N°3 / Insécurité urbaine et protection des mineurs en Afrique de l'Ouest

Vécu de jeunes filles associées aux gangs des "microbes" à Abidjan

Salia RENÉ SAHI, Cyrille JULIEN SYLVAIN YORO

Résumé

Cette recherche vise à étudier le vécu de jeunes filles ayant appartenu aux gangs des "microbes[1]". Elle a été menée à partir d’une étude de cas de trois individus ayant appartenu à des bandes de « microbes » et séjournant au COM (Centre d’observation des mineurs)[2]. Pour le recueil des données, nous avons recours à l’observation documentaire (consultation des dossiers individuels des pensionnaires), d’entretiens individuels semi directifs ainsi que d’échelles d’évaluation (BDI & IES-R). Les résultats montrent que le processus d’affiliation des jeunes filles aux gangs correspond à une séquence générique se déclinant en trois phases : recrutement, initiation et acquisition du statut de membre. Par ailleurs, la plupart des victimisations des jeunes filles sont liées à leur appartenance aux gangs des « microbes ». Enfin, des troubles mentaux liés aux victimisations vécues au sein des gangs, notamment l’état de stress post-traumatique et la dépression sont observés. En conséquence, cette étude suggère des actions de prise en charge psychologique et sociale des jeunes affiliées aux gangs afin de prévenir chez elles toute forme de récidive, étant entendu que les psychopathologies répertoriées chez ces derniers peuvent faire le lit à d’autres formes de délinquance.

Abstract: This research aims to study the experiences of young girls who belonged to the gangs of "microbes". It was carried out on the basis of a case study of three individuals who belonged to gangs of "microbes" and who stayed at the COM (Center for the Observation of Minors). For the collection of data, we resort to the use of documentary observation (consultation of individual residents' files), semi-structured individual interviews and evaluation scales (BDI & IES-R). The results show that the process of affiliation of girls to gangs corresponds to a generic sequence in three phases: recruitment, initiation and acquisition of membership status. In addition, most of the victimizations of girls are linked to their membership in the "microbe" gangs. Finally, mental disorders related to gang victimization, including post-traumatic stress disorder and depression are observed. This study suggests actions to treat gang-affiliated youth to prevent any form of recidivism; it being understood that the psychopathologies listed in the latter can make the bed for other forms of delinquency.


[1] Les « microbes » ou « enfants en conflit avec la loi » désignent des individus notamment des personnes, généralement âgées de moins de 18 ans auteurs d’actes de délinquance ou de criminalité violente en bandes (vols avec agressions, coups et blessures volontaires, etc.).

[2] Les enquêtées, pendant le déroulement de cette étude, étaient « pensionnaires » du Centre d’observation des mineurs (COM).

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<p>La d&eacute;linquance juv&eacute;nile est un ph&eacute;nom&egrave;ne consubstantiel &agrave; toute soci&eacute;t&eacute; humaine. Cette assertion se fonde sur la pens&eacute;e durkheimienne qui soulignait le caract&egrave;re normal du &laquo;&nbsp;crime&nbsp;&raquo; (donc de la d&eacute;linquance des jeunes) puisqu&rsquo;aucune soci&eacute;t&eacute; humaine ne pourrait en &ecirc;tre exempte (Durkheim, 1894, 2007). Cette d&eacute;linquance juv&eacute;nile se pr&eacute;sente sous diff&eacute;rentes formes, et le gangst&eacute;risme juv&eacute;nile est une de ses nombreuses manifestations. Le ph&eacute;nom&egrave;ne des gangs de rue a suscit&eacute; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de plusieurs chercheurs partout dans le monde, notamment au Canada (Lanct&ocirc;t &amp; LeBlanc, 1996) et aux Etats-Unis (Choo, 2007).</p> <p>Les gangs de rue d&eacute;signent &laquo;&nbsp;un regroupement plus ou moins structur&eacute; d&rsquo;adolescents et de jeunes adultes qui privil&eacute;gient la force et l&rsquo;intimidation du groupe pour accomplir des actes criminels, et ce, dans le but d&rsquo;obtenir pouvoir et reconnaissance ou de contr&ocirc;ler des sph&egrave;res d&rsquo;activit&eacute;s lucratives&nbsp;&raquo; (Guay et al., 2015&nbsp;: 20). Ce sont donc des groupes centr&eacute;s sur des activit&eacute;s de rue, dont l&#39;implication dans des activit&eacute;s ill&eacute;gales fait partie de son identit&eacute; en tant que groupe. Ils ont &eacute;t&eacute; d&eacute;crits comme un ph&eacute;nom&egrave;ne principalement masculin. Mais de plus en plus, parall&egrave;lement aux &eacute;tudes ant&eacute;rieurement cit&eacute;es, des r&eacute;flexions, d&eacute;crivant des groupes mixtes, affirment la pr&eacute;sence de membres f&eacute;minins au sein des bandes des jeunes. D&rsquo;autres &eacute;tudes &eacute;voquent des groupes de jeunes d&eacute;viants compos&eacute;s exclusivement de filles (Adler, 1975&nbsp;; Fournier, Cousineau &amp; Hamel, 2004&nbsp;; Chesney-Lind, 2015).</p> <p>Comme ailleurs, il existe des gangs de jeunes en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire et particuli&egrave;rement &agrave; Abidjan. Les membres desdits gangs ont pris la d&eacute;nomination de &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo;. Le ph&eacute;nom&egrave;ne des gangs des microbes &agrave; Abidjan, &agrave; cause de sa r&eacute;currence et de sa prolif&eacute;ration, suscite l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des chercheurs (Sadia, 2014&nbsp;; Gaulithy, 2015&nbsp;; Bamba, 2016) et des organisations, notamment Interpeace &amp; Indigo C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (2017) et l&rsquo;Office fran&ccedil;ais pour la protection des r&eacute;fugi&eacute;s et des apatrides (OFPRA) &agrave; travers sa division information documentation et recherches (DIDR) (2017). Ceux-ci sont pr&eacute;occup&eacute;s par le besoin de cerner les contours de ce gangst&eacute;risme juv&eacute;nile qui fait beaucoup de victimes &agrave; Abidjan.</p> <p>Au regard de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, ces travaux quoique dignes d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, n&rsquo;en sont pas pour autant exempts de remarques. En effet, ils semblent occulter la question du genre, n&rsquo;ayant pas mis au c&oelig;ur de leur d&eacute;marche cette question, &agrave; savoir la place des filles au sein des gangs des microbes. Par ailleurs, la sant&eacute; mentale des jeunes impliqu&eacute;s dans les gangs des microbes appara&icirc;t de plus en plus comme une r&eacute;alit&eacute; largement sous-&eacute;valu&eacute;e, m&ecirc;me s&rsquo;il existe des &eacute;crits en la mati&egrave;re (Laurier, 2012&nbsp;; Chesney-Lind, 2015). Mais, ces &eacute;crits ne semblent aborder que la &laquo;&nbsp;r&eacute;alit&eacute; occidentale&nbsp;&raquo;, notamment le Qu&eacute;bec et les &laquo;&nbsp;Afro am&eacute;ricains&nbsp;&raquo;. Notre recherche entend justement s&rsquo;inscrire dans le contexte africain et particuli&egrave;rement ivoirien. Elle vise &agrave; r&eacute;pondre &agrave; diverses interrogations&nbsp;au nombre desquelles : comment et pourquoi des jeunes filles rejoignent-elles les gangs des microbes&nbsp;? Quels liens peut-on &eacute;tablir entre l&rsquo;appartenance &agrave; ce gang de rue et la victimisation des jeunes filles, et quelles sont les r&eacute;percussions de telles victimisations en termes de troubles de la sant&eacute; mentale&nbsp;?</p> <p>En ce qui concerne l&rsquo;&eacute;tude des gangs de rue, diff&eacute;rentes approches th&eacute;oriques permettent de comprendre l&rsquo;appartenance de jeunes &agrave; des groupes juv&eacute;niles producteurs de violence. Pour cette &eacute;tude, deux mod&egrave;les th&eacute;oriques paraissent int&eacute;ressants du fait qu&rsquo;ils semblent bien comprendre, d&rsquo;une part pourquoi des jeunes s&rsquo;affilient &agrave; des groupes d&eacute;viants pour commettre des d&eacute;lits et d&rsquo;autre part les r&ocirc;les qu&rsquo;ils jouent au sein desdits groupes. La premi&egrave;re grille th&eacute;orique &agrave; laquelle la pr&eacute;sente &eacute;tude fait r&eacute;f&eacute;rence est la th&eacute;orie de l&rsquo;apprentissage. Elle a plusieurs variantes : les th&eacute;ories de l&rsquo;apprentissage social de Bandura et de Feldman, la th&eacute;orie de l&rsquo;apprentissage de la conduite antisociale d&rsquo;Akers (Koudou, 2007). Bien qu&rsquo;elles soient int&eacute;ressantes, elles ne mettent pas en &eacute;vidence, entre autres, que l&rsquo;aspect cognitif en ignorant l&rsquo;environnement notamment du d&eacute;linquant dans lequel &eacute;volue l&rsquo;individu.