N°4 / Violences contemporaines : la prison en question en Afrique de l'Ouest

Stratégies d'évitement de la prison en Côte d’Ivoire

Konan GEORGES GAULITHY, Aka CÉLESTIN ABOUDOU, Salia RENÉ SAHI

Résumé

L’objectif de cette étude est de mettre en lumière les mécanismes qui sont mis en œuvre par les personnes en contact avec le système judiciaire afin d’éviter, par tout moyen, la prison. Pour ce faire, la méthodologie sur laquelle repose cette étude prend en compte l’étude documentaire associée à un questionnaire et des entretiens semi-dirigés. Pour l’analyse des données recueillies, une approche mixte (quantitative et qualitative) a été privilégiée. Les résultats indiquent le dépôt de plainte comme la phase majeure de tractations à l’amiable, faites d’énormes sacrifices financiers, mais aussi d’interventions de personnalités civiles et/ou des forces de défense et de sécurité.

Abstract : The objective of this study is to shed light on the mechanisms that are implemented by people in contact with the judicial system in order to avoid, by any means, prison. To do this, the methodology on which this study is based takes into account the documentary study associated with a questionnaire and semi-directed interviews. For the analysis of the data collected, a mixed approach (quantitative and qualitative) was preferred. The results indicate the filing of a complaint as the major phase of amicable negotiations, made of enormous financial sacrifices, but also of interventions by civilian figures and/or the defense and security forces.

 

