contestations, les formes particuli&egrave;res par lesquelles ceux-ci s&rsquo;expriment varient d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; et d&rsquo;une &eacute;poque &agrave; l&rsquo;autre. Ainsi, guerres, palabres, r&eacute;voltes, coups d&rsquo;&Eacute;tat, r&eacute;volutions, p&eacute;titions, manifestations, bref le r&eacute;pertoire de contestation politique d&rsquo;un &Eacute;tat, sont le produit de l&rsquo;histoire. La manifestation constitue de nos jours le principal mode de protestation dans presque tous les &Eacute;tats du monde. En C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, cette forme pacifique de protestation appara&icirc;t durant la colonisation fran&ccedil;aise. Depuis, ind&eacute;pendamment de l&rsquo;&eacute;volution du r&eacute;gime politique, les forces vou&eacute;es au maintien de l&rsquo;ordre ont chang&eacute; de nature, de m&ecirc;me que devenait plus fr&eacute;quent l&rsquo;usage des manifestations. Sch&eacute;matiquement, on peut d&eacute;gager quatre &eacute;poques distinctes&nbsp;: l&rsquo;&eacute;poque coloniale lorsque l&rsquo;autoritarisme impose une expression passive des dissentiments (1893-1960), le temps du parti unique qui ne peut emp&ecirc;cher les agitations estudiantines (1960-1990), la transition d&eacute;mocratique o&ugrave; le retour au multipartisme s&rsquo;accompagne d&rsquo;une augmentation des manifestations (1990-2000), enfin au XXIe si&egrave;cle, une militarisation de la soci&eacute;t&eacute; avec des manifestations calamiteuses (2000-2010).</p> <p>&nbsp;</p> <h2>I. L&rsquo;autoritarisme colonial et l&rsquo;expression passive des dissentiments (1893-1960)</h2> <p>La C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire devint une colonie fran&ccedil;aise en 1893. Elle fait partie int&eacute;grante de l&rsquo;Afrique Occidentale fran&ccedil;aise (AOF), une f&eacute;d&eacute;ration de huit colonies dont le chef-lieu se trouve &agrave; Dakar au S&eacute;n&eacute;gal. Entre 1893 et 1920, les derniers foyers de r&eacute;sistance, situ&eacute;s dans l&rsquo;ouest et le sud du pays se sont &eacute;teints (Loucou, 2007). La &laquo;&nbsp;mise en valeur de la colonie&nbsp;&raquo; s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;re avec le d&eacute;ploiement progressif de l&rsquo;administration coloniale, &agrave; travers un maillage dont l&rsquo;unit&eacute; est le cercle, &eacute;quivalent actuel d&rsquo;un d&eacute;partement.</p> <p>Le maintien de l&rsquo;ordre est assur&eacute; conjointement par les polices, notamment les garde-cercles et les troupes coloniales. Les forces de police sont recrut&eacute;es localement. La fonction n&rsquo;exige ni instruction pr&eacute;alable ni formation sp&eacute;cifique, la seule aptitude recherch&eacute;e &eacute;tant l&rsquo;ob&eacute;issance totale aux ordres. Selon Brunschvicg (1983&nbsp;: 135)&nbsp;: &laquo;&nbsp;leurs agents ont port&eacute; divers noms, gardes de suret&eacute;, gendarmes, miliciens, gardes r&eacute;gionaux, gardes civils, gardes indig&egrave;nes, gardes de cercles. Leur caract&egrave;re sp&eacute;cifique &eacute;tait de d&eacute;pendre uniquement des autorit&eacute;s civiles (gouverneurs, administrateurs) qui leur confiaient des missions civiles&nbsp;: police, transmission des ordres des administrateurs, escortes, garde des convois et, en cas de troubles, sauvegarde de la vie et, si possible, des biens des Europ&eacute;ens et des prot&eacute;g&eacute;s indig&egrave;nes, en attendant l&rsquo;arriv&eacute;e de la troupe charg&eacute;e d&rsquo;assurer le r&eacute;tablissement de l&rsquo;ordre&nbsp;&raquo;. La troupe est constitu&eacute;e de quelques officiers fran&ccedil;ais et de soldats indig&egrave;nes, appel&eacute;s tirailleurs s&eacute;n&eacute;galais (Dram&eacute;, 2007). Les garde-cercles et les tirailleurs, plac&eacute;s directement sous l&rsquo;autorit&eacute; des administrateurs coloniaux, assurent le maintien de l&rsquo;ordre, notamment la lev&eacute;e de l&rsquo;imp&ocirc;t de capitation, le recrutement de militaires et la r&eacute;quisition de la main-d&rsquo;&oelig;uvre devant servir aux travaux forc&eacute;s.