N°2 / Le Droit pénal face aux défis de la société africaine contemporaine

La politique pénale confrontée à la pandémie au Maroc

Hicham HAMMOUNI

Résumé

Deux décrets-lois ont institué au Maroc l’état d’urgence sanitaire comme réponse au défi constitué par la pandémie de la covid-19. Ils ont été pris en application des dispositions constitutionnelles permettant au gouvernement de légiférer dans l’intervalle des sessions parlementaires avec l’accord des commissions concernées des deux chambres. Ils ont été complétés par la mise en place d’un comité de veille chargé d’atténuer les effets de la crise sur les plans économique, fiscal et social. Ils posent le problème de la légalité pénale de l’incrimination et des sanctions qu’ils prévoient. La justice pénale a adapté son fonctionnement aux nouvelles contraintes, notamment du point de vue de la tenue des audiences. Sont prévus un moratoire et un allègement des délais processuels, ainsi qu’un aménagement des mesures de privation des libertés et d’exécution des peines. Si les autorités publiques bénéficient de larges pouvoirs pendant la période de circonstances exceptionnelles, ces pouvoirs s’exercent sous le contrôle du juge administratif. Par ailleurs, il doit s’agir de mesures préventives et anticipatives, correspondant à une légalité d’exception, adaptées et proportionnées aux impératifs de la crise sanitaire, et limitées à la durée des circonstances de cette crise.

Abstract: Two decree-laws established in Morocco the state of health emergency as a response to the challenge constituted by the covid-19 pandemic. They were made in application of constitutional provisions allowing the government to legislate between parliamentary sessions with the agreement of the relevant committees of both chambers. They were supplemented by the establishment of a watch committee responsible for mitigating the effects of the crisis on the economic, fiscal and social levels. They pose the problem of the criminal legality of the incrimination and the penalties they provide. The criminal justice system has adapted its operation to the new constraints, in particular from the point of view of the holding of hearings. There is a moratorium and a reduction in procedural delays, as well as an adjustment of measures for the deprivation of freedoms and the execution of sentences. While public authorities enjoy broad powers during the period of exceptional circumstances, these powers are exercised under the control of the administrative judge.

Otherwise, it must be preventive and anticipatory measures, corresponding to exceptional legality, adapted and proportionate to the requirements of the health crisis, and limited to the duration of the circumstances of this crisis.

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<p>Face &agrave; une crise sanitaire sans pr&eacute;c&eacute;dent, l&rsquo;enjeu que repr&eacute;sentent les synergies mobilis&eacute;es par les gouvernements des diff&eacute;rents pays touch&eacute;s par la pand&eacute;mie, le Maroc en particulier, &eacute;tait d&rsquo;assurer le juste &eacute;quilibre entre d&rsquo;une part la protection de la sant&eacute;<a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc">1</a> publique qui est un &eacute;l&eacute;ment fondamental des droits de l&rsquo;homme universellement reconnus, d&rsquo;autre part le respect des droits de l&rsquo;homme dans tous les domaines, y compris les droits &eacute;conomiques, sociaux, civils et politiques&hellip; En l&rsquo;absence d&rsquo;une solution internationale, le royaume n&rsquo;a pas m&eacute;nag&eacute; ses efforts, &agrave; la suite des instructions du roi, en instaurant l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, le 19 mars 2020, afin de juguler la propagation de cette pand&eacute;mie g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de la Covid-19.</p> <p>Ces efforts d&rsquo;att&eacute;nuation, puis d&rsquo;endiguement ont r&eacute;sult&eacute; d&rsquo;une r&eacute;flexion approfondie et d&rsquo;une approche anticipative. Ils ont permis au Maroc de devenir une sorte de r&eacute;f&eacute;rence pour le reste du monde, en sacrifiant l&rsquo;&eacute;conomie pour pr&eacute;server la sant&eacute; de la population, voire la vie des citoyens<a href="#sdfootnote2sym" name="sdfootnote2anc">2</a>. Lors de son entr&eacute;e en vigueur, le lendemain de sa proclamation par un communiqu&eacute; du minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur, en application du d&eacute;cret-loi du 19 mars, l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire est devenu une n&eacute;cessit&eacute; et une mesure in&eacute;vitable qui habilite le pouvoir ex&eacute;cutif &agrave; d&eacute;velopper les outils l&eacute;gislatifs n&eacute;cessaires et proportionn&eacute;s, notamment par le biais de d&eacute;crets, pour r&eacute;pondre &agrave; la pand&eacute;mie.</p> <p>Au Maroc, l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire est une forme de restriction juridique inhabituelle dans un pays stable. Elle se distingue des deux mesures restrictives pr&eacute;vues par la Constitution marocaine du 1er juillet 2011<a href="#sdfootnote3sym" name="sdfootnote3anc">3</a>, &agrave; savoir l&rsquo;&eacute;tat de si&egrave;ge et l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;exception, en raison d&rsquo;une part des risques li&eacute;s &agrave; la Covid-19, et d&rsquo;autre part du fait des dispositions l&eacute;gislatives impr&eacute;vues adopt&eacute;es et adapt&eacute;es au contexte pand&eacute;mique et aux circonstances de l&rsquo;&eacute;volution du virus.</p> <p>Dans un contexte juridique renforc&eacute; et mieux adapt&eacute; aux circonstances du royaume, le volet p&eacute;nal des mesures adopt&eacute;es par le gouvernement marocain a &eacute;t&eacute; instaur&eacute; par le d&eacute;cret-loi n&deg;&nbsp;2-20-292<a href="#sdfootnote4sym" name="sdfootnote4anc">4</a>, portant promulgation des dispositions relatives &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire et aux proc&eacute;dures de sa d&eacute;claration pour faire face &agrave; la Covid-19, et par ceux qui seront d&eacute;cid&eacute;s plus tard. Le d&eacute;cret-loi d&rsquo;une part institue une infraction propre et sp&eacute;cifique &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire (qualifi&eacute;e de d&eacute;lit) et d&rsquo;autre part comporte des peines privatives de libert&eacute; (emprisonnement), des sanctions p&eacute;cuniaires (amende), sans pr&eacute;judice de sanctions p&eacute;nales plus lourdes. Il d&eacute;termine &eacute;galement les attributions des autorit&eacute;s charg&eacute;es de constater et de r&eacute;primer toute transgression des mesures prises dans le cadre de la crise sanitaire li&eacute;e &agrave; la Covid-19, ainsi que la suspension de tous les d&eacute;lais l&eacute;gaux et r&eacute;glementaires en vigueur, pendant toute la dur&eacute;e de l&#39;&eacute;tat d&#39;urgence<a href="#sdfootnote5sym" name="sdfootnote5anc">5</a>.</p> <p>Ce faisant, le contexte de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a une influence sur la politique p&eacute;nale, faisant surgir des questions juridiques nouvelles et &eacute;pineuses qui portent sur les garanties d&rsquo;un bon &eacute;quilibre entre le caract&egrave;re imp&eacute;rieux du principe de l&eacute;galit&eacute; et la sauvegarde des libert&eacute;s et droits fondamentaux de l&rsquo;homme, tout cela en conformit&eacute; avec la s&eacute;curit&eacute; sanitaire impos&eacute;e par la Covid-19. &Agrave; situation exceptionnelle, d&eacute;bat exceptionnel, car si c&rsquo;est seulement par injonction normative que l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, compl&eacute;tement inattendu, peut &ecirc;tre normalis&eacute; pour assurer la p&eacute;rennit&eacute; d&rsquo;un r&eacute;gime d&rsquo;exception l&eacute;gislatif, la l&eacute;galit&eacute; des mesures exceptionnelles instaur&eacute;es par le pouvoir ex&eacute;cutif soul&egrave;ve des interrogations doctrinales portant sur l&rsquo;existence d&rsquo;une justice d&rsquo;exception.</p> <p>Cette objection n&rsquo;avait, jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, jamais &eacute;t&eacute; envisag&eacute;e par la doctrine, notamment marocaine, en mati&egrave;re de politique p&eacute;nale en temps de crise sanitaire. Il faut &agrave; pr&eacute;sent mener une r&eacute;flexion constructive appropri&eacute;e, en d&eacute;crivant les caract&eacute;ristiques th&eacute;oriques et pratiques de l&rsquo;approche juridique de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire (I) et de l&rsquo;activit&eacute; judiciaire dans ce contexte (II)</p> <h2>&nbsp;</h2> <h2>I. L&rsquo;encadrement l&eacute;gislatif de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire</h2> <p>Deux d&eacute;crets-lois ont jet&eacute; les bases de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire (A), avec un accompagnement social promu par le Comit&eacute; de veille sanitaire (B) et dans le respect de la l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale en mati&egrave;re d&rsquo;incrimination et de sanctions (C).