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<p>La prison est une institution qui participe &agrave; la r&eacute;gulation sociale &agrave; travers la mise &agrave; l&rsquo;&eacute;cart par la soci&eacute;t&eacute; de ses membres qui enfreignent les normes pr&eacute;alablement &eacute;tablies. De prime abord, &laquo;&nbsp;la finalit&eacute; de la prison est de faire peur&nbsp;&raquo; si l&rsquo;on se r&eacute;f&egrave;re &agrave; sa fonction utilitariste comme l&rsquo;indique Chauvenet (2010&nbsp;: 44). Cette finalit&eacute; dissuasive de la prison est sous-tendue par les vis&eacute;es r&eacute;tributives de la peine selon la conception de l&rsquo;&eacute;cole classique. Dans un tel but, &laquo;&nbsp;l&rsquo;emprisonnement fonctionne selon le principe d&rsquo;une soustraction physique et symbolique de l&rsquo;individu du cours social ordinaire et de la visibilit&eacute; publique.&nbsp;&raquo; (Arti&egrave;res, Lascoumes et Salle, 2004&nbsp;: 1). Cette soustraction de l&rsquo;espace public ainsi que son impact sont diversement appr&eacute;ci&eacute;s. Pour certains auteurs, le s&eacute;jour carc&eacute;ral, au-del&agrave; de tout ce qui peut appara&icirc;tre comme n&eacute;gatif, porte en son sein des aspects positifs. Le passage dans ce milieu produit parfois des amiti&eacute;s, des solidarit&eacute;s ind&eacute;fectibles entre d&eacute;tenus, sur la base de leur malheur commun. Ces amiti&eacute;s qui naissent en prison s&rsquo;exportent au-del&agrave; des murs de l&rsquo;institution carc&eacute;rale lorsque les d&eacute;tenus sont libres apr&egrave;s leur p&eacute;riode de d&eacute;tention, selon Chamond et al. (2014).</p> <p>Toutefois pour certains, la prison laisse des stigmates sur l&rsquo;image des d&eacute;tenus, souvent per&ccedil;us comme des personnes dangereuses (Chauvenet, 2009) mais aussi sur celle de leurs familles selon Hannem (2019). Ces derni&egrave;res sont per&ccedil;ues comme responsables de leur sort ainsi que du crime commis, au m&ecirc;me titre que le d&eacute;tenu; d&rsquo;o&ugrave; cette stigmatisation de courtoisie. De m&ecirc;me, pour Sigouin (2016), l&rsquo;&eacute;tiquetage (personne criminelle) serait plus difficile &agrave; supporter pour les personnes issues d&rsquo;un monde&nbsp;plus &laquo;&nbsp;normalis&eacute;&nbsp;&raquo; que celles issues de milieux criminels, car ces derniers se percevant elles-m&ecirc;mes comme des criminels.</p> <p>Au-del&agrave; de la stigmatisation des individus qui y sont (d&eacute;tenus) ou qui y vont (familles), la prison elle-m&ecirc;me fait l&rsquo;objet d&rsquo;une perception n&eacute;gative des populations riveraines comme le souligne Van Diest (2019) et m&ecirc;me dans l&rsquo;opinion publique en g&eacute;n&eacute;ral (Del&eacute;tang, 2022). Si ces perceptions sont largement r&eacute;pandues dans le corps social, c&rsquo;est qu&rsquo;elles reposeraient plus ou moins sur des faits objectifs. A cet effet, pour Le Caisne (2007), le milieu carc&eacute;ral est par essence un milieu dangereux o&ugrave; des violences sont commises. Celles-ci sont le fait de d&eacute;tenus qui l&rsquo;exercent sur d&rsquo;autres d&eacute;tenus (Bony, 2015&nbsp;; Trina, 2014 et Chauvenet, 2006) mais des d&eacute;tenus &agrave; l&rsquo;endroit de surveillants, quoique rares comme le mentionnent Gomez del Prado (2012) ainsi que Vacheret et Milton (2007). Cependant, ces violences seraient g&eacute;n&eacute;r&eacute;es par le sentiment d&rsquo;injustice subie, la promiscuit&eacute;, l&rsquo;impunit&eacute; et la faiblesse des sanctions encourues comme l&rsquo;indique Chauvenet (op. cit., 2006). Par ailleurs, ces violences seraient de fa&ccedil;on dialectique (origine et cons&eacute;quences) en lien avec les peurs existantes en milieu carc&eacute;ral. Ces peurs se retrouvent au sein des cod&eacute;tenus (dans leurs rapports) mais aussi entre les agents de correction (gardes p&eacute;nitentiaires) et les d&eacute;tenus. Les peurs ressenties par les agents de correction vis-&agrave;-vis des d&eacute;tenus reposeraient moins sur de v&eacute;ritables exp&eacute;riences de victimisation que sur la vuln&eacute;rabilit&eacute; ressentie par rapport au lieu (quartiers de haute s&eacute;curit&eacute; avec de dangereux criminels) de m&ecirc;me qu&rsquo;avec la t&acirc;che &agrave; accomplir (recours &agrave; la force envers un d&eacute;tenu).</p> <p>Aussi, le milieu carc&eacute;ral est-il &eacute;galement per&ccedil;u comme un endroit de racket, de trafics de tous genres avec comme caract&eacute;ristique essentielle le r&egrave;gne de l&rsquo;omerta (Chamond et al., op. cit.). Outre des violences que l&rsquo;on rencontre dans les prisons, les cons&eacute;quences de l&rsquo;emprisonnement sont pr&eacute;gnantes dans la vie des ex-d&eacute;tenus. En effet, pour Chantraine (2003) la prison favorise un processus de d&eacute;saffiliation qui pr&eacute;dispose par la suite &agrave; un retour en prison. De m&ecirc;me pour de Beaurepaire (2012), &agrave; la sortie de prison, il faut du temps pour que l&rsquo;ex-d&eacute;tenu puisse restaurer sa situation administrative (nouveaux documents administratifs), d&eacute;crocher une formation, un emploi, un logement stable et renouer les liens affectifs avec sa famille. Ce faisant, la prison participe &agrave; la d&eacute;structuration de l&rsquo;&eacute;tat des d&eacute;tenus plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; leur reconstruction comme le souligne Chauvenet (idem, 2009). Ainsi, la resocialisation des ex-d&eacute;tenus appara&icirc;t comme une v&eacute;ritable gageure pour la soci&eacute;t&eacute;.