</p> <p>Les motifs de m&eacute;contentement contre l&rsquo;administration coloniale sont nombreux pour ces raisons et pour bien d&rsquo;autres comme l&rsquo;obligation faite aux indig&egrave;nes de s&rsquo;adonner aux cultures d&rsquo;exportation (caf&eacute;, cacao, coton). Pourtant, l&rsquo;expression des dissentiments reste passive. Les oppositions sont g&eacute;n&eacute;rales, mais non concert&eacute;es&nbsp;: elles empruntent la forme de la d&eacute;sertion, plus de 60&thinsp;000 habitants de l&rsquo;AOF ont fui vers les colonies anglophones limitrophes&thinsp;; de l&rsquo;indolence, les travaux obligatoires sont ex&eacute;cut&eacute;s avec paresse&thinsp;; de la religion, avec apparition des courants mill&eacute;naristes, notamment la religion Harris au sud de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (Mazenot, 2005). Aucune libert&eacute; civique ou syndicale n&rsquo;est conc&eacute;d&eacute;e aux habitants de ce territoire. De toute la f&eacute;d&eacute;ration de l&rsquo;AOF, seuls les habitants des quatre communes du S&eacute;n&eacute;gal (Dakar, Saint-Louis, Rufisque et Gor&eacute;e) ont le statut de citoyens fran&ccedil;ais et poss&egrave;dent les droits politiques qui y sont rattach&eacute;s. Les autres habitants rel&eacute;gu&eacute;s au rang de sujets ressortent d&rsquo;un statut juridique discriminant, le r&eacute;gime de l&rsquo;indig&eacute;nat, qui donne des pouvoirs exorbitants &agrave; l&rsquo;administrateur colonial. Celui-ci peut punir les indig&egrave;nes de fa&ccedil;on individuelle ou collective, sans proc&egrave;s contradictoire et sans possibilit&eacute; de faire appel pour des infractions sp&eacute;cifiques en mati&egrave;re d&rsquo;hygi&egrave;ne, d&rsquo;occupation anarchique de l&rsquo;espace et surtout de manifestation de r&eacute;sistance &agrave; l&rsquo;autorit&eacute;&nbsp;: d&eacute;sob&eacute;issance, r&eacute;volte, etc.</p> <p>Cependant, &agrave; partir de 1944, le r&eacute;gime colonial va progressivement &eacute;voluer vers une d&eacute;contraction autoritaire. Le r&eacute;gime de l&rsquo;indig&eacute;nat est aboli le 20 f&eacute;vrier 1945. La libert&eacute; d&rsquo;association et de r&eacute;union est proclam&eacute;e en avril (Gbagbo, 1982). Ainsi, de 1945 &agrave; 1950, la colonie de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire exp&eacute;rimente un r&eacute;gime lib&eacute;ral de type multipartite&nbsp;: plusieurs journaux coexistent sur un terrain que se disputent six formations politiques indig&egrave;nes. Le RDA, parti apparent&eacute; au Parti communiste fran&ccedil;ais est la plus importante force politique. Lorsque d&eacute;bute la guerre froide, ce parti sera l&rsquo;objet d&rsquo;une pers&eacute;cution de la part de l&rsquo;administration coloniale. Huit responsables de ce parti seront arr&ecirc;t&eacute;s &agrave; la suite d&rsquo;une &eacute;meute en f&eacute;vrier 1949, d&eacute;clenchant les premi&egrave;res grandes &agrave; manifestations &agrave; travers tout le pays. Le bilan des &laquo;&nbsp;&eacute;v&egrave;nements de 1949&nbsp;&raquo; fait &eacute;tat de cinquante morts, dont trente fusill&eacute;s par la troupe de tirailleurs s&eacute;n&eacute;galais et vingt provoqu&eacute;es par la p&eacute;nibilit&eacute; des conditions de d&eacute;tention. On d&eacute;nombre &eacute;galement des centaines de bless&eacute;s et pr&egrave;s de cinq mille arrestations (Amondji, 1986&thinsp;; Gbagbo, 1982). L&rsquo;historiographie nationale retiendra &eacute;galement de cette &eacute;poque la marche h&eacute;ro&iuml;que d&rsquo;environ 1&nbsp;&thinsp;500 femmes sur la prison de Grand-Bassam le 24 d&eacute;cembre 1949 pour exiger la lib&eacute;ration des d&eacute;tenus politiques (Diabat&eacute;, 1975).