</p> <p>&nbsp;</p> <h3>A. Les d&eacute;crets-lois sur l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire</h3> <p>En l&rsquo;absence de Code de la sant&eacute; publique, le l&eacute;gislateur marocain n&rsquo;a pr&eacute;vu aucune disposition l&eacute;gale &agrave; propos de l&rsquo;existence d&rsquo;un &eacute;tat d&rsquo;urgence d&rsquo;ordre sanitaire au niveau national. Ce vide l&eacute;gislatif r&eacute;sulte du caract&egrave;re in&eacute;dit et impr&eacute;vu de la pand&eacute;mie de la Covid-19, qui constitue un risque sanitaire et une menace pour la sant&eacute; publique. Par ailleurs, les risques qui menacent la souverainet&eacute; de l&rsquo;&Eacute;tat, le fonctionnement normal des institutions constitutionnelles et l&rsquo;ordre public, entra&icirc;nent d&rsquo;autres formes d&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence pr&eacute;vues par la Constitution marocaine de 2011, telles que l&rsquo;&eacute;tat de si&egrave;ge et l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;exception. L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a &eacute;t&eacute; instaur&eacute; au Maroc par une mesure l&eacute;gislative adapt&eacute;e au risque sanitaire de la Covid-19, afin d&rsquo;assurer la s&eacute;curit&eacute; des populations et du territoire national, dans le respect des libert&eacute;s et des droits fondamentaux garantis &agrave; tous (Bigo et Guittet, 2004, 203).</p> <p>En application des dispositions de la loi supr&ecirc;me dans le cadre des mesures pr&eacute;ventives prises pour faire face &agrave; la crise de la Codiv-19, le Maroc s&rsquo;est conform&eacute; &agrave; ses engagements souscrits en droit international et r&eacute;affirme son attachement au respect des droits de l&rsquo;homme et des libert&eacute;s fondamentales. Ces dispositions r&eacute;sultent des articles&nbsp;21<a href="#sdfootnote6sym" name="sdfootnote6anc">6</a> et 24 alin&eacute;a 4<a href="#sdfootnote7sym" name="sdfootnote7anc">7</a> de la Constitution marocaine de 2011, et en particulier de l&rsquo;article 81<a href="#sdfootnote8sym" name="sdfootnote8anc">8</a> qui permet au gouvernement dans l&rsquo;intervalle des sessions parlementaires, avec l&rsquo;accord des commissions concern&eacute;es des deux chambres,&nbsp;d&rsquo;adopter des d&eacute;crets lois qui doivent &ecirc;tre, au cours de la session ordinaire suivante du Parlement, soumis &agrave; la ratification de celui-ci.</p> <p>Effectivement, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute; et valid&eacute; en conseil de gouvernement le dimanche 22 mars, puis approuv&eacute; &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute; par les d&eacute;put&eacute;s membres des commissions de l&rsquo;Int&eacute;rieur des deux Chambres du Parlement (Chambre des repr&eacute;sentants et Chambre des conseillers), le gouvernement marocain a adopt&eacute; officiellement, le 24 mars 2020, le d&eacute;cret-loi n&deg;&nbsp;2-20-292<a href="#sdfootnote9sym" name="sdfootnote9anc">9</a>. Ce nouvel instrument juridique, promulgu&eacute; le 24 mars, est adapt&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire et aux proc&eacute;dures de sa d&eacute;claration par l&rsquo;autorit&eacute; comp&eacute;tente. Il d&eacute;termine &eacute;galement le cadre l&eacute;gislatif des mesures pr&eacute;ventives prises pour limiter la propagation de la Covid-19.</p> <p>Aussit&ocirc;t, sur proposition conjointe des ministres de l&rsquo;Int&eacute;rieur et de la Sant&eacute;, le gouvernement marocain a proclam&eacute; officiellement l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire sur l&rsquo;ensemble du territoire marocain par un second d&eacute;cret-loi n&deg;&nbsp;2-20-293<a href="#sdfootnote10sym" name="sdfootnote10anc">10</a>, avec une possibilit&eacute; de prorogation. Le r&eacute;gime de prolongation constitue une issue et une garantie juridique, octroyant aux autorit&eacute;s la possibilit&eacute; de prendre toutes les mesures exceptionnelles n&eacute;cessaires, pour faire face &agrave; toute &eacute;volution &eacute;ventuelle de la pand&eacute;mie.</p> <p>Aux termes de l&rsquo;article 2 du d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.292, plusieurs d&eacute;crets-lois ont &eacute;t&eacute; adopt&eacute;s par le gouvernement marocain, permettant la reconduction de la p&eacute;riode de validit&eacute; de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire sur tout le territoire marocain, &agrave; savoir&nbsp;:</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.371 portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence du 20 mai 2020, Bulletin officiel n&deg; 6883 bis du 19 mai,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.406, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 juin 2020 au 10 juillet, avec un all&egrave;gement progressif des mesures du confinement qui prend en consid&eacute;ration les diff&eacute;rences de la situation &eacute;pid&eacute;miologique entre les r&eacute;gions, pr&eacute;fectures et provinces du royaume, Bulletin officiel n&deg; 6889 bis du 9 juin 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.426 portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 juillet 2020 au 10 ao&ucirc;t 2020, Bulletin officiel n&deg; 6898 bis du 9 juillet 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.526, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 ao&ucirc;t au 10 septembre 2020, Bulletin officiel n&deg; 6906 bis du 8 ao&ucirc;t 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret n&deg; 2.20.631, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 septembre au 10 octobre 2020, Bulletin officiel n&deg; 6915 bis du 9 septembre 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.711, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 octobre au 10 novembre 2020, Bulletin officiel n&deg; 6924 du 8 octobre 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.788, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire du 10 novembre au 10 d&eacute;cembre 2020,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.882, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence du 10 d&eacute;cembre au 10 janvier 2021,</p> <p>-le d&eacute;cret-loi n&deg; 2.20.960, portant reconduction de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence du 10 janvier au 10 f&eacute;vrier 2021.</p> <p>En application du premier article du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292, les autorit&eacute;s sont autoris&eacute;es &agrave; prendre toutes les mesures utiles et n&eacute;cessaires et &eacute;galement &agrave; d&eacute;clarer l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire dans n&rsquo;importe quelle r&eacute;gion, pr&eacute;fecture, province ou commune, ainsi que sur l&rsquo;ensemble du territoire national en cas de besoin, et cela chaque fois que la s&eacute;curit&eacute; sanitaire des personnes est menac&eacute;e par une &eacute;pid&eacute;mie ou une maladie contagieuse.</p> <p>Ces mesures d&rsquo;exception, &eacute;num&eacute;r&eacute;es dans l&rsquo;article 3 du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-293<a href="#sdfootnote11sym" name="sdfootnote11anc">11</a> organisant l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, peuvent &ecirc;tre prises par des d&eacute;crets, par des d&eacute;cisions administratives, par des circulaires ou encore par voie de communiqu&eacute;s, sur le fondement de l&rsquo;article 3 du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292. Il renforce les pouvoirs du gouvernement, en vue de restreindre certaines libert&eacute;s collectives ou individuelles pour limiter les risques qui menacent la sant&eacute; publique.</p> <p>L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a d&eacute;marr&eacute; par des mesures exceptionnelles pour limiter les d&eacute;placements des citoyens, dans un premier temps par un confinement g&eacute;n&eacute;ral et obligatoire de la population et par la fermeture forc&eacute;e des lieux recevant du public non indispensables &agrave; la vie quotidienne, puis par la d&eacute;claration de certaines mesures de distanciation sociale et par la cr&eacute;ation d&rsquo;un fonds social Covid-19&hellip; Il a suscit&eacute; dans un second temps une importante production l&eacute;gislative pour p&eacute;riode exceptionnelle, qui concerne la plupart des domaines de n&eacute;cessit&eacute; courante de la vie des citoyens, sur les plans &eacute;conomique, &eacute;ducatif, social, culturel, sportif, artistique, politique&hellip; et particuli&egrave;rement des dispositions li&eacute;es &agrave; l&rsquo;activit&eacute; p&eacute;nale en apportant &agrave; l&rsquo;exercice des libert&eacute;s des restrictions indispensables, pendant la dur&eacute;e limit&eacute;e du confinement des citoyens.