</p> <p>C&rsquo;est la raison pour laquelle la variante de l&rsquo;apprentissage qui retient l&rsquo;attention dans cette recherche est la th&eacute;orie de l&rsquo;association diff&eacute;rentielle Sutherland (Gassin, 2003). Celle-ci fait r&eacute;f&eacute;rence aux habitudes acquises au travers des relations avec les autres individus et l&rsquo;environnement dans lequel le sujet agit. Elle postule que le comportement d&eacute;linquant n&rsquo;est pas inn&eacute;, mais appris. Cet apprentissage se fait essentiellement par l&rsquo;association avec d&rsquo;autres individus qui, eux, ont d&eacute;j&agrave; une exp&eacute;rience dans le domaine. L&rsquo;apprentissage fait donc r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la mise en contact avec un &laquo;&nbsp;r&eacute;seau&nbsp;&raquo; d&eacute;linquant (Koudou, 2007). Cette grille d&rsquo;analyse appara&icirc;t opportune du fait qu&rsquo;elle semble expliquer, en partie du moins, la mani&egrave;re dont les jeunes filles s&rsquo;affilient aux gangs des microbes.</p> <p>Le f&eacute;minisme constitue le second r&eacute;f&eacute;rentiel th&eacute;orique de cette recherche (Parent, 1992). L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour cette approche est triple. Tout d&rsquo;abord, elle permet de mieux comprendre la logique de domination masculine qui est pr&eacute;sente dans les gangs de rue mixtes. Aussi est-elle utile pour analyser le r&ocirc;le que jouent les jeunes filles au sein des gangs. Si auparavant le r&ocirc;le des jeunes filles dans ces bandes &eacute;tait essentiellement limit&eacute; &agrave; des t&acirc;ches de soutien ou d&rsquo;entretien du groupe, il est d&eacute;sormais de plus en plus fr&eacute;quent de voir des membres f&eacute;minins commettre eux-m&ecirc;mes des actes de violence. Ensuite elle offre une perspective f&eacute;ministe de l&rsquo;&eacute;tude des trajectoires, en s&rsquo;int&eacute;ressant au poids des diff&eacute;rentes formes de violences subies, et des d&eacute;savantages notamment au sein de la cellule familiale, comme des m&eacute;canismes qui poussent ou peuvent pousser des filles &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience d&eacute;viante, &agrave; se joindre &agrave; des gangs (Chesney-Lind, 2015). Enfin, la d&eacute;marche f&eacute;ministe s&rsquo;est, de mani&egrave;re pertinente, appuy&eacute;e sur l&rsquo;approche ph&eacute;nom&eacute;nologique pour &eacute;tudier le v&eacute;cu des jeunes filles ou femmes associ&eacute;es aux bandes d&eacute;linquantes. C&rsquo;est l&#39;un des grands m&eacute;rites du f&eacute;minisme que d&#39;avoir rappel&eacute; cette r&eacute;alit&eacute; essentielle et &eacute;largi l&#39;optique des chercheurs qui s&rsquo;int&eacute;ressent aux jeunes filles ou femmes contrevenantes.</p> <p>Cette &eacute;tude, de nature qualitative, se propose principalement d&rsquo;&eacute;tudier le v&eacute;cu de jeunes filles affili&eacute;es aux gangs des microbes. Secondairement, elle vise &agrave; comprendre les liens entre affiliation au gang et victimisation ainsi qu&rsquo;entre la victimisation et la sant&eacute; mentale de ces jeunes filles ayant appartenu aux gangs des microbes.</p> <p>Pour cette recherche deux hypoth&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; formul&eacute;es. D&rsquo;une part, nous fondant sur la th&eacute;orie de l&rsquo;association diff&eacute;rentielle de Sutherland, nous postulons que les jeunes filles prennent la d&eacute;cision de rejoindre les gangs des microbes parce qu&rsquo;elles sont en relation sociale avec des membres desdits gangs. D&rsquo;autre part, au regard de l&rsquo;approche f&eacute;ministe, nous soutenons que plus la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation aux gangs est longue, plus les jeunes filles sont victimis&eacute;es et plus elles pr&eacute;sentent des troubles de sant&eacute; mentale.</p> <p>La d&eacute;marche m&eacute;thodologique emprunt&eacute;e pour v&eacute;rifier les hypoth&egrave;ses est d&eacute;crite ci-apr&egrave;s.</p> <h2>I. M&eacute;thodologie</h2> <h3>A. Caract&eacute;risation des variables</h3> <p>La premi&egrave;re hypoth&egrave;se a deux variables&nbsp;: une variable d&eacute;pendante (d&eacute;cision de rejoindre les gangs des microbes) et une variable ind&eacute;pendante (en relation sociale avec des membres des gangs).</p> <p>Les modalit&eacute;s de la variable d&eacute;pendante sont&nbsp;: prendre la d&eacute;cision de rejoindre les gangs des microbes et ne pas prendre la d&eacute;cision de rejoindre les gangs des microbes. Les dimensions de la variable ind&eacute;pendante sont&nbsp;: &ecirc;tre en relation sociale avec des membres des gangs et ne pas &ecirc;tre en relation sociale avec des membres des gangs.</p> <p>La seconde hypoth&egrave;se &eacute;nonc&eacute;e admet trois variables&nbsp;: une variable d&eacute;pendante (les troubles de sant&eacute; mentale), une variable ind&eacute;pendante (dur&eacute;e d&rsquo;affiliation aux gangs) et une variable interm&eacute;diaire (les victimisations).</p> <p>La variable &agrave; expliquer (les troubles de la sant&eacute; mentale) poss&egrave;de deux modalit&eacute;s que sont l&rsquo;existence de troubles et l&rsquo;inexistence de troubles. La variable interm&eacute;diaire (les victimisations) est concomitante et interagit avec la variable ind&eacute;pendante pour expliquer les troubles. Elle se r&eacute;f&egrave;re aux diff&eacute;rentes formes d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements v&eacute;cus par ces jeunes filles pendant leur association aux gangs de rue des microbes. La variable explicative (dur&eacute;e d&rsquo;affiliation aux gangs des microbes) a deux dimensions. Subs&eacute;quemment, la p&eacute;riode d&rsquo;affiliation inf&eacute;rieure ou &eacute;gale &agrave; trois mois est d&eacute;sign&eacute;e &laquo;&nbsp;courte dur&eacute;e&nbsp;&raquo; et celle qui exc&egrave;de trois mois est qualifi&eacute;e de &laquo;&nbsp;longue dur&eacute;e&nbsp;&raquo;.</p> <h3>B. Sujets</h3> <p>Dans le cadre de cette recherche, nous n&rsquo;avons voulu retenir que des sujets consid&eacute;r&eacute;s comme &laquo;&nbsp;mineures en conflit avec la loi&nbsp;&raquo;. Ainsi, nous avons interview&eacute; trois jeunes filles affili&eacute;es aux gangs de rue &agrave; Abidjan, qui ont &eacute;t&eacute; interpell&eacute;es et mises sous garde au Centre d&rsquo;observation des mineurs (COM) d&rsquo;Abidjan. Ces mineures contrevenantes ont &eacute;t&eacute; s&eacute;lectionn&eacute;es gr&acirc;ce &agrave; la technique du tri expertis&eacute; (Angers, 1992 cit&eacute; par Fournier, Cousineau &amp; Hamel, 2004). Cette technique a consist&eacute; &agrave; faire appel aux sp&eacute;cialistes, ici les intervenants du COM, pour confirmer que ces mineures en conflit avec la loi ont effectivement &eacute;t&eacute; associ&eacute;es &agrave; des gangs de rue et y ont v&eacute;cu certaines exp&eacute;riences. La fourchette d&rsquo;&acirc;ge de ces jeunes filles se situe entre 14 et 17 ans. La collecte des donn&eacute;es a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e entre d&eacute;cembre 2016 et f&eacute;vrier 2017 et r&eacute;actualis&eacute;e en octobre 2019.