</p> <p>&nbsp;</p> <h2>II. Le monopartisme et les agitations estudiantines de 1960 &agrave; 1990</h2> <p>&nbsp;Durant les dix premi&egrave;res ann&eacute;es de l&rsquo;ind&eacute;pendance, on assiste &agrave; une acc&eacute;l&eacute;ration de la normalisation de l&rsquo;administration du pays sur le mod&egrave;le de la France m&eacute;tropolitaine. Le corps des tirailleurs s&eacute;n&eacute;galais est remplac&eacute; en 1960 par les Forces arm&eacute;es nationales de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (FANCI). Les garde-cercles sont remplac&eacute;s par la police nationale en ville et la gendarmerie dans les campagnes. L&rsquo;&Eacute;cole de police, cr&eacute;&eacute;e en 1967, forme les gardiens de la paix et les officiers, dont une partie des effectifs est affect&eacute;e dans les Compagnies r&eacute;publicaines de s&eacute;curit&eacute; (CRS), une force sp&eacute;cialis&eacute;e dans le maintien de l&rsquo;ordre. Au plan l&eacute;gal, le mim&eacute;tisme est total avec la France. La loi r&eacute;gissant le maintien de l&rsquo;ordre reprend les dispositions fran&ccedil;aises&nbsp;: le d&eacute;cret-loi de 1935 sur les attroupements en vertu de laquelle, toute manifestation doit obtenir une autorisation pr&eacute;alable de l&rsquo;administration au risque d&rsquo;&ecirc;tre ill&eacute;gale.</p> <p>Les institutions politiques de l&rsquo;apr&egrave;s-ind&eacute;pendance contrastent toutefois avec le lib&eacute;ralisme fran&ccedil;ais. Les dirigeants du pays optent pour un r&eacute;gime de monopartisme. Le PDCI RDA est la seule formation politique du pays. Sa main mise s&rsquo;&eacute;tend aux organisations syndicales. L&rsquo;unique centrale syndicale des travailleurs est affili&eacute;e au parti au pouvoir, de m&ecirc;me que la seule organisation estudiantine autoris&eacute;e, le mouvement des &eacute;l&egrave;ves et des &eacute;tudiants de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (MEECI). Les manifestations de l&rsquo;&eacute;poque du parti unique comportent trois caract&eacute;ristiques majeures. Premi&egrave;rement, les droits politiques parmi lesquels la libert&eacute; d&rsquo;association et de r&eacute;union sont limit&eacute;s. Toutes les manifestations de protestation contre le r&eacute;gime en place sont d&rsquo;embl&eacute;e interdites. Deuxi&egrave;mement, et par voie de cons&eacute;quence, les manifestations sont rares. L&rsquo;Universit&eacute; d&rsquo;Abidjan, cr&eacute;&eacute; en 1964, constitue le principal foyer de contestation de l&rsquo;ordre. Hors de cet univers, ce sont quelques &eacute;meutes&nbsp;: celles de 1980 contre les Mauritaniens et celle de 1985 contre la communaut&eacute; burkinab&eacute;. Troisi&egrave;mement&nbsp;: face &agrave; cette client&egrave;le particuli&egrave;rement rebelle que constituent les &eacute;tudiants, l&rsquo;arm&eacute;e est constamment r&eacute;quisitionn&eacute;e pour r&eacute;tablir l&rsquo;ordre et ch&acirc;tier les r&eacute;calcitrants. La r&eacute;action du pouvoir consiste presque invariablement en la fermeture de l&rsquo;Universit&eacute; et des grandes &eacute;coles, &eacute;touffant ainsi les mouvements dans l&rsquo;&oelig;uf. Quant aux meneurs, ils sont renvoy&eacute;s dans des camps militaires pour subir des s&eacute;ances dites de &laquo;&nbsp;r&eacute;&eacute;ducations&nbsp;&raquo; destin&eacute;es &agrave; leur inculquer le civisme. Ces s&eacute;vices de dur&eacute;es variables d&eacute;pendent de l&rsquo;arbitraire du prince et la r&eacute;sistance des sujets (Gbagbo, 1983).</p> <h2>&nbsp;</h2> <h2>III. Le retour au multipartisme et la profusion des manifestations (1990-2000)</h2> <p>Le multipartisme est r&eacute;instaur&eacute; en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire le 3 mai 1990. Plusieurs formations politiques sont cr&eacute;&eacute;es dans la foul&eacute;e&nbsp;: on en compte 29 en janvier 1991 et 40 &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e&nbsp;1992 (Fraternit&eacute; Matin, 2010). Au plan syndical, de nouvelles organisations et faiti&egrave;res font leurs apparitions, de m&ecirc;me qu&rsquo;est lib&eacute;ralis&eacute;e la presse &eacute;crite. Cependant, la manifestation reste encore, en vertu de l&rsquo;ordonnance de 1935, soumise &agrave; l&rsquo;autorisation pr&eacute;alable des autorit&eacute;s de police que sont le chef de l&rsquo;&Eacute;tat et par voie de d&eacute;l&eacute;gation le ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur, les pr&eacute;fets et les maires. Dans les situations qu&rsquo;il estime graves, le chef de l&rsquo;&Eacute;tat peut encore d&eacute;cr&eacute;ter l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence ou l&rsquo;&eacute;tat de si&egrave;ge suspendant ainsi le droit de manifester. Si la lettre des interdictions est g&eacute;n&eacute;rale et applicable &agrave; tous, la mesure est appliqu&eacute;e de fa&ccedil;on s&eacute;lective &agrave; l&rsquo;opposition naissante.