</p> <h3>&nbsp;</h3> <h3>B. Le Comit&eacute; de veille sanitaire</h3> <p>Pour mieux r&eacute;ussir et accompagner ces mesures d&rsquo;ordre exceptionnel, le Maroc a cr&eacute;&eacute; un Comit&eacute; de veille &eacute;conomique, dont la premi&egrave;re r&eacute;union s&rsquo;est tenue le 16 mars 2020, pour att&eacute;nuer les effets de la crise de la Covid-19 &agrave; la lumi&egrave;re des contraintes constat&eacute;es et des indicateurs conjoncturels, sur les plans &eacute;conomique, fiscal et social. Ces mesures propos&eacute;es par le Comit&eacute; de veille &eacute;conomique pour anticiper les r&eacute;percussions &eacute;conomiques directes et indirectes de la crise sanitaire de la Covid-19 sur l&rsquo;&eacute;conomie nationale, seront financ&eacute;es par le Fonds sp&eacute;cial mobilis&eacute; pour la gestion de la pand&eacute;mie de la Covid-19, et font l&rsquo;objet de conventions entre le gouvernement et les &eacute;tablissements concern&eacute;s&nbsp;: CNSS<a href="#sdfootnote12sym" name="sdfootnote12anc">12</a>, CGEM<a href="#sdfootnote13sym" name="sdfootnote13anc">13</a>&hellip;</p> <p>Parmi les premi&egrave;res mesures sp&eacute;cifiques annonc&eacute;es par le Comit&eacute; de veille &eacute;conomique, il y a celles accord&eacute;es au profit des salari&eacute;s d&eacute;clar&eacute;s &agrave; la CNSS &agrave; fin f&eacute;vrier 2020, appartenant &agrave; une soci&eacute;t&eacute; en difficult&eacute; ou en arr&ecirc;t d&rsquo;activit&eacute;&nbsp;: ils b&eacute;n&eacute;ficieront d&rsquo;une indemnit&eacute; forfaitaire mensuelle d&rsquo;un montant de 2&nbsp;000 dirhams net. Elle sera vers&eacute;e &agrave; cette cat&eacute;gorie d&rsquo;employ&eacute;s, en plus des allocations familiales et des prestations de l&rsquo;assurance maladie obligatoire<a href="#sdfootnote14sym" name="sdfootnote14anc">14</a>. Le secteur bancaire a &eacute;t&eacute; avis&eacute; de cette premi&egrave;re s&eacute;rie de mesures et de l&rsquo;adoption d&rsquo;un moratoire qui accorde &agrave; tous leurs clients (particuliers, entreprises) qui le demandent par &eacute;crit, le report du r&egrave;glement des &eacute;ch&eacute;ances amortissables (cr&eacute;dits immobiliers et cr&eacute;dits &agrave; la consommation), pour une p&eacute;riode de trois mois, renouvelable une fois.</p> <p>Sur le plan fiscal, le Comit&eacute; de veille &eacute;conomique a instaur&eacute; deux mesures phares lors de cette r&eacute;union. Elles concernent les entreprises dont le chiffre d&rsquo;affaires de l&rsquo;exercice 2019 est inf&eacute;rieur &agrave; 20 millions de dirhams. Celles-ci pourront, si elles le souhaitent, b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;un report du d&eacute;p&ocirc;t des d&eacute;clarations fiscales jusqu&rsquo;au 30 juin 2020. S&rsquo;y ajoute la suspension des contr&ocirc;les fiscaux et des avis &agrave; tiers d&eacute;tenteur<a href="#sdfootnote15sym" name="sdfootnote15anc">15</a> jusqu&rsquo;&agrave; la m&ecirc;me date, sous r&eacute;serve de la prorogation de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire. La panoplie des efforts d&eacute;ploy&eacute;s par le royaume, dans tous les domaines de la vie normale des citoyens, n&rsquo;a pas cess&eacute; de se diversifier pour garantir l&rsquo;efficience et l&rsquo;efficacit&eacute; des mesures prises pour contrecarrer la propagation de la Covid-19, qui gagne du terrain du jour en jour.</p> <p>Malgr&eacute; les efforts r&eacute;alis&eacute;s, apr&egrave;s plus de deux mois de confinement g&eacute;n&eacute;ral de la population, le prolongement de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire devient une &eacute;vidence et une n&eacute;cessit&eacute; pour que le gouvernement marocain puisse ma&icirc;triser au mieux l&rsquo;&eacute;volution de cette pand&eacute;mie. En effet, par les dispositions de l&rsquo;article 2 du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292, l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a &eacute;t&eacute; prolong&eacute; sur l&rsquo;ensemble du territoire marocain par d&eacute;cret n&deg;&nbsp;2-20-330, sur proposition du ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur pour un mois jusqu&rsquo;au 20 mai, afin de poursuivre l&rsquo;application des mesures prises depuis la d&eacute;claration de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire dont celles de la mise en quarantaine de la population, sans pr&eacute;judice d&rsquo;une autre prorogation, selon l&rsquo;&eacute;volution du contexte pand&eacute;mique.</p> <p>&nbsp;</p> <h3>C. La l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale de l&rsquo;incrimination et des sanctions</h3> <p>Pour ce qui est du Maroc, trois possibilit&eacute;s vraisemblables qui ont constitu&eacute; le sujet de d&eacute;bats doctrinaux, peuvent &ecirc;tre avanc&eacute;es pour affirmer la l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale des sanctions relatives aux manquements &agrave; ces mesures exceptionnelles, en l&rsquo;absence de tout dispositif juridique vraiment adapt&eacute; &agrave; la situation d&rsquo;urgence sanitaire au moment de la survenue de la Covid-19.</p> <p>Tout d&rsquo;abord, le d&eacute;cret royal n&deg; 554-65 du 26 juin 1967<a href="#sdfootnote16sym" name="sdfootnote16anc">16</a>, portant loi rendant obligatoire la d&eacute;claration de certaines maladies&nbsp;et prescrivant des mesures prophylactiques propres &agrave; enrayer ces maladies, et donc l&rsquo;article 6 sanctionne la non d&eacute;claration par les professionnels de sant&eacute;, de toute constatation ou suspicion d&rsquo;existence de cas de maladies qui risquent de menacer la sant&eacute; publique<a href="#sdfootnote17sym" name="sdfootnote17anc">17</a>.&nbsp;</p> <p>Pour autant, ce d&eacute;cret royal concerne uniquement les professionnels de sant&eacute; et non pas le citoyen ordinaire, et toute tentative d&rsquo;&eacute;largir son champs d&rsquo;application, en cas de non d&eacute;claration par le citoyen ordinaire, sera consid&eacute;r&eacute;e comme une extension de l&#39;interpr&eacute;tation restrictive et stricte du texte p&eacute;nal, corollaire de la l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale, ce qui est incompatible avec le respect du principe de l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale.</p> <p>La seconde approche consid&eacute;rait que toute violation des mesures impliqu&eacute;es par la d&eacute;cision d&rsquo;&eacute;tat d&#39;urgence sanitaire et annonc&eacute;es par le ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur le 19 mars, peut &ecirc;tre qualifi&eacute;e de d&eacute;lit de r&eacute;bellion et relever de l&rsquo;article 308 du Code p&eacute;nal marocain. Ce texte rend passible d&rsquo;une privation de libert&eacute; de deux &agrave; six mois et d&#39;une amende d&#39;au moins deux cents dirhams et au maximum d&#39;un quart du montant de l&#39;indemnisation, toute personne qui s&#39;oppose par des voies de faits &agrave; l&#39;ex&eacute;cution de travaux command&eacute;s ou autoris&eacute;s par l&#39;autorit&eacute; publique. Par comparaison&nbsp;: si l&rsquo;opposition se manifeste par des attroupements, des menaces ou des violences, la sanction s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &agrave; un emprisonnement de trois mois &agrave; deux ans, tout en gardant le m&ecirc;me montant d&rsquo;amende<a href="#sdfootnote18sym" name="sdfootnote18anc">18</a>.</p> <p>N&eacute;anmoins, cette approche est en contradiction avec l&rsquo;interpr&eacute;tation adopt&eacute;e par le l&eacute;gislateur marocain &agrave; propos de l&rsquo;infraction de r&eacute;bellion. Ainsi, l&rsquo;article 300 du Code p&eacute;nal marocain qualifie l&#39;attaque ou la r&eacute;sistance, par la violence, voire simplement des menaces contre des fonctionnaires ou des repr&eacute;sentants de l&#39;autorit&eacute; publique, dans le cadre de leurs fonctions &eacute;dict&eacute;es par un ordre de la loi, comme &eacute;tant un acte de r&eacute;bellion<a href="#sdfootnote19sym" name="sdfootnote19anc">19</a>. Par ailleurs, la d&eacute;cision qui ordonne le confinement et la mise en quarantaine de la population ne peut &ecirc;tre qualifi&eacute;e de travaux ordonn&eacute;s par l&rsquo;autorit&eacute; publique, d&rsquo;autant plus que la violation des mesures anticipatives pour limiter et contourner la propagation de la Covid-19, n&rsquo;entra&icirc;ne pas forc&eacute;ment de violence, ni d&rsquo;agression contre les forces de l&rsquo;ordre qui veillent sur l&rsquo;application de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence.</p> <p>La troisi&egrave;me approche est celle qui se fonde sur l&rsquo;application de l&rsquo;article 609 du Code p&eacute;nal. Ce dernier sanctionne d&rsquo;une amende &agrave; caract&egrave;re d&eacute;risoire de 10 &agrave; 120 dirhams, tout acte qui enfreint l&eacute;galement les d&eacute;crets et les arr&ecirc;t&eacute;s pris par l&#39;autorit&eacute; administrative lorsque les infractions &agrave; ces textes ne sont pas r&eacute;prim&eacute;es par des dispositions sp&eacute;ciales. C&rsquo;&eacute;tait le cas de la d&eacute;cision du ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur, le 19 mars, avant la promulgation le 24 mars du d&eacute;cret-loi n&deg;&nbsp;2-20-292 relatif &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire au Maroc.</p> <p>De surcro&icirc;t, selon cette optique, la d&eacute;cision anticip&eacute;e du 19 mars relative &agrave; l&#39;&eacute;tat d&#39;urgence sanitaire &eacute;tait juridiquement consid&eacute;r&eacute;e comme une d&eacute;cision administrative rendue par une autorit&eacute; administrative, en l&rsquo;occurrence le ministre de l&#39;Int&eacute;rieur sur proposition du ministre de la Sant&eacute;. Cette d&eacute;cision du 19 mars ne pr&eacute;voyait aucun interdit qui puisse &ecirc;tre qualifi&eacute; de d&eacute;lit, ni aucune sanction li&eacute;e &agrave; sa violation.