</p> <h3>C. Instruments de collecte de donn&eacute;es</h3> <p>Pour cette &eacute;tude de cas, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;observation documentaire (N&rsquo;Da, 2015), d&rsquo;entretiens individuels semi-directifs ainsi que d&rsquo;&eacute;chelles d&rsquo;&eacute;valuation a &eacute;t&eacute; n&eacute;cessaire. Ainsi, les dossiers individuels de chacune des mineures contrevenantes ont &eacute;t&eacute; consult&eacute;s aupr&egrave;s des services de l&rsquo;assistance socio-&eacute;ducative du COM. Cette observation indirecte a permis de recueillir des informations g&eacute;n&eacute;rales (&acirc;ge, niveau scolaire, domicile, fratrie, &eacute;tat de sant&eacute;, infraction commise, ant&eacute;c&eacute;dents judiciaires, etc.). Chaque enqu&ecirc;t&eacute;e a &eacute;t&eacute; aussi soumise &agrave; un entretien individuel semi-directif et &agrave; deux outils d&rsquo;&eacute;valuation. Les principaux th&egrave;mes abord&eacute;s au cours des entrevues sont les suivants&nbsp;: le processus d&rsquo;affiliation aux gangs, le mode op&eacute;ratoire des gangs, les exp&eacute;riences v&eacute;cues au sein desdits gangs et les rapports avec les personnes ext&eacute;rieures aux bandes de rue.</p> <p>Quant aux &eacute;chelles d&rsquo;&eacute;valuation, il s&rsquo;agit d&rsquo;une part de la version fran&ccedil;aise de l&rsquo;Impact of Event Scale &ndash; Revised (IES-R) (&eacute;chelle d&rsquo;impact de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement) et d&rsquo;autre part de l&rsquo;inventaire de d&eacute;pression de Beck, en anglais Beck Depression Inventory (BDI). L&rsquo;impact of Event Scale &ndash; Revised (IES-R) a &eacute;t&eacute; traduit par Brunet et coll. (1998) &agrave; partir de la forme r&eacute;vis&eacute;e de l&rsquo;&eacute;chelle d&rsquo;Horowitz (1979). Cette &eacute;chelle est construite autour du triptyque (Intrusion &ndash; Evitement &ndash; Hyperactivit&eacute; neurov&eacute;g&eacute;tative) et propose en 22 items, par exemple (&laquo; des images de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement surgissaient dans ma t&ecirc;te&nbsp;; j&rsquo;avais du mal &agrave; dormir&nbsp;; j&rsquo;ai r&ecirc;v&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement &raquo;) avec cinq niveaux de cotation allant de z&eacute;ro (pas du tout) &agrave; quatre (extr&ecirc;mement). Elle donne un score de s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des sympt&ocirc;mes post-traumatiques &agrave; partir des trois sous-scores dont il faut faire la somme ou la moyenne. Un score total de 22 points obtenus indique la pr&eacute;sence d&rsquo;un &eacute;tat de stress aigu et un score de 36 points sugg&egrave;re l&rsquo;existence d&rsquo;un trouble de stress post-traumatiques. Cette &eacute;chelle a la qualit&eacute; d&rsquo;&eacute;valuer aussi bien l&rsquo;&eacute;tat de stress aigu (ESA) que l&rsquo;&eacute;tat de stress post-traumatique (ESPT) (Jehel &amp; Vermeiren, 2001).</p> <p>Par ailleurs, la version abr&eacute;g&eacute;e de l&rsquo;inventaire de d&eacute;pression de Beck est une compos&eacute;e de treize items. Chaque item est constitu&eacute; de quatre phrases (exemple de l&rsquo;item 1&nbsp;: Je ne me sens pas triste ; je me sens cafardeux ou triste ; je me sens tout le temps cafardeux ou triste et je n&rsquo;arrive pas en sortir ; je suis si triste et si malheureux que je ne peux pas le supporter.), correspondant &agrave; quatre degr&eacute;s d&rsquo;intensit&eacute; croissante d&rsquo;un sympt&ocirc;me : de z&eacute;ro &agrave; trois. La note globale est obtenue en faisant la somme des scores des treize items. L&rsquo;&eacute;tendue de l&rsquo;&eacute;chelle va de 0 &agrave; 39. Plus la note est &eacute;lev&eacute;e plus le sujet est d&eacute;prim&eacute;&nbsp;: de z&eacute;ro &agrave; treize (pas de d&eacute;pression)&nbsp;; de quatre &agrave; sept (d&eacute;pression l&eacute;g&egrave;re)&nbsp;; de huit &agrave; quinze (d&eacute;pression d&#39;intensit&eacute; moyenne) et de seize et plus (d&eacute;pression s&eacute;v&egrave;re) (Cottraux, 1996). Le BDI a permis de mesurer les cognitions d&eacute;pressives des mineures contrevenantes, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&rsquo;&eacute;valuer les aspects subjectifs de leur d&eacute;pression.</p> <h3>D. M&eacute;thodes d&rsquo;analyse des donn&eacute;es</h3> <p>En effet, hormis les donn&eacute;es d&eacute;coulant des &eacute;chelles d&rsquo;&eacute;valuation, le contenu des verbatims des entrevues a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse qualitative. Aussi, l&rsquo;approche ph&eacute;nom&eacute;nologique a-t-elle &eacute;t&eacute; choisie pour mieux comprendre les exp&eacute;riences v&eacute;cues par les enqu&ecirc;t&eacute;es au sein des gangs des microbes. (N&rsquo;Da, 2015).</p> <h2>II. R&eacute;sultats</h2> <p>Les r&eacute;sultats s&rsquo;articulent autour de trois principaux points&nbsp;: l&rsquo;expos&eacute; des cas, le processus d&rsquo;affiliation des enqu&ecirc;t&eacute;es aux gangs des microbes et les victimisations de m&ecirc;me que leur retentissement sur la sant&eacute; mentale des jeunes filles.</p> <h3>A. Expos&eacute; des cas</h3> <p>Comme son nom l&rsquo;indique, l&rsquo;expos&eacute; des cas ne consistera qu&rsquo;&agrave; pr&eacute;senter le parcours de chacune des participantes retenues dans cette &eacute;tude sans faire d&rsquo;analyse. C&rsquo;est &agrave; la suite de cet expos&eacute; que la latitude nous sera donn&eacute;e de faire des commentaires et une analyse.</p> <h4>1. Cas Soya (pseudonyme)</h4> <p>L&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute;e Soya a 17 ans au moment de l&rsquo;enqu&ecirc;te<a href="#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc">1</a>. Elle a un niveau troisi&egrave;me mais est sous ordonnance de garde provisoire (OGP) au Centre d&rsquo;observation des mineurs (COM) d&rsquo;Abidjan. Cette jeune fille avait l&rsquo;&acirc;ge de sept ans quand son p&egrave;re mourrait. Apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de ce dernier, la continuit&eacute; de l&rsquo;&eacute;ducation de cette orpheline est assur&eacute;e par le grand-p&egrave;re paternel qui la recueille chez lui. Soya a fr&eacute;quent&eacute; un &eacute;tablissement catholique pour jeunes filles dans une banlieue d&rsquo;Abidjan et a v&eacute;cu dans l&rsquo;internat dudit &eacute;tablissement. Elle dit avoir &eacute;t&eacute; exclue de ce pensionnat et de facto de l&rsquo;&eacute;tablissement pour manquement grave au r&egrave;glement int&eacute;rieur. En effet, elle avoue avoir fait des tatouages sur ses cuisses, une pratique qui &eacute;tait formellement interdite par le r&egrave;glement int&eacute;rieur de cette institution. Cette adolescente reconna&icirc;t avoir appartenu &agrave; une bande de jeunes microbes avec qui elle a pass&eacute; la majeure partie de ses journ&eacute;es. Elle a &eacute;t&eacute; interpell&eacute;e par la police &agrave; l&rsquo;issue d&rsquo;un vol. De fait, des semaines apr&egrave;s son exclusion du pensionnat de jeunes filles, Soya a pris l&rsquo;initiative d&rsquo;y retourner, un matin, en compagnie de certains amis. Cependant, elle a &eacute;t&eacute; la seule &agrave; escalader la cl&ocirc;ture du pensionnat et les autres l&rsquo;y attendaient dehors. Une fois sur les lieux, elle s&rsquo;est introduite furtivement dans les bureaux et dortoirs et y a d&eacute;rob&eacute; des objets et la somme de quatre cent mille francs CFA. Au moment de sa fuite, elle est aper&ccedil;ue et aussit&ocirc;t rattrap&eacute;e par les agents charg&eacute;s de la s&eacute;curit&eacute; des lieux. Ses autres complices prennent alors la fuite. Arr&ecirc;t&eacute;e, elle est mise &agrave; la disposition des autorit&eacute;s judiciaires. Au mois de novembre 2016, elle est admise au Centre d&rsquo;observation des mineurs.</p> <p>Son dossier individuel au COM mentionne qu&rsquo;elle est une d&eacute;linquante primaire. Cependant, au cours des entrevues r&eacute;alis&eacute;es, cette mineure a r&eacute;v&eacute;l&eacute; qu&rsquo;elle n&rsquo;&eacute;tait pas &agrave; son premier acte d&eacute;lictuel. Elle avoue avoir &eacute;t&eacute;, &agrave; maintes reprises, l&rsquo;auteur de plusieurs vols contre des membres de sa famille &eacute;largie comme en t&eacute;moignent ses propos&nbsp;: &laquo;&nbsp;avant qu&rsquo;on m&rsquo;attrape et qu&rsquo;on m&rsquo;am&egrave;ne ici, je volais des parents, des tontons et des tanties chez qui je partais. Je volais et puis je fuyais. A cause de &ccedil;a, ils ne veulent plus me voir chez eux &raquo;. Pour Soya, les objets ou sommes vol&eacute;s servaient &agrave; l&rsquo;entretien de la bande &agrave; laquelle elle appartenait. Cette d&eacute;claration de l&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute;e est &eacute;vocatrice en la mati&egrave;re&nbsp;: &laquo;&nbsp;ce que je vole, j&rsquo;envoie et on partage et on d&eacute;pense ensemble. Quand eux, ils ont pour eux, ils me donnent aussi.