</p> <p>Tous les corps habilit&eacute;s, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;ensemble des forces de s&eacute;curit&eacute;, avec au premier rang l&rsquo;arm&eacute;e, sont utilis&eacute;s pour ch&acirc;tier ces nouveaux opposants qui cumulent plusieurs crimes de l&egrave;se-majest&eacute; envers le &laquo;&nbsp;p&egrave;re de la nation&nbsp;&raquo;. Le leitmotiv des &eacute;tudiants en ce d&eacute;but d&rsquo;ann&eacute;e&nbsp;1990 n&rsquo;est-il pas &laquo;&nbsp;Houphou&euml;t voleur&nbsp;&raquo;&thinsp;? Ainsi, 18 f&eacute;vrier 1991, vers 2 heures du matin, les &eacute;tudiants de la cit&eacute; universitaire de Yopougon (baptis&eacute;e le Kwazulu-Natal), &eacute;picentre de toutes les protestations contre le r&eacute;gime, sont r&eacute;veill&eacute;s par les bruits de bottes de la Force d&rsquo;intervention rapide paras commandos (FIRPAC). S&rsquo;en suivra, bastonnades, d&eacute;fenestrations et viols. &Agrave; la commission d&rsquo;enqu&ecirc;te qui exigeait que la hi&eacute;rarchie militaire soit sanctionn&eacute;e, notamment le chef d&rsquo;&Eacute;tat-major, le colonel Robert Guei, Houphou&euml;t-Boigny aurait prononc&eacute; cette boutade&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je ne prendrai pas de sanctions&hellip; quand un couteau vous blesse, est-ce que vous le jetez ? Vous essuyez le sang et vous le remettez &agrave; la maison&hellip; &raquo;. Le principal mis en cause sera plut&ocirc;t promu au grade de g&eacute;n&eacute;ral. Le 18 f&eacute;vrier 1992, un an jour pour jour apr&egrave;s les incidents, environ 20&thinsp;000 personnes participent &agrave; une marche pour exiger des sanctions contre les auteurs des violences. Les organisateurs de la manifestation seront bastonn&eacute;s par les militaires, puis plac&eacute;s sous mandat de d&eacute;p&ocirc;t avec quelque trois cents autres compagnons.</p> <p>Le scandale suscit&eacute; par cette histoire aura toutefois des r&eacute;percussions profondes sur le fonctionnement du syst&egrave;me de maintien d&rsquo;ordre. En effet, lorsque le chef de l&rsquo;&Eacute;tat Henry Konan B&eacute;di&eacute; (1993-1999), successeur de F&eacute;lix Houphou&euml;t-Boigny, demande &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e d&rsquo;intervenir pour maintenir l&rsquo;ordre pendant &laquo;&nbsp;le boycott-actif&nbsp;&raquo;, du nom des manifestations de l&rsquo;opposition visant &agrave; &laquo;&nbsp;emp&ecirc;cher par tous les moyens&nbsp;&raquo;, y compris par la violence, la tenue des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles d&rsquo;octobre 1995, celle-ci par la voix de son chef d&rsquo;&eacute;tat-major (le g&eacute;n&eacute;ral Robert Guei) s&rsquo;en abstiendra. Depuis lors, le maintien de l&rsquo;ordre est assur&eacute; par des forces sp&eacute;cialis&eacute;es, notamment les policiers de la CRS et les gendarmes mobiles. Ceux-ci seront appuy&eacute;s &agrave; partir de 1998 par une escouade polici&egrave;re, mieux &eacute;quip&eacute;e et aguerrie, la brigade anti &eacute;meutes (BAE). Les forces sp&eacute;cialis&eacute;es ont une formation sp&eacute;cifique en mati&egrave;re de maintien d&rsquo;ordre et sont &eacute;quip&eacute;es des moyens conventionnels (combinaison de protection, b&acirc;ton de d&eacute;fense, grenades lacrymog&egrave;nes, etc.). La doctrine du maintien de l&rsquo;ordre se pr&eacute;cise et se clarifie, une distinction est op&eacute;r&eacute;e dor&eacute;navant entre forces de premi&egrave;re cat&eacute;gorie&nbsp;: police et gendarmerie, plac&eacute;es directement sous l&rsquo;autorit&eacute; du ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur et intervenant &agrave; la demande de celui-ci pour tous types de manifestations&thinsp;; et forces de secondes cat&eacute;gories&nbsp;: l&rsquo;arm&eacute;e, intervenant uniquement dans les cas de troubles graves et seulement apr&egrave;s qu&rsquo;une lettre de r&eacute;quisition ait &eacute;t&eacute; adress&eacute;e au chef d&rsquo;&Eacute;tat-major de l&rsquo;arm&eacute;e.