</p> <p>Cela signifie que la violation de la d&eacute;cision d&#39;urgence sanitaire est consid&eacute;r&eacute;e comme une simple violation et est passible d&#39;une sanction p&eacute;cuniaire, ce qui correspond aux sanctions mises en place par de nombreux pays, &agrave; l&rsquo;encontre de toute violation des d&eacute;cisions de mise en quarantaine totale de la population pour lutter contre la Covid-19. De plus, le montant d&eacute;risoire de l&rsquo;amende propos&eacute;e par l&rsquo;article 6-11&deg;, de 10 &agrave; 120 dirhams, laisse &agrave; d&eacute;sirer et peut engendrer le non-respect des mesures d&rsquo;anticipation prises suite &agrave; la d&eacute;claration de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, le 19 mars, par les autorit&eacute;s publiques pour pr&eacute;server la sant&eacute; publique.</p> <p>Cela remet en question une fois de plus l&rsquo;adoption de cette troisi&egrave;me hypoth&egrave;se, malgr&eacute; son adh&eacute;sion au principe de l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale. D&egrave;s lors, les gouvernements aussi bien marocain que fran&ccedil;ais, n&rsquo;ont pas tard&eacute; &agrave; adapter leur syst&egrave;me juridique &agrave; cette situation de crise sanitaire, en promulguant respectivement le d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292 du 24 mars &eacute;dictant des mesures sp&eacute;cifiques &agrave; l&#39;&eacute;tat d&#39;urgence sanitaire et les proc&eacute;dures de son application, et la loi n&deg; 2020-290 du 23 mars 2020 prise en urgence pour faire face &agrave; l&#39;&eacute;pid&eacute;mie de covid-19. Ces textes de loi ont mis fin au probl&egrave;me de la l&eacute;galit&eacute; p&eacute;nale en temps d&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire par une proclamation officielle, des incriminations et des sanctions sp&eacute;cifiques dans des circonstances de crise appropri&eacute;es &agrave; la crise sanitaire de la Covid-19.</p> <h2>&nbsp;</h2> <h2>II. Organisation et exercice de la justice p&eacute;nale confront&eacute;e &agrave; la covid&nbsp;19</h2> <p>Le covid 19 a conduit la justice p&eacute;nale &agrave; adapter les audiences (A), &agrave; accorder des moratoires et des all&egrave;gements des d&eacute;lais processuels&nbsp;(B) et &agrave; am&eacute;nagement les mesures de privation de libert&eacute; et d&rsquo;ex&eacute;cution des peines (C).</p> <h3>A. L&rsquo;adaptation des audiences</h3> <p>L&rsquo;organisation du fonctionnement des juridictions r&eacute;pressives a &eacute;t&eacute; profond&eacute;ment bouscul&eacute;e. Au Maroc, un syst&egrave;me de pr&eacute;sence rotative a &eacute;t&eacute; adopt&eacute; par les autorit&eacute;s judiciaires, conform&eacute;ment &agrave; la circulaire n&deg;&nbsp;01 du 16 mars 2020 du ministre de l&rsquo;Economie, des Finances et de la R&eacute;forme de l&rsquo;administration. Dans le cadre d&rsquo;une strat&eacute;gie de d&eacute;mat&eacute;rialisation des actes judiciaires, le droit fran&ccedil;ais est pr&eacute;figurateur puisque tous les d&eacute;p&ocirc;ts de plaintes, les recours, les demandes form&eacute;es aupr&egrave;s des magistrats ou tous autres actes judiciaires n&eacute;cessitant le d&eacute;placement pour un enregistrement aupr&egrave;s des services de greffes, peuvent &ecirc;tre faits exceptionnellement, soit par courrier recommand&eacute; avec accus&eacute; de r&eacute;ception, soit par courrier &eacute;lectronique, ces derniers faisant syst&eacute;matiquement l&rsquo;objet d&rsquo;un accus&eacute; &eacute;lectronique de lecture par la juridiction<a href="#sdfootnote20sym" name="sdfootnote20anc">20</a>.</p> <p>Le Maroc a adh&eacute;r&eacute;, f&ucirc;t-ce temporairement &agrave; cause de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire provoqu&eacute;e par la propagation de la Covid-19, &agrave; cette initiative de digitalisation des actes judiciaires pour &eacute;pargner les flux de d&eacute;placement des usagers aupr&egrave;s des juridictions r&eacute;pressives. Ainsi, la pr&eacute;sidence du minist&egrave;re public a-t-elle appel&eacute; les justiciables &agrave; &eacute;viter tout d&eacute;p&ocirc;t direct d&rsquo;acte judicaire, en mettant tous les moyens logistiques et humains pour faciliter les actes judiciaires &agrave; distance. De m&ecirc;me, les d&eacute;p&ocirc;ts de plaintes, aupr&egrave;s des procureurs g&eacute;n&eacute;raux du roi pr&egrave;s les Cours d&rsquo;appel et des procureurs du roi pr&egrave;s les tribunaux de premi&egrave;re instance, peuvent se faire par fax ou e-mail&nbsp;: &agrave; l&rsquo;adresse plaintes@pmp.ma, ou via le site web du minist&egrave;re public&nbsp;: www.pmp.ma<a href="#sdfootnote21sym" name="sdfootnote21anc">21</a>. Ces modalit&eacute;s de d&eacute;p&ocirc;ts provoquent un accus&eacute; r&eacute;ception d&rsquo;office.</p> <p>En cas d&rsquo;urgence, y compris pour la d&eacute;nonciation d&rsquo;infractions par les citoyens, des plateformes t&eacute;l&eacute;phoniques et des lignes vertes directes, ont &eacute;t&eacute; mises en place pour permettre aux avocats et aux justiciables de demander toutes informations ou indications n&eacute;cessaires pour le proc&egrave;s p&eacute;nal.</p> <p>La tenue des audiences p&eacute;nales a, quant &agrave; elle, &eacute;t&eacute; suspendue au Maroc<a href="#sdfootnote22sym" name="sdfootnote22anc">22</a> depuis le d&eacute;but du confinement, &agrave; l&rsquo;exception des audiences qui concernent les affaires impliquant des personnes poursuivies en &eacute;tat de d&eacute;tention provisoire, et celles qui portent sur des dossiers en r&eacute;f&eacute;r&eacute;, de comparution imm&eacute;diate, ou &agrave; des dossiers d&#39;instruction. Ainsi, la publicit&eacute; des audiences peut-elle &ecirc;tre restreinte avec huis clos, &agrave; l&rsquo;exception des journalistes qui pourront assister &agrave; certaines audiences qui int&eacute;ressent l&rsquo;opinion publique<a href="#sdfootnote23sym" name="sdfootnote23anc">23</a>.</p> <p>. Afin d&rsquo;adapter les audiences au contexte in situ du confinement, et en l&rsquo;absence de toutes pr&eacute;cisions l&eacute;gislatives facilitant la mise en &oelig;uvre digitale des audiences &agrave; distance, de la mise en &eacute;tat ou des plaidoiries, tant pour la justice de fond qu&rsquo;en r&eacute;f&eacute;r&eacute;, les juridictions r&eacute;pressives marocaines ont fait appel au num&eacute;rique, fond&eacute; sur la circulaire des autorit&eacute;s de tutelle<a href="#sdfootnote24sym" name="sdfootnote24anc">24</a> dans un contexte de pand&eacute;mie et en pr&eacute;servant les droits de la d&eacute;fense et le principe du contradictoire<a href="#sdfootnote25sym" name="sdfootnote25anc">25</a>. Dans l&rsquo;attente de l&rsquo;officialisation du projet concernant l&rsquo;usage des supports &eacute;lectroniques dans les proc&eacute;dures judiciaires, les juridictions r&eacute;pressives marocaines ont assur&eacute; 12&nbsp;248 audiences entre fin avril et le 25 d&eacute;cembre, avec la programmation de 227&nbsp;214 affaires<a href="#sdfootnote26sym" name="sdfootnote26anc">26</a>.</p> <p>La Cour de cassation marocaine a donn&eacute; l&rsquo;exemple par la tenue de sa premi&egrave;re visioconf&eacute;rence avec une audience &agrave; distance<a href="#sdfootnote27sym" name="sdfootnote27anc">27</a>, le 6 mai 2020, dans une d&eacute;marche qui &eacute;carte tout risque sanitaire de contamination des justiciables, en cette conjecture pand&eacute;mique de la Covid-19. Ce proc&egrave;s par visioconf&eacute;rence a &eacute;t&eacute; consacr&eacute; &agrave; des affaires d&rsquo;extradition, dans un respect total des droits des personnes mises en cause, des droits de la d&eacute;fense et du contradictoire, en ayant bien &eacute;videment le consentement des concourants avec la pr&eacute;sence d&rsquo;interpr&egrave;tes et d&rsquo;avocats pour assurer la d&eacute;fense. Toutefois, face aux circonstances de cette pand&eacute;mie exceptionnelle, d&rsquo;une ampleur inattendue, la continuit&eacute; de l&rsquo;activit&eacute; judicaire impose d&rsquo;autres mesures.</p> <p>&nbsp;</p> <h3>B. Moratoire et all&egrave;gement des d&eacute;lais processuels</h3> <p>La justice et le temps sont deux concepts indissociables, notamment pour la justice p&eacute;nale qui n&rsquo;&eacute;chappe pas &agrave; l&rsquo;emprise des d&eacute;lais. Habituellement, le d&eacute;lai est le laps de temps au cours duquel un acte l&eacute;gal ou une proc&eacute;dure judiciaire doit &ecirc;tre accompli. L&rsquo;inobservation des d&eacute;lais fix&eacute;s dans les conditions d&eacute;termin&eacute;es par les textes de lois ou les r&egrave;glements administratifs, entra&icirc;ne, s&rsquo;il y a lieu, la d&eacute;ch&eacute;ance du droit ou la r&eacute;paration du ou des dommages.