&nbsp;Nous sommes des fr&egrave;res de sang<a href="#sdfootnote2sym" name="sdfootnote2anc">2</a>, c&rsquo;est comme &ccedil;a on fait&hellip; On marche ensemble, &ccedil;a fait un peu longtemps&hellip; 8 mois &raquo;.</p> <h4>2. Cas Betty (pseudonyme)</h4> <p>En quatri&egrave;me position dans une fratrie de six enfants, Betty est &acirc;g&eacute;e de seize ans<a href="#sdfootnote3sym" name="sdfootnote3anc">3</a> et est non scolaris&eacute;e. Elle a &eacute;t&eacute; en mise sous garde en juin 2016 au Centre d&rsquo;observation des mineurs de Yopougon.</p> <p>Apr&egrave;s le divorce des parents, cette adolescente vit avec sa m&egrave;re dans un quartier pr&eacute;caire de la commune de Yopougon d&eacute;nomm&eacute; Mossikro. Son p&egrave;re, quant &agrave; lui, s&rsquo;est remari&eacute;. Betty ainsi que trois autres de ses fr&egrave;res sont &agrave; la charge de sa m&egrave;re qui a du mal &agrave; faire face, toute seule, aux nombreuses obligations li&eacute;es &agrave; son nouveau statut de m&egrave;re chef de famille. Sans emploi et sans occupation v&eacute;ritable, cette jeune fille passe la plupart de son temps donc en compagnie d&rsquo;amis qu&rsquo;elle a rencontr&eacute;s durant ses fr&eacute;quentes sorties tant diurnes que nocturnes. Betty dit appartenir &agrave; une bande mixte de jeunes microbes dans la commune de Yopougon&nbsp;: &laquo;&nbsp;j&rsquo;ai des camarades, filles comme gar&ccedil;ons, avec qui je me prom&egrave;ne&hellip; &Ccedil;a faisait deux mois qu&rsquo;on sortait, on faisait tout ensemble&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est au cours de l&rsquo;une de leurs sorties nocturnes que Betty et ses amis vont attaquer un h&ocirc;tel de la commune. Cette op&eacute;ration, mal planifi&eacute;e, tourne mal et la bande de jeunes, au nombre de six avec une parit&eacute; de sexe, est arr&ecirc;t&eacute;e et conduite au commissariat de l&rsquo;arrondissement. Cette adolescente dit avoir pass&eacute; trois mois en compagnie des autres membres de la bande. Le chef d&rsquo;accusation retenu contre elle et ses autres complices par la justice et pour lequel, elle est en observation au COM est l&rsquo;association de malfaiteurs, vol de nuit en r&eacute;union avec violences n&rsquo;ayant pas entra&icirc;n&eacute; des blessures, portant sur des t&eacute;l&eacute;phones portables et des sommes d&rsquo;argent.</p> <h4>3. Cas Ma&iuml; (pseudonyme)</h4> <p>Ag&eacute;e de quatorze ans<a href="#sdfootnote4sym" name="sdfootnote4anc">4</a>, Ma&iuml; est d&eacute;scolaris&eacute;e et a le niveau CM2. Elle est une mineure en conflit avec la loi. D&eacute;linquante primaire selon son dossier individuel, cette adolescente a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;e pour vol en r&eacute;union portant sur cinq complets de pagne. Vivant dans une famille monoparentale, cette enqu&ecirc;t&eacute;e a confi&eacute; qu&rsquo;elle a abandonn&eacute; l&rsquo;&eacute;cole &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de treize ans pour des raisons &eacute;conomiques. Elle s&rsquo;est orient&eacute;e, par la suite, vers le commerce informel. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle est devenue une vendeuse ambulante. Dans cette activit&eacute;, elle a fait la rencontre de jeunes filles qui exer&ccedil;aient le m&ecirc;me m&eacute;tier qu&rsquo;elle. Cette rencontre avec ces jeunes filles qui appartenaient d&eacute;j&agrave; &agrave; une bande de jeunes d&eacute;linquants a &eacute;t&eacute; le point de d&eacute;part d&rsquo;une courte affiliation &agrave; cette bande. En effet, r&eacute;v&egrave;le Ma&iuml;, &laquo;&nbsp;&hellip; les filles avec qui je vendais sur la route m&rsquo;ont montr&eacute; au chef du groupe. Le chef m&rsquo;a dit de voler quelque chose pour leur envoyer. Apr&egrave;s ils ont dit d&rsquo;aller on va voler. C&rsquo;est quand on est parti voler pagnes qu&rsquo;on nous a attrap&eacute;s&nbsp;&raquo;. Lui ayant demand&eacute; combien de temps apr&egrave;s la premi&egrave;re rencontre avec le chef de gang, il leur a &eacute;t&eacute; demand&eacute; d&rsquo;aller voler ensemble, elle a r&eacute;pondu par ces mots : &laquo;&nbsp;&ccedil;a faisait un mois comme &ccedil;a.&nbsp;&raquo;</p> <p>Apr&egrave;s ce bref expos&eacute; des cas, nous aborderons dans la suite de nos propos le processus d&rsquo;association des sujets aux gangs des &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo; d&rsquo;une part et les victimisations et la sant&eacute; mentale de ces sujets d&rsquo;autre part.</p> <h3>B. Affiliation des enqu&ecirc;t&eacute;es aux gangs des microbes</h3> <p>L&rsquo;affiliation des jeunes filles aux gangs des microbes a &eacute;t&eacute; analys&eacute;e suivant deux axes&nbsp;: les facteurs d&rsquo;association et le processus d&rsquo;association.</p> <h4>1. Facteurs d&rsquo;association des enqu&ecirc;t&eacute;es aux gangs des microbes</h4> <p>A travers les r&eacute;cits des enqu&ecirc;t&eacute;es, l&rsquo;on s&rsquo;aper&ccedil;oit que l&rsquo;engagement dans les gangs des &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo; est un ph&eacute;nom&egrave;ne multifactoriel. En effet, les motivations qui ont conduit ces jeunes filles &agrave; s&rsquo;associer &agrave; leurs diff&eacute;rentes bandes sont diverses. Elles sont regroup&eacute;es autour de deux grandes cat&eacute;gories de facteurs&nbsp;: les probl&eacute;matiques familiales et les caract&eacute;ristiques personnelles.</p> <h5>Probl&eacute;matiques familiales</h5> <p>Institution de socialisation primaire, la famille n&rsquo;est pas toujours arriv&eacute;e &agrave; r&eacute;pondre aux attentes de certaines enqu&ecirc;t&eacute;es et &agrave; satisfaire leurs besoins essentiels (encadrement, protection et s&eacute;curit&eacute;). Ainsi, des difficult&eacute;s v&eacute;cues au sein des familles constituent un des motifs de l&rsquo;association de jeunes filles aux gangs de &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est le cas de Betty chez qui le manque d&rsquo;encadrement et de supervision parentale a &eacute;t&eacute; un facteur qui a facilit&eacute; son int&eacute;gration &agrave; la bande de jeunes d&eacute;linquants. Par ailleurs, Ma&iuml;, confront&eacute;e &agrave; l&rsquo;indigence &eacute;conomique de sa famille, a &eacute;t&eacute; contrainte d&rsquo;abandonner l&rsquo;&eacute;cole pour le commerce de rue. C&rsquo;est dans cet espace que cette enqu&ecirc;t&eacute;e a fait la rencontre de pairs d&eacute;linquants qui, par association et en lui faisant miroiter un &laquo;&nbsp;mieux-&ecirc;tre&nbsp;&raquo;, l&rsquo;ont conduite &agrave; leur bande. Pour ce faire, il existerait une relation entre la pauvret&eacute; de la famille et l&rsquo;adh&eacute;sion de cette jeune fille &agrave; son gang de rue. Fort de ces diff&eacute;rents v&eacute;cus familiaux, il n&rsquo;est pas infond&eacute; de consid&eacute;rer que l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; un gang est li&eacute;e &agrave; une &lsquo;&rsquo;(m&eacute;s)adaptation&rsquo;&rsquo; familiale des jeunes filles, en qu&ecirc;te de reconnaissance et d&rsquo;appartenance. D&egrave;s lors, les gangs sont devenus pour ces enqu&ecirc;t&eacute;es une alternative &agrave; cette mauvaise adaptation &agrave; leurs familles d&rsquo;origine. De ce point de vue, les membres des gangs ont remplac&eacute; les membres des familles, et l&rsquo;expression &laquo;&nbsp;fr&egrave;res de sang&nbsp;&raquo; employ&eacute;e par l&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute;e Soya traduit ais&eacute;ment sa repr&eacute;sentation de ce que sont les membres de son gang d&rsquo;appartenance.