</p> <p>Les manifestations de la d&eacute;cennie&nbsp;1990 ne peuvent plus se compter sur le bout des doigts&nbsp;: les partis d&rsquo;opposition et les syndicats &eacute;tudiants bravent all&egrave;grement les interdictions de manifester. De plus, la rue n&rsquo;est plus l&rsquo;apanage des milieux universitaires et scolaires&nbsp;: la pratique s&rsquo;est g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e et banalis&eacute;e&nbsp;: tous les secteurs professionnels y recourent, y compris les policiers et les militaires. De janvier 1990 &agrave; d&eacute;cembre 1999, la F&eacute;d&eacute;ration estudiantine et scolaire de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (FESCI) est l&rsquo;organisation qui affiche le plus grand nombre d&rsquo;affrontements violents avec la police. Vient ensuite le Rassemblement des r&eacute;publicains (RDR), formation politique qui, depuis sa cr&eacute;ation en 1994, est en campagne contre l&rsquo;&eacute;viction &agrave; la course &agrave; la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique de son candidat, Alassane Dramane Ouattara. Le 24 d&eacute;cembre 1999, le pr&eacute;sident B&eacute;di&eacute; est chass&eacute; du pouvoir par un coup d&rsquo;&Eacute;tat. Une nouvelle Constitution est &eacute;crite&nbsp;: elle pr&eacute;voit la cr&eacute;ation d&rsquo;une commission &eacute;lectorale ind&eacute;pendante. Mais le probl&egrave;me de l&rsquo;&eacute;ligibilit&eacute; de Ouattara reste entier.</p> <h1>&nbsp;</h1> <h2>IV. La militarisation de la soci&eacute;t&eacute; et les manifestations calamiteuses (2000-2010)</h2> <p>Le d&eacute;bat sur l&rsquo;ivoirit&eacute; (la quiddit&eacute; ivoirienne) va se cristalliser autour de la candidature de Alassane Dramane Ouattara &agrave; la pr&eacute;sidence de la r&eacute;publique. Le RDR se pr&eacute;sente comme le d&eacute;fenseur des &laquo;&nbsp;gens du nord&nbsp;&raquo; contre l&rsquo;exclusion et ses militants se recrutent massivement parmi les ressortissants de cette r&eacute;gion. De m&ecirc;me, les deux autres principaux partis politiques de l&rsquo;&eacute;chiquier national, le Parti d&eacute;mocratique de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (PDCI) et le Front populaire ivoirien (FPI) disposent d&rsquo;un bassin ethnor&eacute;gional de recrutement, l&rsquo;un dans le pays baoul&eacute;, situ&eacute; au centre de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire&thinsp;; et l&rsquo;autre dans l&rsquo;ouest et le sud lagunaire. Du point de vue des perceptions populaires, les identification ethnique et politique sont presque &eacute;quivalentes, d&rsquo;o&ugrave; le d&eacute;bordement des manifestations en conflits interethniques. La mobilisation identitaire n&rsquo;est pas une particularit&eacute; ivoirienne. Elle s&rsquo;observe dans de nombreux &Eacute;tats africains. Comme l&rsquo;affirme Otayek (1998&nbsp;: 14)&nbsp;: &laquo;&nbsp;la mobilisation identitaire est donc l&rsquo;instrument le plus efficace et le moins co&ucirc;teux pour n&eacute;gocier le partage du &laquo;&nbsp;g&acirc;teau national&nbsp;&raquo; ou pour conqu&eacute;rir le pouvoir dans l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;un jeu &agrave; somme non nulle dans lequel le vainqueur remporte toute la mise alors que le vaincu perd tout, y compris sa vie parfois&nbsp;&raquo;.</p> <p>L&rsquo;exclusion de Alassane Dramane Ouattara, candidat du RDR aux &eacute;lections, provoque l&rsquo;intrusion des hommes en armes sur la sc&egrave;ne politique. La bo&icirc;te de pandore est ouverte le 24 d&eacute;cembre 1999, par le coup d&rsquo;&Eacute;tat militaire qui renverse le pr&eacute;sident Henry Konan Bedi&eacute;. Plusieurs autres tentatives de putsch s&rsquo;en suivront. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 2000, une tentative de coup d&rsquo;&Eacute;tat &eacute;choue contre le g&eacute;n&eacute;ral Robert Gue&iuml;&nbsp;: c&rsquo;est le complot du cheval blanc. Le g&eacute;n&eacute;ral &eacute;tant absent de son domicile au moment des faits, c&rsquo;est son cheval qui essuie le courroux des assaillants&nbsp;: la b&ecirc;te sera immol&eacute;e. Les 7 et 8 janvier 2001, une autre tentative de coup d&rsquo;&Eacute;tat vise le r&eacute;gime civil du pr&eacute;sident Laurent Gbagbo. Les assaillants sont mis en d&eacute;route mais r&eacute;ussissent &agrave; quitter le pays au bord d&rsquo;une Mercedes noire. Le 19 septembre 2002, des assaillants tentent encore de s&rsquo;emparer du pouvoir. Le coup d&rsquo;&Eacute;tat manqu&eacute; se transforme en r&eacute;bellion. Les assaillants occupent le nord et l&rsquo;ouest de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et demeureront en arme jusqu&rsquo;en 2011.