</p> <p>Toutefois, l&rsquo;interruption de l&rsquo;activit&eacute; de l&rsquo;appareil judiciaire pour une dur&eacute;e inconnue, en fonction de l&rsquo;&eacute;volution de la conjoncture pand&eacute;mique et de la reconduction probable de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire impos&eacute;e par la pand&eacute;mie de la Covid-19, entra&icirc;ne des effets sur les d&eacute;lais obligatoires, en particulier les d&eacute;lais de recours, de prescription, de proc&eacute;dure prescrite &agrave; peine de caducit&eacute; ou d&rsquo;irrecevabilit&eacute;&hellip; La suspension de ces d&eacute;lais est donc devenue une n&eacute;cessit&eacute; absolue pour une justice p&eacute;nale &eacute;quitable, sous peine de porter atteinte aux droits des assujettis.</p> <p>Les autorit&eacute;s publiques ont pris conscience de cet enjeu. C&rsquo;est la raison pour laquelle le cadre l&eacute;gal de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a int&eacute;gr&eacute; des dispositions relatives &agrave; l&rsquo;am&eacute;nagement des d&eacute;lais l&eacute;gaux et r&eacute;glementaires. L&rsquo;article 6 du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292, du 24 mars, pr&eacute;voit que le cours de tous les d&eacute;lais proc&eacute;duraux, y compris les d&eacute;lais fiscaux, pr&eacute;vus par les textes l&eacute;gislatifs et r&eacute;glementaires en vigueur est suspendu. L&rsquo;effet de cette disposition sera reconduit le lendemain de la lev&eacute;e de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence, en raison du caract&egrave;re &eacute;volutif de la situation.</p> <p>L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire a &eacute;t&eacute; proclam&eacute; au Maroc le 19 mars 2020, induisant de ce fait une &eacute;quation judicaire assez complexe pour les d&eacute;lais &eacute;chus avant le 24 mars, date d&rsquo;entr&eacute;e en vigueur de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, car les dispositions du d&eacute;cret-loi n&deg; 2-20-292, n&rsquo;indiquent pas la date de l&rsquo;entr&eacute;e en vigueur de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, autre que celle de son annonce par le ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur, le 19 mars 2020.</p> <p>Les mesures de suspension ne peuvent pas &ecirc;tre appliqu&eacute;es avant leur publication au Bulletin Officiel. Le gouvernement a anticip&eacute; en invitant l&rsquo;ensemble des ordres des barreaux &agrave; d&eacute;poser les proc&eacute;dures dont les d&eacute;lais devaient prendre fin avant le 24 mars, notamment les d&eacute;lais en lien avec les recours en cassation, les recours en appel&hellip; Par ailleurs, le deuxi&egrave;me alin&eacute;a a introduit une exception dans les d&eacute;lais de recours en appel des jugements p&eacute;naux rendus &agrave; l&rsquo;encontre des pr&eacute;venus poursuivis en &eacute;tat de d&eacute;tention, ainsi que les d&eacute;lais relatifs &agrave; la garde &agrave; vue et &agrave; la d&eacute;tention pr&eacute;ventive.</p> <p>Les autres modalit&eacute;s proc&eacute;durales adapt&eacute;es &agrave; la lutte contre la pand&eacute;mie Covid-19, particuli&egrave;rement celles qui impactent les mesures d&rsquo;adaptation de la garde &agrave; vue, de la d&eacute;tention provisoire, de l&rsquo;affectation des d&eacute;tenus, de l&rsquo;application des peines ou encore des mineurs et des femmes violent&eacute;es, ne manqueront pas de s&rsquo;inviter parmi les jurisconsultes des d&eacute;bats juridiques ardus.</p> <p>&nbsp;</p> <h3>C. Am&eacute;nagement des mesures de privation de libert&eacute; et d&rsquo;ex&eacute;cution des peines</h3> <p>Dans cette situation de crise sanitaire hors normes &agrave; cause de la Covid-19, le fonctionnement de l&rsquo;appareil judiciaire se d&eacute;roule au ralenti mais il a permis une activit&eacute; judiciaire qui assure le maximum de garanties pour pr&eacute;server la s&eacute;curit&eacute; sanitaire des justiciables ainsi que leurs droits. Le Maroc manque d&rsquo;une l&eacute;gislation propre aux mesures de privation de libert&eacute;s et d&rsquo;ex&eacute;cution des peines, exception faite de quelques d&eacute;cisions administratives &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des directions centrales des instances charg&eacute;es de l&rsquo;ex&eacute;cution de la proc&eacute;dure p&eacute;nale.</p> <p>La garde &agrave; vue est une mesure privative de libert&eacute; vis-&agrave;-vis de toute personne contre laquelle il existe des raisons plausibles de commission ou de tentative de commission de crime ou de d&eacute;lit. Cette mesure d&rsquo;exception est d&eacute;cid&eacute;e dans l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de l&rsquo;enqu&ecirc;te. Le droit d&rsquo;&ecirc;tre assist&eacute; par un avocat est un droit fondamental reconnu pour toute personne mise sous le r&eacute;gime de garde &agrave; vue, et reconnue par le syst&egrave;me juridique marocain pour garantir un proc&egrave;s &eacute;quitable. L&rsquo;assistance d&rsquo;un avocat est quelque peu limit&eacute;e en droit marocain. Elle porte sur plusieurs actes judiciaires, parmi lesquels la possibilit&eacute; de s&rsquo;entretenir pour trente minutes avec son client. Il peut demander le cas &eacute;ch&eacute;ant sa mise en libert&eacute; en contrepartie d&rsquo;une caution p&eacute;cuniaire ou personnelle.</p> <p>Au regard des risques consid&eacute;rables de multiplication des contaminations dans les lieux enferm&eacute;s d&rsquo;une grande promiscuit&eacute; et pour d&eacute;sengorger le milieu carc&eacute;ral, le 5 avril 2020, le roi a graci&eacute; 5&nbsp;654 d&eacute;tenus pour des lib&eacute;rations progressives. D&egrave;s l&rsquo;annonce des premiers cas d&rsquo;infection au Maroc et pour permettre la pr&eacute;vention et la lutte contre la propagation de la Covid-19, plusieurs mesures d&rsquo;exception ont &eacute;t&eacute; prises par les instances de tutelle, par le minist&egrave;re de la Justice et les &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires, ainsi que par la d&eacute;l&eacute;gation g&eacute;n&eacute;rale &agrave; l&rsquo;administration p&eacute;nitentiaire.</p> <p>Dans un premier temps, les mesures anticipatives ont port&eacute; essentiellement, sur la pr&eacute;vention et la sensibilisation de la gravit&eacute; de la situation sanitaire. Les &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires ont &eacute;t&eacute; aussit&ocirc;t dot&eacute;s des &eacute;quipements sanitaires et de protection n&eacute;cessaires, en mobilisant le personnel pour veiller &agrave; l&#39;application stricte des protocoles d&rsquo;hygi&egrave;ne et pour mener des actions de sensibilisation des d&eacute;tenus quant &agrave; la gravit&eacute; du virus et &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de s&#39;en pr&eacute;venir. A l&rsquo;annonce de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire, ces mesures sont devenues de plus en plus strictes au sein des &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires.</p> <p>Ayant conscience que l&rsquo;entr&eacute;e en vigueur des mesures g&eacute;n&eacute;rales de confinement a des cons&eacute;quences sur la vie quotidienne des d&eacute;tenus, le d&eacute;pistage est devenu syst&eacute;matique pour ces derniers. Des programmes d&rsquo;accompagnement social, financier et en soutien psychologique, ont &eacute;t&eacute; mis en place pour le soutien de la population carc&eacute;rale. Toutes les activit&eacute;s carc&eacute;rales y compris le droit de visite ont &eacute;t&eacute; suspendues. M&ecirc;me les d&eacute;placements des d&eacute;tenus vers les diff&eacute;rents tribunaux ont &eacute;t&eacute; suspendus en privil&eacute;giant la tenue des audiences &agrave; distance par visioconf&eacute;rence. Les fonctionnaires au sein de ces &eacute;tablissements ont &eacute;t&eacute; mis en quarantaine avec l&#39;adoption d&#39;un syst&egrave;me de rotation pour le travail.</p> <p>Les sorties des d&eacute;tenus pour des soins dans les h&ocirc;pitaux ont &eacute;t&eacute; interdites, sauf dans les cas les plus urgents. La d&eacute;l&eacute;gation g&eacute;n&eacute;rale &agrave; l&rsquo;administration p&eacute;nitentiaire et &agrave; la r&eacute;insertion a renforc&eacute; ses &eacute;quipes m&eacute;dicales par la mise en place d&rsquo;un syst&egrave;me de consultations des m&eacute;decins sp&eacute;cialistes en t&eacute;l&eacute;m&eacute;decine<a href="#sdfootnote28sym" name="sdfootnote28anc">28</a>. Les activit&eacute;s de plein air ou en espace non confin&eacute; sont maintenues avec les am&eacute;nagements n&eacute;cessaires, et le droit de visite continue en limitant seulement le nombre des visiteurs aux parloirs, notamment pour les visites d&rsquo;enfants et de personnes vuln&eacute;rables, sous r&eacute;serve d&rsquo;une interdiction plus tard.</p> <p>Au Maroc, la protection des mineurs d&eacute;linquants a interpell&eacute; la pr&eacute;sidence du minist&egrave;re public qui a adress&eacute; une circulaire du 18 mars 2020 &agrave; ce propos pour suspendre tout internement des mineurs dans les &eacute;tablissements surveill&eacute;s comme les maisons de r&eacute;&eacute;ducation, sauf dans les cas les plus graves. La pr&eacute;sidence du minist&egrave;re public recommande plut&ocirc;t aux membres du parquet de remettre les mineurs &agrave; leurs familles &agrave; chaque fois que leur situation juridique et leur int&eacute;r&ecirc;t majeur le permettent, au lieu d&rsquo;appliquer les mesures de l&rsquo;article 471 du Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale<a href="#sdfootnote29sym" name="sdfootnote29anc">29</a>.