</p> <h5>Caract&eacute;ristiques personnelles</h5> <p>Les caract&eacute;ristiques personnelles que l&rsquo;&eacute;tude a pu mettre en &eacute;vidence sont essentiellement les difficult&eacute;s comportementales et les exp&eacute;riences de vie n&eacute;gatives. Les difficult&eacute;s comportementales des enqu&ecirc;t&eacute;es sont li&eacute;es &agrave; des situations d&rsquo;adversit&eacute; comme le d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;un parent (Soya), le divorce ou la s&eacute;paration des g&eacute;niteurs (Betty, Ma&iuml;). Ces difficult&eacute;s r&eacute;sultent donc d&rsquo;une r&eacute;action &agrave; leur environnement imm&eacute;diat, aux probl&eacute;matiques familiales. Ces difficult&eacute;s montrent qu&rsquo;un ou plusieurs de leurs besoins n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; combl&eacute;s. Ce qui fait qu&rsquo;elles ont pr&eacute;sent&eacute; de r&eacute;elles difficult&eacute;s d&rsquo;adaptation qui ont affect&eacute; simultan&eacute;ment plusieurs sph&egrave;res de leur vie, notamment la sph&egrave;re scolaire (&eacute;chec scolaire), la sph&egrave;re familiale (fugue) et la sph&egrave;re sociale (d&eacute;linquance). Et parce que leurs besoins sont rest&eacute;s sans r&eacute;ponse ou insatisfaits, ces jeunes filles int&egrave;grent et int&eacute;riorisent &agrave; leur fonctionnement psychologique les r&eacute;percussions de ces difficult&eacute;s. Par la suite, elles ext&eacute;riorisent ces insatisfactions et ces frustrations par une prise de d&eacute;cision. En d&rsquo;autres termes, nos entretiens ont montr&eacute; que la volont&eacute; de ces jeunes filles d&rsquo;int&eacute;grer ces bandes de jeunes d&eacute;linquants d&eacute;rivait surtout du d&eacute;sir de r&eacute;soudre les difficult&eacute;s auxquelles elles sont confront&eacute;es.</p> <h4>2. Processus d&rsquo;association aux gangs</h4> <p>Le processus d&rsquo;appartenance des enqu&ecirc;t&eacute;es aux diff&eacute;rents gangs ob&eacute;it &agrave; une suite d&rsquo;op&eacute;rations successives&nbsp;: recrutement, initiation, acquisition du statut de membre.</p> <h5>Etape du recrutement</h5> <p>Le recrutement est l&#39;ensemble des actions mises en &oelig;uvre pour chercher, s&eacute;lectionner puis int&eacute;grer de nouveaux membres. Les donn&eacute;es du terrain r&eacute;v&egrave;lent que cette &eacute;tape ob&eacute;it &agrave; une rationalit&eacute; des jeunes filles, en raison de pr&eacute;f&eacute;rences, d&eacute;notant une recherche de profit. En effet, les trois mineures affirment toutes avoir rejoint leurs gangs respectifs par le biais d&rsquo;amis ou de camarades qui en &eacute;taient eux-m&ecirc;mes membres, affirmation confirm&eacute;e par ces propos&nbsp;: &laquo;&nbsp;il y a un jeune du quartier qui m&rsquo;a dit que mon comportement lui pla&icirc;t et il veut que j&rsquo;appartienne &agrave; son groupe et c&rsquo;est comme &ccedil;a que je l&rsquo;ai suivi&nbsp;&raquo; (Soya)&nbsp;; &laquo;&nbsp;c&rsquo;est une amie qui m&rsquo;a envoy&eacute;e dedans&nbsp;&raquo; (Betty)&nbsp;; &laquo;&nbsp;les filles avec qui je vendais sur la route m&rsquo;ont montr&eacute; au chef du groupe. C&rsquo;est lui qui m&rsquo;a dit de venir avec eux, et que si j&rsquo;acceptais, j&rsquo;allais avoir beaucoup de choses<a href="#sdfootnote5sym" name="sdfootnote5anc">5</a> comme mes camarades avec qui je vends. C&rsquo;est comme &ccedil;a que je suis rentr&eacute;e dans le groupe &raquo; (Ma&iuml;).&nbsp;</p> <p>Au regard de l&rsquo;association diff&eacute;rentielle de Sutherland, il faut n&eacute;cessairement &laquo;&nbsp;une porte d&rsquo;entr&eacute;e&nbsp;&raquo;, un point de contact entre un individu qui n&rsquo;a pas encore int&eacute;gr&eacute; un groupe d&eacute;linquant&nbsp;: un membre dudit groupe entretenant des relations sociales avec le &laquo;&nbsp;non membre&nbsp;&raquo;. Ainsi, dans les cas &eacute;tudi&eacute;s, nous remarquons cette donne (cf. &laquo;&nbsp;un jeune du quartier&nbsp;&raquo; (Soya) &raquo;, &laquo;&nbsp;une amie&nbsp;&raquo; (Betty), &laquo;&nbsp;les filles avec qui je vendais&nbsp;&raquo; (Ma&iuml;)). C&rsquo;est donc par le biais de cette personne-ressource que le contact avec le gang est &eacute;tabli, pour d&eacute;boucher in fine sur le recrutement.</p> <h5>Etapes d&rsquo;initiation et d&rsquo;acquisition du statut de membre</h5> <p>Apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;tape de recrutement, ces enqu&ecirc;t&eacute;es semblent &ecirc;tre toutes pass&eacute;es par une phase initiatique. C&rsquo;est une forme de test au cours duquel le nouveau membre doit d&eacute;montrer aux autres membres son aptitude &agrave; appartenir au gang en passant avec succ&egrave;s l&rsquo;&eacute;preuve. Le rituel initiatique auquel ces jeunes filles ont &eacute;t&eacute; toutes soumises est le vol, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;elle avait l&rsquo;obligation de rapporter au sein du gang un objet ou de l&rsquo;argent vol&eacute;. C&rsquo;est la satisfaction totale &agrave; cette obligation qui conf&egrave;re au nouveau membre le statut de membre du gang et permet de gagner la confiance du groupe.</p> <p>En tant que membres du gang, ces mineures ont &eacute;t&eacute; appel&eacute;es &agrave; jouer des r&ocirc;les pour assurer la p&eacute;rennit&eacute; et la coh&eacute;sion de la bande. L&rsquo;une des enqu&ecirc;t&eacute;es (Betty) dit avoir jou&eacute; des r&ocirc;les que nous d&eacute;signons sous le vocable de &laquo;&nbsp;r&ocirc;les subalternes&nbsp;&raquo;. Dans ces r&ocirc;les, elle a &eacute;t&eacute; dans une position subordonn&eacute;e, invisible ou alors rel&eacute;gu&eacute;e &agrave; des t&acirc;ches purement secondaires d&#39;assistance aux gar&ccedil;ons. C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle explique dans cet extrait de son discours&nbsp;: &laquo; Moi et puis certaines filles, on reste dans le fumoir et quand les gar&ccedil;ons viennent avec ce qu&rsquo;ils prennent avec les gens, c&rsquo;est nous qui gardons &ccedil;a. Ou bien les chefs nous disent d&rsquo;aller vendre aussi pour leur envoyer l&rsquo;argent. &raquo;</p> <p>En revanche, Soya, plus int&eacute;gr&eacute;e, a eu des r&ocirc;les primaires. La jeune fille a &eacute;t&eacute; en premi&egrave;re ligne jouant les premiers r&ocirc;les, visible, pratiquant les activit&eacute;s ill&eacute;gales et violentes au m&ecirc;me titre que les gar&ccedil;ons&nbsp;: &laquo; Je vais aussi sur le terrain pour ratisser avec mes fr&egrave;res de sang&hellip; On s&rsquo;appelle fr&egrave;res de sang parce qu&rsquo;on partage tout, ensemble, on vit ensemble, on cause ensemble, on mange ensemble, on dort ensemble, on fait tout ensemble. Quand on va, chacun a son petit couteau sur lui. &raquo; Par ailleurs, elle ne nie pas avoir &eacute;t&eacute; souvent un objet sexuel pour certains membres du gang&nbsp;: &laquo;&nbsp;ils m&rsquo;ont fait &ccedil;a&nbsp;&raquo;, a-t-elle ajout&eacute;.</p> <p>Ces trois phases r&eacute;sument globalement les circonstances et les modes d&rsquo;affiliation de ces mineurs aux bandes de rue et les diff&eacute;rentes fonctions occup&eacute;es<a href="#sdfootnote6sym" name="sdfootnote6anc">6</a>. Notons au regard des r&eacute;cits relat&eacute;s par nos sujets, le r&ocirc;le important du &laquo;&nbsp;tutorat&nbsp;&raquo; exerc&eacute; par le ou les pair(s) d&eacute;linquant(s) plus exp&eacute;riment&eacute;s dans le processus d&rsquo;affiliation de la jeune fille au gang. C&rsquo;est le tuteur qui favorise tant le recrutement et l&rsquo;initiation que le statut de membre.</p> <p>Par ailleurs, les raisons de l&rsquo;affiliation varient d&rsquo;une enqu&ecirc;t&eacute;e &agrave; une autre. Si la qu&ecirc;te de la reconnaissance et de la valorisation sociale justifierait l&rsquo;affiliation de Soya &agrave; son gang, Betty et Ma&iuml; auraient plut&ocirc;t &eacute;t&eacute; motiv&eacute;es par des raisons de subsistance li&eacute;es &agrave; la satisfaction de leurs besoins primaires.