</p> <p>Les accointances entre les auteurs de ces diff&eacute;rents coups de force, notamment le d&eacute;nomm&eacute; IB, ancien garde de corps d&rsquo;Alassane Ouattara, et le Rassemblement des r&eacute;publicains (RDR) provoquent les rigueurs du pouvoir vis-&agrave;-vis des manifestations de cette formation politique &agrave; Abidjan. Depuis l&rsquo;&eacute;clatement de la guerre en 2002, les militants de ce parti sont per&ccedil;us par une certaine frange de la population comme des &laquo;&nbsp;ennemis int&eacute;rieurs&nbsp;&raquo; (Ban&eacute;gas &amp; Losch, 2002). Ces coups de force r&eacute;p&eacute;t&eacute;s ont des incidences sur la contraction des libert&eacute;s. Des interdictions &agrave; port&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale sont prises par le pouvoir. C&rsquo;est toute l&rsquo;opposition politique qui p&acirc;tit de ces mesures. Ainsi, Le 18 ao&ucirc;t 2000, la junte militaire durcit les conditions d&rsquo;autorisation pour manifester&nbsp;: il faut d&eacute;sormais obtenir deux autorisations&nbsp;: l&rsquo;une du minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur et l&rsquo;autre du minist&egrave;re de la s&eacute;curit&eacute;. Apr&egrave;s le complot du cheval blanc, toutes les manifestations des partis politiques sont interdites, sauf celles qui se tiennent &agrave; leur si&egrave;ge. Ces interdictions seront reconduites de fa&ccedil;on r&eacute;guli&egrave;re par le r&eacute;gime civil du pr&eacute;sident Laurent Gbagbo jusqu&rsquo;en 2010.</p> <p>Cet &eacute;tat d&rsquo;exception permanent a pour effet de mobiliser toutes les forces de s&eacute;curit&eacute; disponibles. Des troupes d&rsquo;&eacute;lite de l&rsquo;arm&eacute;e, form&eacute;es uniquement pour la guerre, sont sollicit&eacute;es&nbsp;: le 24 octobre 2000, la garde pr&eacute;torienne du g&eacute;n&eacute;ral Robert Guei, les Brigades rouges, une force de deux cents &agrave; trois cents hommes d&eacute;fend, avec des kalachnikovs le palais pr&eacute;sidentiel contre l&rsquo;assaut de manifestants aux mains nues. De m&ecirc;me, depuis sa cr&eacute;ation en 2005 pour lutter contre les bandits arm&eacute;s, le Centre de commandement des op&eacute;rations (CECOS) est associ&eacute; au maintien de l&rsquo;ordre. &Agrave; ces acteurs formels, non form&eacute;s au maintien de l&rsquo;ordre, se joignent des civils. D&rsquo;abord, les milices progouvernementales qui pullulent depuis le d&eacute;but de la guerre en 2002. Le Groupement des patriotes pour la paix (GPP), une milice de pr&egrave;s de 20&thinsp;000 hommes, effectue des patrouilles &agrave; Abidjan. Les &eacute;tudiants de la F&eacute;d&eacute;ration estudiantine et scolaire de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (FESCI) en font de m&ecirc;me autour des cit&eacute;s universitaires. Dans ses bastions, le parti au pouvoir met &agrave; contribution ses militants. Ainsi, les forces de coercition durant la crise sont constitu&eacute;es par l&rsquo;ensemble des forces publiques de s&eacute;curit&eacute;, que suppl&eacute;ent des civils.</p> <p>Dans ce contexte de militarisation, peu favorable &agrave; l&rsquo;expression des libert&eacute;s d&eacute;mocratiques, rares sont ceux qui osent d&eacute;fier cette armada de forces de s&eacute;curit&eacute;. Dans de telles conditions, on ne s&rsquo;&eacute;tonnera pas que la majorit&eacute; des participants &agrave; ces manifestations de haut risque pr&eacute;sentent une certaine disponibilit&eacute; biographique (McAdam, 1986). Ce sont en effet des jeunes en situation de pr&eacute;carit&eacute; et qui ont le sentiment de ne plus rien avoir &agrave; perdre. Ce sont &eacute;galement des jeunes qui appartiennent &agrave; une culture de rue abidjanaise, valorisant la force physique (Marie, 1997).