</p> <p>*</p> <p>* *</p> <p>La prolif&eacute;ration de la maladie Covid-19 a engendr&eacute; une crise sanitaire inattendue et sans pr&eacute;c&eacute;dent, qui a abouti &agrave; un renversement complet du rythme de vie des citoyens et du fonctionnement des institutions constitutionnelles de l&rsquo;&Eacute;tat de droit. Les autorit&eacute;s publiques ont &eacute;t&eacute; invit&eacute;es &agrave; faire face, dans l&rsquo;urgence, &agrave; la force et &agrave; la dangerosit&eacute; de la conjoncture sanitaire, pour assurer la s&eacute;curit&eacute; de la sant&eacute; publique et pour garantir le minimum vital au fonctionnement ralentir du service public. Afin d&rsquo;adapter le rythme des institutions publiques au contexte conjoncturel et satisfaire un minimum de besoins d&rsquo;ordre public, l&rsquo;intervention du pouvoir ex&eacute;cutif a &eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par l&rsquo;adoption d&rsquo;un ensemble de mesures d&rsquo;urgence &agrave; caract&egrave;re exceptionnel de lutte et d&rsquo;anticipation, dans les divers domaines&nbsp;: social, &eacute;conomique, fiscal, bancaire, enseignement, judiciaire&hellip;</p> <p>Ainsi, l&rsquo;application d&rsquo;un nouvel ordre juridique pour s&rsquo;adapter &agrave; un nouvel ordre public et justifier les variations des mesures d&rsquo;exception fut une n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rative, d&rsquo;autant que certaines de ces mesures d&rsquo;exception restreignent les droits universels et libert&eacute;s fondamentales des citoyens. Ce constat nous montre &agrave; quel point le droit n&rsquo;est que le reflet des ph&eacute;nom&egrave;nes et rapports sociaux. Il fournit une r&eacute;ponse &agrave; toutes les crises de circonstances inattendues de mani&egrave;re urgente, anticipative et incessante (L. Bergel, 2012, 124).</p> <p>Dans ce contexte de basculement pand&eacute;mique et de crise sanitaire, la production de la r&egrave;gle juridique n&rsquo;a pas cess&eacute; de s&rsquo;adapter et d&rsquo;accompagner l&rsquo;&eacute;parpillement des circonstances &eacute;volutives et exceptionnelles, ajout&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire et aux al&eacute;as qui s&rsquo;imposent. En effet, ce contexte d&rsquo;urgence sanitaire constitue une opportunit&eacute; pour le pouvoir ex&eacute;cutif et pour l&rsquo;utilisation de la th&eacute;orie des circonstances exceptionnelles, afin de justifier toutes les mesures d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral prises par les autorit&eacute;s publiques. En temps normal, elles seraient ill&eacute;gales, mais deviennent l&eacute;gales en de telles circonstances de crise sanitaire au nom de la s&eacute;curit&eacute; publique et l&rsquo;ordre public<a href="#sdfootnote30sym" name="sdfootnote30anc">30</a>.</p> <p>Si les autorit&eacute;s publiques b&eacute;n&eacute;ficient de larges pouvoirs pendant la p&eacute;riode de circonstances exceptionnelles, ces pouvoirs s&rsquo;exercent sous le contr&ocirc;le du juge administratif, dont les attributions et les pouvoirs ont &eacute;t&eacute; renforc&eacute;s par la jurisprudence pour exercer un contr&ocirc;le tr&egrave;s &eacute;troit qui porte &agrave; la fois sur l&rsquo;existence des circonstances exceptionnelles et sur leurs effets<a href="#sdfootnote31sym" name="sdfootnote31anc">31</a>. D&rsquo;ailleurs, ces mesures prises lors des circonstances exceptionnelles, dont les effets sont de port&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale, ne doivent pas paralyser et mettre en quarantaine le fonctionnement de l&rsquo;&Eacute;tat de droit, seul garant des droits et libert&eacute;s individuelles (Laubad&egrave;re, 1992, 580). Il doit s&rsquo;agir de mesures pr&eacute;ventives et anticipatives, correspondant &agrave; une l&eacute;galit&eacute; d&rsquo;exception, adapt&eacute;es et proportionn&eacute;es aux imp&eacute;ratifs de la crise sanitaire, et limit&eacute;es &agrave; la dur&eacute;e des circonstances de cette crise.</p> <p>&nbsp;</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>&nbsp;</p> <p>-H. AKEREKORO (dir.), La protection du droit &agrave; la sant&eacute; en Afrique francophone subsaharienne, Les Editions de la mis&eacute;ricorde, Abomey-Calavi, 2019</p> <p>-J.-M. AUBY, &laquo;&nbsp;Droits de l&rsquo;homme et droit de la sant&eacute; en particulier dans le r&eacute;gime juridique des services publics sanitaires&nbsp;&raquo;, Service public et libert&eacute;. M&eacute;langes Robert-Edouard Charlier, Editions de l&rsquo;Universit&eacute; et de l&rsquo;enseignement moderne, Paris, 1981</p> <p>-M.-L. BASILIEN-GAINCHE, Etat de droit et &eacute;tats d&rsquo;exception. Une conception de l&rsquo;Etat, PUF, 2013</p> <p>-O. BEAUD et C. GUERIN-BARGUES, &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire&nbsp;: &eacute;tait-il judicieux de cr&eacute;er un nouveau r&eacute;gime d&rsquo;exception&nbsp;?&nbsp;&raquo;, Recueil Dalloz, 2020, p. 891.</p> <p>-L.BERGEL,&nbsp;Th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale du droit,&nbsp;Dalloz, 5e &eacute;d., 2012.</p> <p>-D. Bigo et E.-P. Guittet, &ldquo;Facettes de l&rsquo;(in)S&eacute;curit&eacute; ou l&rsquo;ordinaire de l&rsquo;exceptionnel&rdquo;, Cultures &amp; Conflits, n&deg; 51, 2004, p. 5 &agrave; 8.</p> <p>-L. COCHET, &laquo;&nbsp;Commande publique et pand&eacute;mie&nbsp;; un premier aper&ccedil;u de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire&nbsp;&raquo; JCP / La semaine juridique &ndash; Edition Administrations et Collectivit&eacute;s Territoriales, n&deg; 13, 2020, 2077.</p> <p>-B. Coriat et F. Orsi, &laquo;&nbsp;Brevets pharmaceutiques g&eacute;n&eacute;riques et sant&eacute; publique&nbsp;&raquo;, Economie Publique, n&deg; 12, 2003, p. 153-177.</p> <p>-M. CORMIER, &laquo;&nbsp;Les interventions de la puissance publique en mati&egrave;re sanitaire et sociale&nbsp;&raquo; J. PETIT (dir.), Droit administratif et administration, La documentation fran&ccedil;aise, Paris, 1998.</p> <p>-C. DESJARDINS, &laquo;&nbsp;Covid-19 et commande publique&nbsp;: faire face &agrave; la crise&nbsp;&raquo;, Contrats et March&eacute;s publics, n&deg; 5, 2020, p. 71-72.</p> <p>-L. DUMOULIN et Christian LICOPPE, Justice et visioconf&eacute;rence : les audiences &agrave; distance. Gen&egrave;se et institutionnalisation d&rsquo;une innovation, Institut des sciences sociales du politique, Rapport janvier 2009.</p> <p>-J. JULLIARD, &laquo;&nbsp;Covid-19&nbsp;: retour &agrave; la condition humaine&nbsp;&raquo; N. DIAT (dir.), Rester vivants, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une civilisation apr&egrave;s le coronavirus&nbsp;? Fayard, 2020.</p> <p>-A. LAMI, &laquo;&nbsp;L&rsquo;acc&egrave;s au m&eacute;dicament &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve de l&rsquo;urgence sanitaire&nbsp;&raquo;, Revue droit de la famille, n&deg; 5-2020, &eacute;tude 18.</p> <p>-A. DE LAUBADERE, Droit administratif, Tome I, 12e &eacute;d., L.G.D.J., 1992.</p> <p>-P. LIGNIERES, &laquo;&nbsp;Sant&eacute; publique &ndash; Nos certitudes et les r&eacute;alit&eacute;s du monde&nbsp;&raquo;, Droit administratif, n&deg; 4, 2020.</p> <p>-J.P. MARKUS, &laquo;&nbsp;La d&eacute;mocratie sanitaire, manifestation d&rsquo;une dilution d&eacute;mocratique&nbsp;&raquo;, M. ONDOA et P.E. ABANE ENGOLO, Les transformations contemporaines du droit public en Afrique, L&rsquo;Harmattan, 2018, p. 340 et s.</p> <p>-J. MATHONNAT, Disponibilit&eacute;s des ressources financi&egrave;res pour la sant&eacute; dans les pays d&rsquo;Afrique subsaharienne, AFD, Paris, 2010.</p> <p>-J. MOREAU et D. TRUCHET, Droit de la sant&eacute; publique, Dalloz, 5e &eacute;d., 2000.</p> <p>-G. Nicolas, &laquo;&nbsp;La protection de la sant&eacute; par la d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme&nbsp;: droits d&rsquo;hier devenu devoir de demain&nbsp;&raquo;, De la d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme aux nouvelles demandes de protection juridique&nbsp;: entre permanence et renouvellement, Actes du colloque d&rsquo;Aix-en-Provence du 10 d&eacute;cembre 2018, 2020, p.&nbsp;383-400.</p> <p>-D. RAKOTONIAMA et Nomenirina RAZARANAINA, &laquo;&nbsp;Etat d&rsquo;urgence et libert&eacute;s publiques&nbsp;&raquo; La revue MCI, Covid 19 et le droit, 2020.</p> <p>-S. RENARD&nbsp;, &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire&nbsp;: droit d&rsquo;exception et exceptions au droit&nbsp;&raquo;,&nbsp;RDLF, 2020, Chron. 13.</p> <p>-D. ROMAN, &laquo;&nbsp;Coronavirus&nbsp;: des libert&eacute;s en quarantaine&nbsp;?&nbsp;&raquo; La semaine juridique, n&deg; 13-2020, p. 623-627.</p> <p>-S. P. SHEERAN, &ldquo;Reconceptualizing states of emergency under international human rights law: Theory, legal, doctrine , and politics&rdquo;, Michigan Journal of International law, 2013, vol. 34, Issue 3, p. 491-557.</p> <p>-L. SPINNEY, Pale rider&nbsp;: the Spanish flu of 1918 and how it changed the world, Jonathan Cape, London, 2017.</p> <p>-N. SYMCHOWICZ, Urgence sanitaire et police administrative : point d&rsquo;&eacute;tape,&nbsp;Dalloz actualit&eacute;, 31 mars 2020.