</p> <p>Il est bon de souligner que, si l&rsquo;affiliation de ces adolescentes aux gangs rel&egrave;ve d&rsquo;un choix individuel rationnel et volontaire, il en est autrement de leur &laquo;&nbsp;d&eacute;saffiliation&nbsp;&raquo; qui, elle, est totalement involontaire dans la mesure o&ugrave; les liens avec les gangs ont &eacute;t&eacute; rompus &agrave; cause des diff&eacute;rentes interpellations par la police. Ces donn&eacute;es permettent de mettre en &eacute;vidence le caract&egrave;re rationnel et volontaire de l&rsquo;int&eacute;gration aux groupes de pairs d&eacute;linquants par les jeunes en g&eacute;n&eacute;ral et les jeunes filles en particulier, qui a pour point de d&eacute;part un besoin &eacute;prouv&eacute; par le sujet (cf. &laquo;&nbsp;reconnaissance et valorisation sociale&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;besoins primaires&nbsp;&raquo;). Cela, par l&rsquo;entremise d&rsquo;un tuteur, favorise son recrutement, son initiation et son acquisition du statut de membre. Par un processus de communication &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du gang, la jeune fille va &laquo;&nbsp;apprendre&nbsp;&raquo; en menant des activit&eacute;s ill&eacute;gales (vols, agressions, recel, etc.) &laquo;&nbsp;se perfectionner&nbsp;&raquo;. Ce groupe, pour le regard ext&eacute;rieur<a href="#sdfootnote7sym" name="sdfootnote7anc">7</a>, est d&eacute;linquant&nbsp;; il &eacute;volue en dehors des valeurs et des normes. Toutefois, pour les membres des gangs, notamment les jeunes filles, ces groupes sont per&ccedil;us comme s&eacute;curisants puisqu&rsquo;il s&rsquo;y d&eacute;roule des relations sociales marqu&eacute;es par la solidarit&eacute; (cf. ce qui a &eacute;t&eacute; indiqu&eacute; plus haut&nbsp;: &laquo;&nbsp;on partage tout, ensemble, on vit ensemble, on cause ensemble, on mange ensemble, on dort ensemble, on fait tout ensemble&nbsp;&raquo;.), la fraternit&eacute; (cf. &laquo; nous sommes fr&egrave;res de sang&nbsp;&raquo;). C&rsquo;est donc cet environnement qui &agrave; la fois s&eacute;curise le sujet (la jeune fille) et l&rsquo;endurcit dans son activit&eacute; criminelle (membre du gang). Ainsi, pourrait &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute;e la d&eacute;cision des jeunes filles de s&rsquo;affilier &agrave; un groupe d&eacute;linquant (le gang des microbes) &agrave; la lecture de notre perspective th&eacute;orique&nbsp;: l&rsquo;association diff&eacute;rentielle.</p> <p>Par ailleurs, il nous &eacute;t&eacute; donn&eacute; de constater que les enqu&ecirc;t&eacute;es ont rejoint les gangs de microbes parce qu&rsquo;elles ont pr&eacute;sent&eacute; plusieurs handicaps au niveau de la famille&nbsp;: famille d&eacute;sunie et faible surveillance maternelle qui se caract&eacute;rise par le laxisme et l&rsquo;absence de la m&egrave;re. En somme, il y a une absence de supervision parentale<a href="#sdfootnote8sym" name="sdfootnote8anc">8</a> (Betty), des relations tr&egrave;s probl&eacute;matiques avec la famille<a href="#sdfootnote9sym" name="sdfootnote9anc">9</a> et des pressions li&eacute;es &agrave; l&rsquo;indigence &eacute;conomique (Ma&iuml;). Elles s&rsquo;y sont senties abandonn&eacute;es. Outre ces d&eacute;savantages familiaux &eacute;num&eacute;r&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment, la violence constitue un fait marquant de l&rsquo;histoire de vie des enqu&ecirc;t&eacute;es, en particulier Soya. En effet, sa fuite du domicile familial pour rejoindre le gang des microbes constituait une &eacute;chappatoire &agrave; la violence physique et verbale qu&rsquo;elle subissait au contact de ses parents. D&egrave;s lors, les diff&eacute;rents gangs constituaient pour ces participantes des familles de substitution. On comprend mieux d&egrave;s lors la raison pour laquelle elle pouvait tenir les propos suivants&nbsp;: &laquo;&nbsp;ce que je vole, j&rsquo;envoie et on partage et on d&eacute;pense ensemble. Quand eux, ils ont pour eux, ils me donnent aussi.&nbsp;Nous sommes des fr&egrave;res de sang, c&rsquo;est comme &ccedil;a on fait&hellip; On marche ensemble, &ccedil;a fait un peu longtemps&hellip; 8 mois &raquo;.</p> <p>Cette constatation montre bien l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de s&rsquo;&ecirc;tre int&eacute;ress&eacute; aux trajectoires de vie des enqu&ecirc;t&eacute;es afin de mieux comprendre leur implication dans les gangs des microbes et les comportements d&eacute;linquants qu&rsquo;elles y ont adopt&eacute;s, en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la th&eacute;orie f&eacute;ministe.</p> <p>Apr&egrave;s avoir abord&eacute; le processus d&rsquo;affiliation des jeunes filles &agrave; ces gangs, voyons &agrave; pr&eacute;sent les victimisations subies par les mineures en conflit avec la loi et l&rsquo;impact sur leur sant&eacute; mentale.</p> <h3>C. Victimisations et leur retentissement sur la sant&eacute; mentale des mineures en conflit avec la loi</h3> <h4>1. Victimisations subies</h4> <p>Pendant la dur&eacute;e de leur affiliation aux gangs de rue, ces mineures contrevenantes ont connu des fortunes diverses. Le tableau ci-apr&egrave;s pr&eacute;sente de fa&ccedil;on synth&eacute;tique les diff&eacute;rentes victimisations qu&rsquo;elles ont subies ainsi que les auteurs desdites victimisations.</p> <p>&nbsp;</p> <p>Tableau 1&nbsp;: R&eacute;partition des enqu&ecirc;t&eacute;es en fonction de la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation et des victimisations subies</p> <p>Source&nbsp;: notre enqu&ecirc;te, 2016-2017</p> <p>&nbsp;</p> <p>Les victimisations subies par ces adolescentes sont de plusieurs formes&nbsp;: physiques (coups et blessures), psychologiques (humiliations, d&eacute;valorisation et privations), verbales (injures d&eacute;gradantes), sexuelles (attouchements sexuels et viols) et auto-victimisations (consommation de substances psychoactives). Soya, dont la dur&eacute;e d&rsquo;association &agrave; son gang est de huit mois, cumule plusieurs formes de victimisation. Betty r&eacute;unit trois formes de victimisation apr&egrave;s avoir pass&eacute; trois mois en compagnie de sa bande de rue. Ma&iuml; pr&eacute;sente, quant &agrave; elle, pour avoir particip&eacute; pendant un mois aux activit&eacute;s du gang des microbes, deux formes de victimisation, notamment des coups re&ccedil;us des populations lors de son arrestation et surtout les agressions sexuelles par les pairs. Les donn&eacute;es du tableau 1 nous conduisent &agrave; faire quelques remarques. D&rsquo;une part, quelle que soit la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation, on est toujours victimis&eacute;, particuli&egrave;rement les abus physiques. D&rsquo;autre part, le nombre de victimisations subies semble &ecirc;tre li&eacute; &agrave; la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation. Autrement dit, les jeunes filles qui sont plus victimis&eacute;es, le sont parce qu&rsquo;elles ont pass&eacute; plus de temps au sein des gangs. Aussi, ces victimisations ne sont pas uniquement le fait des pairs du gang, elles impliquent &eacute;galement les populations par leurs injures ainsi que leurs atteintes &agrave; l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; physique des mineures contrevenantes et les adolescentes elles-m&ecirc;mes par leur consommation des substances psychoactives. Il reste tout de m&ecirc;me av&eacute;r&eacute; que certaines de ces adolescentes ont &eacute;t&eacute; t&eacute;moins et/ou auteurs d&rsquo;actes de violence envers autrui. C&rsquo;est le cas de la jeune Soya.</p> <h4>2. Retentissement des victimisations sur la sant&eacute; mentale des mineures contrevenantes</h4> <p>Les mineures en conflit avec la loi que nous avons interrog&eacute;es ont v&eacute;cu une diversit&eacute; d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements traumatisants dont le retentissement dans leurs sph&egrave;res &eacute;motionnelle, comportementale et sociale est significatif. Le tableau suivant pr&eacute;sente les r&eacute;sultats des &eacute;valuations de la d&eacute;pression subjective et du syndrome post-traumatique.