</p> <p>&nbsp;</p> <p style="text-align: center;">*</p> <p style="text-align: center;">* *</p> <p>&nbsp;</p> <p>Les manifestations organis&eacute;es par le RDR depuis l&rsquo;an&nbsp;2000 constituent les plus meurtri&egrave;res de l&rsquo;histoire de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire. En octobre 2000, les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles se terminent par un bain de sang. La contestation des r&eacute;sultats est violemment r&eacute;prim&eacute;e. Le pr&eacute;sident Laurent Gbagbo, &eacute;lu &agrave; la suite de ces incidents, et en y faisant r&eacute;f&eacute;rence, affirmera avoir &eacute;t&eacute; &eacute;lu dans des &laquo;&nbsp;conditions calamiteuses&nbsp;&raquo; (Gbagbo, 2004). Ces conditions chaotiques se r&eacute;p&egrave;teront &agrave; quatre reprises au cours des dix prochaines ann&eacute;es&nbsp;: en novembre et en d&eacute;cembre 2000, en 2004 et en 2010.</p> <p>&nbsp;-Les 24 et 26 octobre 2000&nbsp;: le 24, manifestations des militants du FPI contre le hold-up &eacute;lectoral du g&eacute;n&eacute;ral Robert Guei, suivies le 25 par celles du RDR pour r&eacute;clamer la reprise des &eacute;lections&nbsp;: 170 morts&thinsp;;</p> <p>-Les 4 et 5 d&eacute;cembre 2000&nbsp;: manifestations des militants du RDR pour protester contre le rejet par la Cour supr&ecirc;me de la candidature aux &eacute;lections l&eacute;gislatives de leur leader Alassane Ouattara&nbsp;: 42 morts&thinsp;;</p> <p>-Le 26 mars 2004&nbsp;: l&rsquo;opposition politique conteste la l&eacute;gitimit&eacute; du pr&eacute;sident et sa d&eacute;cision de d&eacute;mettre certains ministres du gouvernement d&rsquo;union nationale&nbsp;: 120 morts&thinsp;;</p> <p>-Le 16 janvier 2011&nbsp;: contestation des r&eacute;sultats de l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle&nbsp;: 32 morts et basculement dans la guerre civile.</p> <p>Ces &laquo;&nbsp;manifestations calamiteuses&nbsp;&raquo; pr&eacute;sentent certaines particularit&eacute;s.</p> <p>Premi&egrave;rement&nbsp;: elles ont pour enjeu les &eacute;lections. Dans les soci&eacute;t&eacute;s de type n&eacute;opatrimoniales, parmi lesquels on peut vraisemblablement ranger la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, les &eacute;lections sont la source de conflits violents, car le pouvoir d&rsquo;&Eacute;tat est le principal sinon l&rsquo;unique lieu d&rsquo;accumulation et de redistribution des ressources n&eacute;cessaires &agrave; la survie (M&rsquo;bemb&eacute;, 1988). Le choix des opposants de recourir &agrave; la force de la rue en lieu et place du droit pour vider le contentieux &eacute;lectoral est li&eacute; au discr&eacute;dit dont souffrent la justice et l&rsquo;administration publique de fa&ccedil;on g&eacute;n&eacute;rale, soup&ccedil;onn&eacute;es de connivence avec les dirigeants politiques dans l&rsquo;organisation des fraudes (Meledje, 2009). Les forces de s&eacute;curit&eacute; dans ces conditions de contestation du pouvoir p&acirc;tissent du m&ecirc;me discr&eacute;dit&nbsp;: leur l&eacute;gitimit&eacute; indirecte (Houngnikpo, 2012) d&eacute;riv&eacute;e de la l&eacute;gitimit&eacute; du pouvoir qui les met en branle se trouve ainsi contest&eacute;e en m&ecirc;me temps que celle de l&rsquo;ordonnateur. Les participants aux manifestations suscit&eacute;es par les contentieux &eacute;lectoraux sont de ce fait moins enclins &agrave; se soumettre &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; des forces de s&eacute;curit&eacute;, et pr&ecirc;ts &agrave; s&rsquo;y opposer&thinsp;; aspect qui rompt avec la routine habituelle faite de d&eacute;f&eacute;rence ou de peur du gendarme.</p> <p>Deuxi&egrave;mement&nbsp;: ces manifestations se d&eacute;roulent en violation des mesures d&rsquo;exception prises, &eacute;tat de si&egrave;ge et &eacute;tat d&rsquo;urgence, qui constituent, sur l&rsquo;&eacute;chelle de gravit&eacute;, le plus haut niveau d&rsquo;interdiction qu&rsquo;un &Eacute;tat puisse &eacute;mettre &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de ses fronti&egrave;res. La violation de ces interdictions met directement en cause la puissance de l&rsquo;&Eacute;tat. De plus, les mesures d&rsquo;exception octroient aux forces de s&eacute;curit&eacute; des pouvoirs qui en temps normal constitueraient des violations flagrantes des droits de l&rsquo;homme&nbsp;: interdiction formelle de manifester, perquisition sans mandat, etc. L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;exception dans son origine et sa fonction est une disposition de guerre (Agamben, 2003).