</p> <p>-B. TOEBES, &ldquo;International Health Law&nbsp;: An Emerging Field of Public International Law&rdquo;, Indian Journal of International Law, 55, 2015, p. 299-328.</p> <p>-M. TROPER, Le droit et la n&eacute;cessit&eacute;, PUF, 2011.</p> <p>-D. TRUCHET, &laquo;&nbsp;Avant l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire&nbsp;: premi&egrave;res questions, premi&egrave;res r&eacute;ponses&nbsp;&raquo;, RFDA, 2020, p. 597-603.</p> <p>-F. VAIREL, Politique et mouvements sociaux au Maroc&nbsp;: La r&eacute;volution d&eacute;samorc&eacute;e&nbsp;?, Ed. Presses de sciences Po, Coll. Acad&eacute;mique, 2014.</p> <p>-M. D. Varella, &laquo;&nbsp;L&rsquo;Organisation mondiale du commerce, les brevets, les m&eacute;dicaments et les rapports Nord-Sud&nbsp;&raquo;, Revue internationale de droit &eacute;conomique, n&deg; 1, 2004, p. 79-117.</p> <p>&nbsp;</p> <div id="sdfootnote1"> <p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> Le pr&eacute;ambule de la Constitution de 1946 de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant&eacute; (OMS) d&eacute;finit &laquo;&nbsp;la sant&eacute;&nbsp;&raquo; comme &eacute;tant&nbsp;: &laquo; &hellip; un &eacute;tat de complet bien-&ecirc;tre physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d&rsquo;infirmit&eacute;&nbsp;&raquo;. Le pr&eacute;ambule d&eacute;clare en outre que&nbsp;: &laquo; La possession du meilleur &eacute;tat de sant&eacute; qu&rsquo;il est capable d&rsquo;atteindre constitue l&rsquo;un des droits fondamentaux de tout &ecirc;tre humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition &eacute;conomique ou sociale &raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote2"> <p><a href="#sdfootnote2anc" name="sdfootnote2sym">2</a> L&rsquo;article 25 de la d&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;Homme de 1948 &eacute;voque &eacute;galement la sant&eacute; comme partie int&eacute;grante du droit &agrave; un niveau de vie suffisant. Par ailleurs, le droit &agrave; la sant&eacute; a &eacute;t&eacute; reconnu comme un droit de l&rsquo;homme par le pacte international relatif aux droits &eacute;conomiques, sociaux et culturels de 1966. Depuis, les autres trait&eacute;s internationaux relatifs aux droits de l&rsquo;homme ont reconnu ou, du moins, &eacute;voqu&eacute; le droit &agrave; la sant&eacute; comme un droit fondamental de l&rsquo;&ecirc;tre humain.</p> </div> <div id="sdfootnote3"> <p><a href="#sdfootnote3anc" name="sdfootnote3sym">3</a> Dahir n&deg; 1-11-91 du 29 juillet 2011, Bulletin officiel n&deg;&nbsp;5964 bis, le 29 juillet 2011.</p> </div> <div id="sdfootnote4"> <p><a href="#sdfootnote4anc" name="sdfootnote4sym">4</a> Bulletin officiel n&deg; 6867, 24 mars 2020, p. 1782.</p> </div> <div id="sdfootnote5"> <p><a href="#sdfootnote5anc" name="sdfootnote5sym">5</a> &Agrave; l&rsquo;exception&nbsp;des d&eacute;lais de recours en appel des jugements rendus contre les pr&eacute;venus en &eacute;tat de d&eacute;tention et le d&eacute;compte des dur&eacute;es de la d&eacute;tention provisoire et des gardes &agrave; vue.</p> </div> <div id="sdfootnote6"> <p><a href="#sdfootnote6anc" name="sdfootnote6sym">6</a> L&rsquo;article 21 de la Constitution marocaine du 1er juillet, &eacute;nonce que &laquo; Tous ont droit &agrave; la s&eacute;curit&eacute; de leur personne, de leurs proches et de leurs biens. Les pouvoirs publics assurent la s&eacute;curit&eacute; des populations et du territoire national dans le respect des libert&eacute;s et droits fondamentaux garantis &agrave; tous&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote7"> <p><a href="#sdfootnote7anc" name="sdfootnote7sym">7</a> L&rsquo;article 24 de la Constitution marocaine du 1er juillet 2011, &eacute;nonce que&nbsp;: &laquo;&nbsp;&hellip; Est garantie pour tous, la libert&eacute; de circuler et de s&#39;&eacute;tablir sur le territoire national, d&#39;en sortir et d&#39;y retourner, conform&eacute;ment &agrave; la loi&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote8"> <p><a href="#sdfootnote8anc" name="sdfootnote8sym">8</a> L&rsquo;article 81 de la Constitution marocaine du 1er juillet 2011, &eacute;nonce que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le gouvernement peut prendre, dans l&#39;intervalle des sessions, avec l&#39;accord des commissions concern&eacute;es des deux Chambres, des d&eacute;crets-lois qui doivent &ecirc;tre, au cours de la session ordinaire suivante du Parlement, soumis &agrave; ratification de celui-ci. Le projet de d&eacute;cret-loi est d&eacute;pos&eacute; sur le bureau de la Chambre des repr&eacute;sentants. Il est examin&eacute; successivement par les commissions concern&eacute;es des deux Chambres en vue de parvenir &agrave; une d&eacute;cision commune dans un d&eacute;lai de six jours. &Agrave; d&eacute;faut, la d&eacute;cision est prise par la commission concern&eacute;e de la Chambre des repr&eacute;sentants&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote9"> <p><a href="#sdfootnote9anc" name="sdfootnote9sym">9</a> Bulletin officiel n&deg;&nbsp;6867, du 24 mars 2020, p. 1782.</p> </div> <div id="sdfootnote10"> <p><a href="#sdfootnote10anc" name="sdfootnote10sym">10</a> Ibid., p. 1783.</p> </div> <div id="sdfootnote11"> <p><a href="#sdfootnote11anc" name="sdfootnote11sym">11</a> L&rsquo;article 3 du d&eacute;cret-loi n&deg;&nbsp;2.20.293&nbsp;instaurant l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire au Maroc, autorise les instances gouvernementales comp&eacute;tentes &agrave; prendre les mesures obligatoires pour&nbsp;: -interdire aux personnes de quitter leur lieu de r&eacute;sidence en d&eacute;pit des pr&eacute;cautions obligatoires ; -interdire aux personnes toute circulation en dehors de leur lieu de r&eacute;sidence, sauf cas de n&eacute;cessit&eacute; imp&eacute;rieuse&nbsp;; -interdire tout rassemblement, attroupement ou r&eacute;union d&rsquo;un ensemble de personnes&nbsp;; -fermer les commerces et d&rsquo;autres entit&eacute;s qui accueillent du public, et ce durant la p&eacute;riode de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;urgence sanitaire.</p> </div> <div id="sdfootnote12"> <p><a href="#sdfootnote12anc" name="sdfootnote12sym">12</a> Caisse nationale de la s&eacute;curit&eacute; sociale.</p> </div> <div id="sdfootnote13"> <p><a href="#sdfootnote13anc" name="sdfootnote13sym">13</a> Conf&eacute;d&eacute;ration g&eacute;n&eacute;rale des entreprises marocaines.</p> </div> <div id="sdfootnote14"> <p><a href="#sdfootnote14anc" name="sdfootnote14sym">14</a> D&rsquo;autres mesures ont &eacute;t&eacute; prises en faveur des m&eacute;nages du secteur informel&nbsp;: les chefs de m&eacute;nages op&eacute;rant dans le secteur informel pourront b&eacute;n&eacute;ficier des montants suivants, en fonction de la taille du m&eacute;nage : -800 DH pour les m&eacute;nages de deux personnes ou moins ; -1&nbsp;000 DH pour les m&eacute;nages compos&eacute;s de trois &agrave; quatre personnes&nbsp;; -1&nbsp;200 DH pour les m&eacute;nages form&eacute;s de plus de quatre personnes (communiqu&eacute; du minist&egrave;re de l&rsquo;Economie et des Finances, le 9 avril 2020).</p> </div> <div id="sdfootnote15"> <p><a href="#sdfootnote15anc" name="sdfootnote15sym">15</a> L&rsquo;avis &agrave; tiers d&eacute;tenteur (ATD) est une proc&eacute;dure qui permet &agrave; l&rsquo;administration fiscale de recouvrer une cr&eacute;ance (un imp&ocirc;t ou une taxe) en sollicitant une autre personne que le d&eacute;biteur, elle-m&ecirc;me d&eacute;tentrice de la somme due (g&eacute;n&eacute;ralement la banque). L&rsquo;avis &agrave; tiers d&eacute;tenteur peut &ecirc;tre actionn&eacute; en cas de non-paiement de l&rsquo;imp&ocirc;t sur le revenu, de la taxe d&rsquo;habitation<a href="https://www.l-expert-comptable.com/fiches-pratiques/qu-est-ce-que-la-taxe-d-habitation.html">,</a> de la taxe fonci&egrave;re... L&rsquo;ATD est toujours notifi&eacute; aux deux personnes : le d&eacute;biteur et le tiers d&eacute;tenteur de la somme. Il est possible de contester un avis &agrave; tiers d&eacute;tenteur avec une lettre recommand&eacute;e avec accus&eacute; de r&eacute;ception aupr&egrave;s du tr&eacute;sor public dans les deux mois qui le suivent.</p> </div> <div id="sdfootnote16"> <p><a href="#sdfootnote16anc" name="sdfootnote16sym">16</a> Bulletin officiel, n&deg; 2853 du 5 juillet 1967.