</p> <p>&nbsp;</p> <p>Tableau 2</p> <p>Source&nbsp;: notre enqu&ecirc;te, 2016-2017</p> <p>&nbsp;</p> <p>Les informations contenues dans le tableau ci-dessus rel&egrave;vent chez Soya et Ma&iuml; un niveau de d&eacute;pression et de trouble de stress post-traumatique plus &eacute;lev&eacute; que chez Betty. Ces observations ne montrent aucun lien entre la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation et les probl&egrave;mes de sant&eacute; mentale. Autrement dit les sympt&ocirc;mes pr&eacute;sent&eacute;s par les jeunes filles ne sont pas li&eacute;s au temps pass&eacute; au sein de la bande.</p> <h2>III. Discussion</h2> <p>L&rsquo;&eacute;tude visait deux objectifs. Le premier se proposait de comprendre le v&eacute;cu de jeunes filles affili&eacute;es aux gangs des microbes. Le second aspirait &agrave; &eacute;valuer la nature des victimisations v&eacute;cues par ces adolescentes et les troubles mentaux y aff&eacute;rents. Deux hypoth&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; &eacute;nonc&eacute;es pour l&rsquo;&eacute;tude. La premi&egrave;re repose sur l&rsquo;id&eacute;e que les jeunes filles prennent la d&eacute;cision de rejoindre les gangs des microbes parce qu&rsquo;elles sont en relation sociale avec des membres desdits gangs. La seconde hypoth&egrave;se postule que plus la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation aux gangs est longue, plus les jeunes filles sont victimis&eacute;es et plus elles pr&eacute;sentent des troubles de sant&eacute; mentale.</p> <p>L&rsquo;&eacute;tude a permis de faire trois constatations essentielles&nbsp;: l&rsquo;affiliation, un choix sans contrainte, les violences et les agressions, une r&eacute;alit&eacute; pr&eacute;gnante du v&eacute;cu de jeunes filles impliqu&eacute;es dans les gangs de rue et le lien entre troubles mentaux et la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation.</p> <h3>A. L&rsquo;affiliation, un choix&hellip; sans contrainte</h3> <p>Les donn&eacute;es du terrain montrent que les trois enqu&ecirc;t&eacute;es se sont affili&eacute;es sans aucune contrainte aux diff&eacute;rents gangs. En sus, leurs premiers contacts avec les bandes des microbes ont &eacute;t&eacute; facilit&eacute;s par des connaissances qui appartenaient d&eacute;j&agrave; aux gangs. Une fois dans le groupe, elles ont pos&eacute; des actes pour se faire accepter. Tous ces faits valident la th&eacute;orie de l&rsquo;association diff&eacute;rentielle de Sutherland convoqu&eacute;e pour cette recherche. Pour cette th&eacute;orie, le comportement d&eacute;lictueux est appris par association avec des pairs dans lequel on note transmission et imitation de techniques et attitudes d&eacute;linquantes. Dans le cadre de notre &eacute;tude, cette th&eacute;orie nous a permis de mettre en &eacute;vidence comment s&rsquo;est faite l&rsquo;affiliation des jeunes filles&nbsp;: certes une association &agrave; des r&eacute;f&eacute;rents d&eacute;linquants mais &eacute;galement une d&eacute;cision personnelle de faire partie du groupe ainsi que des actes pos&eacute;s pour gagner la confiance du groupe et recevoir son acceptabilit&eacute;.</p> <h3>B. Les violences et les agressions, une r&eacute;alit&eacute; pr&eacute;gnante du v&eacute;cu de jeunes filles impliqu&eacute;es dans les gangs de rue</h3> <p>Les r&eacute;sultats pr&eacute;sentent les violences et les agressions comme une r&eacute;alit&eacute; pr&eacute;gnante du v&eacute;cu de jeunes filles impliqu&eacute;es dans des gangs de rue. De ce point de vue, les r&eacute;sultats rejoignent ceux de Fournier, Cousineau &amp; Hamel (2004) et de Chesney-Lind (2015) qui soulignent que les victimisations constituent un aspect marquant de l&rsquo;exp&eacute;rience de jeunes filles associ&eacute;es aux gangs. Par ailleurs, la pr&eacute;sente &eacute;tude postule que, dor&eacute;navant, la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation &agrave; la bande est une variable &agrave; prendre en compte dans l&rsquo;exp&eacute;rience de victimisations, car la victimisation multiple et r&eacute;p&eacute;t&eacute;e serait li&eacute;e &agrave; la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation &agrave; la bande.</p> <p>Il convient de remarquer que les r&ocirc;les jou&eacute;s par les jeunes filles au sein des diff&eacute;rents gangs, les victimisations subies, les troubles pr&eacute;sent&eacute;s. En somme, le v&eacute;cu de ces enqu&ecirc;t&eacute;es conforte le choix et l&rsquo;utilit&eacute; de l&rsquo;approche f&eacute;ministe pour cette &eacute;tude.</p> <h3>C. Le lien entre troubles mentaux et la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation</h3> <p>Il ressort de l&rsquo;&eacute;tude qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun lien causal direct entre les troubles mentaux pr&eacute;sent&eacute;s par les sujets et la dur&eacute;e d&rsquo;affiliation dans la mesure o&ugrave; Ma&iuml;, apr&egrave;s seulement un mois de fr&eacute;quentation de son gang pr&eacute;sente les m&ecirc;mes sympt&ocirc;mes que Soya qui a huit mois d&rsquo;affiliation. Ce qui signifie que d&rsquo;autres param&egrave;tres tels que la caract&eacute;ristique de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement victimisant peuvent &eacute;galement d&eacute;terminer le rapport de l&rsquo;individu &agrave; l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement&nbsp;; l&rsquo;association &agrave; un gang n&rsquo;est donc pas sans cons&eacute;quences (Laurier, 2012&nbsp;; Chesney-Lind, 2015).</p> <p>Au regard de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, on peut affirmer que la premi&egrave;re hypoth&egrave;se de l&rsquo;&eacute;tude est confirm&eacute;e, alors que la seconde l&rsquo;est partiellement. Qui plus est, cette recherche r&eacute;affirme que le ph&eacute;nom&egrave;ne des microbes &agrave; Abidjan n&rsquo;est pas exclusivement masculin comme laisse croire une certaine opinion. M&ecirc;me si la litt&eacute;rature indique une pratique &agrave; dominante masculine, nos r&eacute;sultats renforcent l&rsquo;apparence mixte du ph&eacute;nom&egrave;ne, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;on y trouve aussi bien des gar&ccedil;ons que des filles. Cette mixit&eacute; du ph&eacute;nom&egrave;ne avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; mise en &eacute;vidence par Sadia (2014) qui avait pr&eacute;sent&eacute; le &laquo;&nbsp;petit gar&ccedil;on&nbsp;&raquo;, surnom donn&eacute; &agrave; une mineure &laquo;&nbsp;microbe&nbsp;&raquo; de quinze ans s&eacute;journant au Centre d&rsquo;observation des mineurs pour le d&eacute;lit d&rsquo;association de malfaiteurs. Par ailleurs, les r&eacute;sultats mettent en &eacute;vidence une forme de &laquo;&nbsp;fraternit&eacute; criminelle&nbsp;&raquo; entre les membres des gangs des microbes, bas&eacute;s sur l&rsquo;entraide et la solidarit&eacute;. Les travaux r&eacute;alis&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire par Interpeace &amp; Indigo (2017)&nbsp;et DIDR-OFPRA (2017) sur la probl&eacute;matique consolident cette observation. Aux Etats-Unis, Adler (1975) avait fait le m&ecirc;me constat au sein des gangs f&eacute;minins quand il a parl&eacute; de &laquo;&nbsp;sisters in crime&nbsp;&raquo;. Les r&eacute;sultats de l&rsquo;&eacute;tude ont des rapports de similitude avec les recherches men&eacute;es au Canada (Lanct&ocirc;t &amp; LeBlanc, 1996) et aux Etats-Unis (Adler, 1975&nbsp;; Choo, 2007) qui &eacute;voquent la pr&eacute;sence de filles dans certains gangs de rue.