</p> <p>Troisi&egrave;mement, au cours de ces manifestations, participent au maintien et au r&eacute;tablissement de l&rsquo;ordre, des acteurs peu ou pas form&eacute;s au maintien de l&rsquo;ordre et munis d&rsquo;armes non conventionnelles. Il en est ainsi des militaires arm&eacute;s uniquement de kalachnikov et des miliciens et autres contre-manifestants, arm&eacute;s de gourdins et de machettes. &Agrave; l&rsquo;oppos&eacute;, dans les rangs des marcheurs, se retrouvent des jeunes gens pr&ecirc;ts &agrave; en d&eacute;coudre avec les forces de l&rsquo;ordre et munis pour quelques-uns d&rsquo;armes blanches ou &agrave; feu, brouillant ainsi les distinctions entre manifestation pacifique et hostilit&eacute; ouverte.</p> <p>En conclusion, les manifestations et les acteurs du maintien de l&rsquo;ordre en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire ont &eacute;volu&eacute; d&eacute;pendamment de la nature du r&eacute;gime politique. Dans les r&eacute;gimes autoritaires coloniaux et postcoloniaux, les manifestations de protestation sont rares par peur de la r&eacute;pression. Le passage de l&rsquo;autocratie &agrave; la d&eacute;mocratie a permis de lever cette inhibition. Les manifestations sont plus fr&eacute;quentes et moins l&eacute;tales, sauf lorsqu&rsquo;elles ont pour objet les contentieux &eacute;lectoraux. Lorsque la lutte pour le pouvoir d&eacute;borde des urnes pour se retrouver dans la rue, la violence est &laquo;&nbsp;paroxysmale&nbsp;&raquo;.</p> <p>&nbsp;</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>&nbsp;</p> <p>-R. Ban&eacute;gas &amp; Losch B. (2002). &laquo;&nbsp;La C&ocirc;te d&rsquo;ivoire au bord de l&rsquo;implosion&nbsp;&raquo;, Politique africaine (87), p.&nbsp;139-160.</p> <p>-H. Brunschvicg (1983). Noirs et blancs dans l&rsquo;Afrique noire fran&ccedil;aise. Comment le colonis&eacute; devient colonisateur (1870-1914). Paris&nbsp;: Flammarion.</p> <p>-H. Diabat&eacute; (1975). La marche des femmes sur Grand-Bassam. Abidjan&nbsp;: NEA.</p> <p>-P. P. Dram&eacute; (2007). L&rsquo;imp&eacute;rialisme colonial fran&ccedil;ais en Afrique. L&rsquo;Harmattan, Paris.</p> <p>-Fraternit&eacute; Matin. (2010). 50 ans de souverainet&eacute;, les moments cl&eacute;s. Abidjan&nbsp;: Fraternit&eacute; Matin.</p> <p>-L. Gbagbo (1982). La C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire. &Eacute;conomie et soci&eacute;t&eacute; &agrave; la veille de l&rsquo;ind&eacute;pendance. Paris&nbsp;: L&rsquo;harmattan.</p> <p>-L. Gbagbo (2004, D&eacute;cembre 21). Le pr&eacute;sident Gbagbo aux jeunes africains&nbsp;: je vous laisserai demain un pays debout. Consult&eacute; le Janvier&nbsp;1, 2014, sur Ambassade de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire en Suisse&nbsp;: www.acibe.org</p> <p>-M. C. Houngnipko (2012). &laquo;&nbsp;Arm&eacute;es africaines&nbsp;: cha&icirc;non manquant des transitions d&eacute;mocratiques&nbsp;&raquo;, Bulletin de la s&eacute;curit&eacute; africaine, p. 1-8.</p> <p>-J.-N. Loucou (2007). C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire&nbsp;: les r&eacute;sistances &agrave; la conqu&ecirc;te coloniale. Abidjan&nbsp;: CERAP.</p> <p>-A. Marie (1997). &quot;L&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine&nbsp;: l&rsquo;engrenage des violences&quot;, dans G. H&eacute;rault, &amp; A. Puis, Jeunes, culture de la rue et violence urbaine en Afrique (p.&nbsp;413-417). Ibadan&nbsp;: IFRA.</p> <p>-G. Mazenot (2005). Sur le pass&eacute; de l&rsquo;Afrique noire. Paris&nbsp;: L&rsquo;harmattan.</p> <p>-A. Mbemb&eacute; (1988). Afriques indociles, christianisme, pouvoir et &Eacute;tat en soci&eacute;t&eacute; postcoloniale. Paris&nbsp;: Karthala.</p> <p>-D. McAdam (1986). &ldquo;Recruitment to high-risk activism: The case of freedom summer&rdquo; American Journal of Sociology, 64-90.</p> <p>-D. F. Meledje (2009). &laquo;&nbsp;Le contentieux &eacute;lectoral en Afrique&nbsp;&raquo;, Pouvoirs, 139-155.</p> </div>

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