</p> </div> <div id="sdfootnote17"> <p><a href="#sdfootnote17anc" name="sdfootnote17sym">17</a> L&rsquo;article 6 du d&eacute;cret royal n&deg; 554-65 dispose que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Les infractions aux dispositions du pr&eacute;sent d&eacute;cret royal et aux textes pris pour son application sont punies de l&#39;emprisonnement de six jours &agrave; deux mois et d&#39;une amende de&nbsp;40 &agrave; 2&nbsp;400 dirhams ou de l&#39;une de ces peines seulement&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote18"> <p><a href="#sdfootnote18anc" name="sdfootnote18sym">18</a> L&rsquo;article 308 du Code p&eacute;nal marocain, dispose ce qui suit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quiconque, par des voies de fait, s&#39;oppose &agrave; l&#39;ex&eacute;cution de travaux ordonn&eacute;s ou autoris&eacute;s par l&#39;autorit&eacute; publique est puni d&#39;un emprisonnement de deux &agrave; six mois et d&#39;une amende qui ne peut exc&eacute;der le quart des dommages-int&eacute;r&ecirc;ts, ni &ecirc;tre inf&eacute;rieure &agrave; 200 dirhams. Ceux qui, par attroupement, menaces ou violences, s&#39;opposent &agrave; l&#39;ex&eacute;cution de ces travaux sont punis d&#39;un emprisonnement de trois mois &agrave; deux ans et de l&#39;amende pr&eacute;vue &agrave; l&#39;alin&eacute;a pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote19"> <p><a href="#sdfootnote19anc" name="sdfootnote19sym">19</a> L&rsquo;article 300 du Code p&eacute;nal, chapitre V sur les crimes et d&eacute;lits contre la s&eacute;curit&eacute; publiques, section II sur la R&eacute;bellion, dispose que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Toute attaque ou toute r&eacute;sistance pratiqu&eacute;e avec violence ou voies de fait envers les fonctionnaires ou les repr&eacute;sentants de l&#39;autorit&eacute; publique agissant pour l&#39;ex&eacute;cution des ordres ou ordonnances &eacute;manant de cette autorit&eacute;, ou des lois, r&egrave;glements, d&eacute;cisions judiciaires, mandats de justice, constitue la r&eacute;bellion. Les menaces de violences sont assimil&eacute;es aux violences elles-m&ecirc;mes&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote20"> <p><a href="#sdfootnote20anc" name="sdfootnote20sym">20</a> L&rsquo;article 4 alin&eacute;a 3 &agrave; 6 de l&rsquo;ordonnance n&deg; 2020-303, portant adaptation de r&egrave;gles de proc&eacute;dure p&eacute;nale.</p> </div> <div id="sdfootnote21"> <p><a href="#sdfootnote21anc" name="sdfootnote21sym">21</a> Communiqu&eacute;, Pr&eacute;sidence du minist&egrave;re public, Rabat, 16 mars 2020.</p> </div> <div id="sdfootnote22"> <p><a href="#sdfootnote22anc" name="sdfootnote22sym">22</a> Communiqu&eacute; conjoint du minist&egrave;re de la Justice, du Conseil sup&eacute;rieur de l&rsquo;autorit&eacute; judiciaire et de la pr&eacute;sidence du minist&egrave;re public, n&deg; 1/151, 16 mars 2020.</p> </div> <div id="sdfootnote23"> <p><a href="#sdfootnote23anc" name="sdfootnote23sym">23</a> Selon l&rsquo;article 5 de l&rsquo;ordonnance n&deg; 2020-303, les juridictions pourront, sur d&eacute;cision pr&eacute;sidentielle, statuer &agrave; juge unique en premi&egrave;re instance et en appel.</p> </div> <div id="sdfootnote24"> <p><a href="#sdfootnote24anc" name="sdfootnote24sym">24</a> Circulaire du minist&egrave;re de l&rsquo;Economie, des Finances et de la R&eacute;forme de l&rsquo;administration, 1/2020 du 16 mars 1920 et 2/2020 du 1er avril 1920.</p> </div> <div id="sdfootnote25"> <p><a href="#sdfootnote25anc" name="sdfootnote25sym">25</a> Les audiences peuvent se tenir en publicit&eacute; restreinte, &agrave; huis clos, ou en chambre du conseil, &agrave; l&rsquo;exception des journalistes qui pourront donc assister &agrave; certaines audiences...</p> </div> <div id="sdfootnote26"> <p><a href="#sdfootnote26anc" name="sdfootnote26sym">26</a> Karima Chemsi, Audiences &agrave; distance. Les juridictions s&rsquo;adaptent aux mesures sanitaires, leseco. https://leseco.ma/maroc/audiences-a-distance-les juridictions-sadaptent-aux mesures sanitaires.html, consult&eacute; le 15 janvier 2021. MAP, Maroc : plus de 5&nbsp;000 d&eacute;tenus ont b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de proc&egrave;s &agrave; distance.</p> <p>https://www.lesiteinfo.com/maroc/maroc-plus-de-5000-detenus-ont- beneficie-de-proces-a-distance<a href="https://www.lesiteinfo.com/maroc/maroc-plus-de-5000-detenus-ont-%20beneficie-de-proces-a-distance/">/</a>, consult&eacute; le 13 mai 2020.</p> </div> <div id="sdfootnote27"> <p><a href="#sdfootnote27anc" name="sdfootnote27sym">27</a> Il existe un grand flou s&eacute;mantique autour des termes de visioconf&eacute;rence, de vid&eacute;oconf&eacute;rence, de visiophonie, de vid&eacute;ocommunication et autour de leur orthographe (avec ou sans tiret), en raison notamment d&rsquo;anglicismes.</p> <p>L&rsquo;&eacute;quivalent du terme fran&ccedil;ais &laquo;&nbsp;visioconf&eacute;rence&nbsp;&raquo; est celui de &laquo;&nbsp;vidoconference&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;videoconferencing&nbsp;&raquo;. Les termes francophones les plus courants aujourd&rsquo;hui : visioconf&eacute;rence (r&eacute;unions, t&eacute;moignages, audiences&hellip;) et visiophonie (terme plus g&eacute;n&eacute;ral) (DUMOULIN et LICOPPE, 2009).</p> </div> <div id="sdfootnote28"> <p><a href="#sdfootnote28anc" name="sdfootnote28sym">28</a> Communiqu&eacute; de presse de la d&eacute;l&eacute;gation g&eacute;n&eacute;rale &agrave; l&rsquo;administration p&eacute;nitentiaire et &agrave; la r&eacute;insertion, le 24 avril 2020.</p> </div> <div id="sdfootnote29"> <p><a href="#sdfootnote29anc" name="sdfootnote29sym">29</a> &laquo;&nbsp;Le juge des mineurs peut prendre des mesures relatives &agrave; la garde du mineur, aux termes des dispositions de l&rsquo;article 471 du Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale, il peut en effet par ordonnance confier le mineur&nbsp;: -&agrave; ses parents, &agrave; son tuteur, &agrave; son tuteur datif, &agrave; la personne qui le prend en charg&eacute;e ou qui est charg&eacute;e de sa garde, ou &agrave; une personne digne de confiance&nbsp;; -&agrave; un centre d&rsquo;observation&nbsp;; -&agrave; la section d&rsquo;accueil d&rsquo;une institution publique ou priv&eacute;e habilit&eacute;e &agrave; cet effet&nbsp;; -au service public ou &eacute;tablissement public charg&eacute; de l&rsquo;assistance &agrave; l&rsquo;enfance ou &agrave; un &eacute;tablissement hospitalier, notamment au cas de n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;op&eacute;rer une cure de d&eacute;sintoxication&nbsp;; -&agrave; un &eacute;tablissement ou &agrave; une institution de formation professionnelle ou de soins, relevant de l&rsquo;&Eacute;tat ou d&rsquo;une administration publique habilit&eacute;e &agrave; cet effet, ou &agrave; un &eacute;tablissement priv&eacute; agr&eacute;e&nbsp;; -&agrave; une association d&rsquo;utilit&eacute; publique habilit&eacute;e &agrave; cet effet. S&rsquo;il estime que l&rsquo;&eacute;tat physique, psychique ou le comportement du mineur justifie une observation approfondie, le juge peut ordonner son placement provisoire dans un centre d&rsquo;observation agr&eacute;&eacute; pour une dur&eacute;e ne d&eacute;passant pas trois mois. Ces mesures peuvent, le cas &eacute;ch&eacute;ant, &ecirc;tre exerc&eacute;es sous le r&eacute;gime de la libert&eacute; surveill&eacute;e&hellip;&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="sdfootnote30"> <p><a href="#sdfootnote30anc" name="sdfootnote30sym">30</a> Ayant un sens d&rsquo;interpr&eacute;tation large, le juge des r&eacute;f&eacute;r&eacute;s du Tribunal administratif de Casablanca avait autoris&eacute; un ressortissant libyen en transit vers la Tunisie &agrave; acc&eacute;der au territoire marocain en d&eacute;pit de la fermeture des fronti&egrave;res (T. adm. de Casablanca, ordonnance du juge des r&eacute;f&eacute;r&eacute;s n&deg; 239 du 23 mars 2020, dossier n&deg;&nbsp;358/7101/2020). Une d&eacute;cision qui a &eacute;t&eacute; cass&eacute;e par la Cour d&rsquo;appel administrative de Rabat, en consid&eacute;rant que la fermeture des fronti&egrave;res du Royaume est un acte de souverainet&eacute; par excellence, dont les effets juridiques ne peuvent &ecirc;tre suspendus ou les dispositions n&eacute;glig&eacute;es que dans les cas d&eacute;cid&eacute;s par la d&eacute;cision d&rsquo;interdiction elle-m&ecirc;me ou par des actes ult&eacute;rieurs pris par la m&ecirc;me autorit&eacute; comp&eacute;tente (C. App. Adm. Rabat, Arr&ecirc;t n&deg; 210 du 26 mars 2020, Dossier n&deg;&nbsp;422/7202/2020).</p> </div> <div id="sdfootnote31"> <p><a href="#sdfootnote31anc" name="sdfootnote31sym">31</a> Le juge des r&eacute;f&eacute;r&eacute;s du Tribunal administratif de Toulouse, a affirm&eacute; l&rsquo;ill&eacute;galit&eacute; de la note du directeur de l&rsquo;administration p&eacute;nitentiaire du 6 avril 2020, pour atteinte aux droits de la d&eacute;fense et entrave au droit du d&eacute;tenu &agrave; l&rsquo;assistance d&rsquo;un avocat de son choix. En effet, cette note exigeait des avocats de produire une attestation sur l&rsquo;honneur, &eacute;crite ou orale, qu&rsquo;ils ne pr&eacute;sentent pas l&rsquo;un des sympt&ocirc;mes du Covid -19 qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; en contact avec une personne symptomatique.</p> </div>

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Le droit et le fait dans le processus d'abolition de l'esclavage

Mamadou KEITA, Amadou BOUARÉ

De nos jours l’esclavage est perçu comme la pratique la plus répugnante. Il serait contraire aux valeurs humanistes dans lesquelles s’inscrivent les sociétés modernes de notre siècle. C’est dans le cadre de la lutte contre cette pratique que les Etats du monde ont adopté des instruments juridiques tant sur le plan supranational que national. Il en va ainsi pour le Mali qui a souscrit maints engagements juridiques à vocation abolitionniste de ladite pratique. Très récemment le pays a adopté une...

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