</p> <p>&nbsp;</p> <p style="text-align: center;">*</p> <p style="text-align: center;">* *</p> <p>&nbsp;</p> <p>L&rsquo;un des enseignements majeurs de cette &eacute;tude est que les cas &eacute;tudi&eacute;s, c&rsquo;est-&agrave;-dire les trois jeunes filles impliqu&eacute;es dans les gangs de rue &agrave; Abidjan souffrent de probl&egrave;mes de sant&eacute; mentale. Cette recherche a consist&eacute; &agrave; faire une &eacute;tude de cas, ce qui pourrait laisser entrevoir des limites quant &agrave; la repr&eacute;sentativit&eacute; de l&rsquo;&eacute;chantillon en vue de la g&eacute;n&eacute;ralisation des r&eacute;sultats. En d&eacute;pit de cet &eacute;tat de fait, ils nous permettent de mettre en &eacute;vidence que les actes de violence qui caract&eacute;risent les membres de ces bandes cachent ces souffrances psychiques. Ce sont des sujets qui sont en difficult&eacute; et la violence dont ils font preuve devrait &ecirc;tre per&ccedil;ue comme une forme d&rsquo;appel &agrave; l&rsquo;aide. Aide, parce que ce sont des personnes en d&eacute;tresse et les diff&eacute;rents &eacute;v&eacute;nements de vie v&eacute;cus semblent avoir boulevers&eacute; le monde int&eacute;rieur de ces jeunes. Les actes de violences perp&eacute;tr&eacute;s ne sont, en r&eacute;alit&eacute;, qu&rsquo;une expression de cette souffrance, de cette blessure int&eacute;rieure qui suppure. Leur action violente n&rsquo;est que la face visible de l&rsquo;iceberg. Toute la grande partie enfouie repr&eacute;sente les troubles internalis&eacute;s qui ont besoin d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;v&eacute;l&eacute;s par une &eacute;valuation syst&eacute;matique. Cela requiert, en cons&eacute;quence, l&rsquo;intervention aupr&egrave;s de cette client&egrave;le sinistr&eacute;e, d&rsquo;un sp&eacute;cialiste de la sant&eacute; mentale qui prendra en compte l&rsquo;&eacute;tat de sant&eacute; mentale du client. Ce sont donc des sujets &agrave; risque qui ne sont pas &agrave; l&rsquo;abri de la r&eacute;cidive. Il y a lieu de mettre en place une v&eacute;ritable politique de pr&eacute;vention que nous appelons &laquo;&nbsp;pr&eacute;vention &eacute;cosyst&eacute;mique&nbsp;&raquo; qui, en plus des jeunes, pourrait int&eacute;grer la famille, l&rsquo;&eacute;cole et la communaut&eacute;. Cette pr&eacute;vention &eacute;cosyst&eacute;mique a la particularit&eacute; d&rsquo;ancrer les solutions dans le milieu des individus.</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>Adler, F. (1975). <em>Sisters in Crime. The Rise of the New Female Criminal</em>, New York: McGraw-Hill.</p> <p>Bamba, L. (2016). <em>Expos&eacute; sur le ph&eacute;nom&egrave;ne des bandes de rue : cas des jeunes d&rsquo;Abidjan d&eacute;nomm&eacute;s &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo;</em>. Paris&nbsp;: Edilivre-Aparis.</p> <p>Cottraux, J. (1996). &laquo;&nbsp;Inventaire abr&eacute;g&eacute; de d&eacute;pression de Beck (13 <em>items</em>)&nbsp;&raquo;. In J. D. Guelfi (Ed.), <em>L&#39;&eacute;valuation clinique standardis&eacute;e en psychiatrie</em>, Tome 1. Boulogne : &Eacute;ditions M&eacute;dicales Pierre Fabre, p. 291-295.</p> <p>Chesney-Lind, M. (2015). &laquo;&nbsp;Les filles et les gangs&nbsp;: contextes et r&eacute;percussions pour les femmes&nbsp;&raquo;, <em>Criminologie</em>, 48 (2) : p. 209-235.</p> <p>Choo, K.S. (2007). <em>Gangs and immigrant youth.</em> New-York, NY: LFB Scholary Publishing LLC.</p> <p>Division Information Documentation Recherches-Office Fran&ccedil;ais de Protection des R&eacute;fugi&eacute;s et des Apatrides (2017). <em>Les groupes de &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo; &agrave; Abidjan. Fonctionnement des gangs et politique de lutte des autorit&eacute;s</em>. OFPRA, consult&eacute; le 22 novembre 2017 depuis <a href="about:blank#C%C3%B4te%20d'Ivoire" target="_top">https://www.ofpra.gouv.fr/fr/l-ofpra/nos-publications/afrique#C&ocirc;te d&#39;Ivoire</a></p> <p>Durkheim, E. (1894). <em>Les r&egrave;gles de la m&eacute;thode sociologique</em>. Paris, P.U.F., coll. &laquo;&nbsp;Quadrige Grands textes&nbsp;&raquo;, 2007.</p> <p>Fournier, M., Cousineau M.-M. &amp; Hamel, S. (2004). &laquo;&nbsp;La victimisation : un aspect marquant de l&rsquo;exp&eacute;rience des jeunes filles dans les gangs&nbsp;&raquo;. <em>Criminologie</em>, 37(1)&nbsp;: p. 149-166.</p> <p>Gassin, R. (2003). <em>La criminologie</em>. Paris&nbsp;: Dalloz.</p> <p>Gaulithy, K. G. (2015). &laquo;&nbsp;Les gangs des &laquo;&nbsp;microbes&nbsp;&raquo; &agrave; Abidjan&nbsp;&raquo;. <em>Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique</em>, 68(4)&nbsp;: p.&nbsp;406-422.</p> <p>Guay, J.-P., et Fredette, C. (dir.),&nbsp;<em>Le ph&eacute;nom&egrave;ne des gangs de rue</em>. Montr&eacute;al, Qu&eacute;bec&nbsp;: Les Presses de l&rsquo;Universit&eacute; de Montr&eacute;al.</p> <p>Interpeace &amp; Indigo C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (2017). <em>Exister par le gbonhi. Engagement des adolescents et jeunes dits &ldquo;microbes&rdquo; dans la violence &agrave; Abobo (Abidjan, C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire)</em>. Rapport de recherche participative. Unicef &amp; Pnud.</p> <p>Jehel, L. &amp; Vermeiren, E. (2001). &laquo;&nbsp;Evaluation psychom&eacute;trique des troubles post-traumatiques&nbsp;&raquo;. In De Clercq M., Lebigot F (Ed.), <em>Les Traumatismes psychiques</em>. Paris : Masson, p.&nbsp;351-369.</p> <p>Koudou, O. (2007). <em>Histoire de la criminologie. Les grands courants th&eacute;oriques d&rsquo;hier &agrave; aujourd&rsquo;hui</em>. Abidjan&nbsp;: Presse Universitaire d&rsquo;Abidjan.</p> <p>Lanct&ocirc;t, N. &amp; LeBlanc, M. (1996). <em>Filles et gar&ccedil;ons, membres des bandes marginales</em>. Groupe de recherche sur les adolescents en difficult&eacute;. Ecole de Psycho&eacute;ducation, Universit&eacute; de Montr&eacute;al.</p> <p>Laurier, C. (2012). &laquo;&nbsp;La sant&eacute; mentale des jeunes contrevenants associ&eacute;s aux gangs de rue&nbsp;&raquo;. Communication pr&eacute;sent&eacute;e aux journ&eacute;es de formation en pr&eacute;vention de la criminalit&eacute;, Montr&eacute;al, Qu&eacute;bec.</p> <p>N&rsquo;Da, P. (2015). <em>Recherche et m&eacute;thodologie en sciences sociales et humaines. R&eacute;ussir sa th&egrave;se, son m&eacute;moire de master ou professionnel, et son article</em>. Paris : L&rsquo;Harmattan.</p> <p>Parent, C. (1992). &laquo;&nbsp;La contribution f&eacute;ministe &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la d&eacute;viance en criminologie&nbsp;&raquo;. <em>Criminologie</em>, (25) 2&nbsp;: p. 73&ndash;91.</p> <p>Sadia, M. A. (2014). &laquo;&nbsp;Environnement, personnalit&eacute; et violence chez les mineurs incarc&eacute;r&eacute;s : cas de 5 &quot;Microbes&quot; d&rsquo;Abidjan&nbsp;&raquo;. <em>Revue Africaine de Criminologie</em>, (14)&nbsp;: p. 56-67.</p> <p><br /> &nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <div id="sdfootnote1"> <p><a href="#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym">1</a> En 2017.</p> </div> <div id="sdfootnote2"> <p><a href="#sdfootnote2anc" name="sdfootnote2sym">2</a> &laquo;&nbsp;Fr&egrave;res de sang&nbsp;&raquo;&nbsp;: nom qu&rsquo;elle donne aux membres de son groupe</p> </div> <div id="sdfootnote3"> <p><a href="#sdfootnote3anc" name="sdfootnote3sym">3</a> Au moment de l&rsquo;&eacute;tude.</p> </div> <div id="sdfootnote4"> <p><a href="#sdfootnote4anc" name="sdfootnote4sym">4</a> Au moment de l&rsquo;&eacute;tude.</p> </div> <div id="sdfootnote5"> <p><a href="#sdfootnote5anc" name="sdfootnote5sym">5</a> Fait r&eacute;f&eacute;rence aux biens mat&eacute;riels et financiers.</p> </div> <div id="sdfootnote6"> <p><a href="#sdfootnote6anc" name="sdfootnote6sym">6</a> Les cas &eacute;tudi&eacute;s ont permis de mettre en &eacute;vidence ces diff&eacute;rentes fonctions&nbsp;: r&ocirc;les primaires (en premi&egrave;re ligne) et r&ocirc;les secondaires (activit&eacute;s de recel, etc.).</p> </div> <div id="sdfootnote7"> <p><a href="#sdfootnote7anc" name="sdfootnote7sym">7</a> Par ext&eacute;rieur, nous faisons allusion aux personnes non membres de ces groupes&nbsp;: autorit&eacute;s administratives, policiers, la population, etc.</p> </div> <div id="sdfootnote8"> <p><a href="#sdfootnote8anc" name="sdfootnote8sym">8</a> La supervision parentale regroupe un ensemble de comportements qui permettent aux parents de bien conna&icirc;tre leur adolescent et l&rsquo;environnement dans lequel il &eacute;volue</p> </div> <div id="sdfootnote9"> <p><a href="#sdfootnote9anc" name="sdfootnote9sym">9</a> Les relations de Ma&iuml; avec sa famille peuvent &ecirc;tre qualifi&eacute;es de probl&eacute;matiques eu &eacute;gard au fait que cette derni&egrave;re a &eacute;voqu&eacute; des tensions r&eacute;guli&egrave;res dans ses rapports avec sa m&egrave;re pour diverses raisons (sorties multiples sans l&rsquo;informer, d&eacute;couchage, etc.).</p> </div>

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