</p> <p>S&rsquo;il existe des similitudes au niveau de l&rsquo;exp&eacute;rience carc&eacute;rale des d&eacute;tenus (n&eacute;gative ou positive) selon les pays (d&eacute;velopp&eacute;s ou en voie de d&eacute;veloppement), celle-ci diff&egrave;re en prenant en compte les conditions de d&eacute;tention. Ces conditions sont difficiles dans les pays en voie de d&eacute;veloppement o&ugrave; promiscuit&eacute;, surpeuplement, mauvais traitements, insalubrit&eacute;&hellip; sont d&eacute;crits par nombre d&rsquo;auteurs comme Sahi, Gaulithy et Aboudou (2021), Morelle (2013) et Zady (2012).</p> <p>Ces conditions difficiles, dans le contexte ivoirien, constituent une des raisons qui am&egrave;nent fr&eacute;quemment, des individus, voire leurs familles &agrave; se mobiliser et &agrave; mettre tout en &oelig;uvre pour que l&rsquo;un des leurs n&rsquo;aille pas s&rsquo;acquitter de sa dette envers la soci&eacute;t&eacute; (emprisonnement). Partant de ce constat et au-del&agrave; de la peur, il convient de se demander s&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;autres raisons pour lesquelles ces personnes mettent tout en &oelig;uvre pour &eacute;viter la prison&nbsp;? Qui sont les acteurs cl&eacute;s et de quelles marges disposent-ils pour actionner ou interrompre l&rsquo;action publique&nbsp;? Quels sont les faits objets de tractations et les diff&eacute;rentes strat&eacute;gies mises en &oelig;uvre &agrave; cette fin&nbsp;? Cette &eacute;tude vise &agrave; expliquer les m&eacute;canismes dont se servent certaines personnes afin d&rsquo;&eacute;viter la prison.</p> <h2>1. M&eacute;thodologie</h2> <p>Le corpus m&eacute;thodologique autour duquel s&rsquo;est b&acirc;ti cette &eacute;tude repose essentiellement sur deux principaux axes&nbsp;: &agrave; savoir le terrain d&rsquo;&eacute;tude, la population et l&rsquo;&eacute;chantillon d&rsquo;une part et les techniques de recueil devant servir &agrave; l&rsquo;analyse de ces donn&eacute;es d&rsquo;autre part.</p> <h3>1.1. Terrain d&rsquo;&eacute;tude, population et &eacute;chantillon</h3> <p>L&rsquo;enqu&ecirc;te s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e dans le district d&rsquo;Abidjan, pr&eacute;cis&eacute;ment dans les communes de Cocody, Yopougon et celle de Bingerville durant la p&eacute;riode de mars &agrave; avril 2021. Le choix de ces communes repose essentiellement sur le fait que celles-ci nous permettaient d&rsquo;entrer en contact avec les populations de diff&eacute;rentes classes sociales (les populations vivant dans les quartiers d&eacute;favoris&eacute;s et les habitats pr&eacute;caires, celles logeant dans les cit&eacute;s dortoirs de m&ecirc;me que celles des zones r&eacute;sidentielles).</p> <p>Par ailleurs, c&rsquo;est la m&eacute;thode d&rsquo;&eacute;chantillonnage non al&eacute;atoire notamment l&rsquo;&eacute;chantillon de commodit&eacute; que nous avons choisi parce que nous ne disposions pas de base de donn&eacute;es exactes concernant cette population et aussi parce que ces personnes &eacute;taient facilement atteignables et dispos&eacute;es &agrave; participer &agrave; l&rsquo;enqu&ecirc;te. L&rsquo;&eacute;chantillon de 75 personnes, constitu&eacute; de quatre<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title="">[1]</a> officiers de police judiciaire (OPJ)<a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title="">[2]</a> et de 71 justiciables, a &eacute;t&eacute; d&eacute;termin&eacute; en prenant en compte certaines sp&eacute;cificit&eacute;s<a href="#_ftn3" name="_ftnref3" title="">[3]</a> li&eacute;es &agrave; la taille de la population de chaque commune. Ainsi, en nous appuyant sur les diff&eacute;rentes cat&eacute;gories sociod&eacute;mographiques, l&rsquo;&eacute;chantillon se r&eacute;partit ainsi en nombre de personnes&nbsp;: Yopougon quarante-cinq, Cocody vingt et six pour la commune de Bingerville.</p> <h3>1.2. Techniques et recueil des donn&eacute;es</h3> <p>L&rsquo;&eacute;tude documentaire et l&rsquo;enqu&ecirc;te-interrogation sont les principales techniques de recueil des donn&eacute;es utilis&eacute;es au cours de cette &eacute;tude. Ainsi, pour ce qui concerne l&rsquo;&eacute;tude documentaire, nous avons eu recours &agrave; diverses sources d&rsquo;information (presse &eacute;crite et en ligne, les ouvrages et articles scientifiques). A travers cette documentation diversifi&eacute;e, nous avons voulu avoir le maximum d&rsquo;informations sur le sujet. Quant &agrave; l&rsquo;enqu&ecirc;te-interrogation, elle a consist&eacute; &agrave; administrer un questionnaire qui visait principalement &agrave; appr&eacute;hender les m&eacute;canismes qui sont mis en &oelig;uvre pour &eacute;viter, co&ucirc;te que co&ucirc;te, l&rsquo;incarc&eacute;ration. Aussi, avons-nous eu recours &agrave; des entretiens semi-dirig&eacute;s ax&eacute;s sur leurs diff&eacute;rentes exp&eacute;riences (directes ou indirectes), aussi bien du c&ocirc;t&eacute; des OPJ que des justiciables. En outre, au niveau de l&rsquo;analyse des donn&eacute;es, nous avons retenu l&rsquo;analyse quantitative &agrave; travers l&rsquo;usage des statistiques descriptives pour pr&eacute;senter de fa&ccedil;on chiffr&eacute;e les informations contenues dans les donn&eacute;es recueillies aupr&egrave;s des enqu&ecirc;t&eacute;s. Quant &agrave; l&rsquo;analyse qualitative, elle nous a permis de mettre l&rsquo;accent sur le discours des enqu&ecirc;t&eacute;s. Ces discours nous ont aid&eacute;s &agrave; mieux comprendre et analyser les marges offertes, par la proc&eacute;dure p&eacute;nale, aux diff&eacute;rents acteurs de m&ecirc;me que les diff&eacute;rentes strat&eacute;gies qui sont mobilis&eacute;es afin d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;emprisonnement.</p> <h2>2. R&eacute;sultats</h2> <p>L&rsquo;appr&eacute;hension de la criminalit&eacute; r&eacute;elle rel&egrave;ve aussi bien de la criminalit&eacute; apparente que du chiffre noir. Ainsi, en dehors des statistiques polici&egrave;res, il y a une dimension importante qui regroupe les cas n&rsquo;&eacute;tant pas parvenus &agrave; la police ou bien que l&rsquo;ayant &eacute;t&eacute;, n&rsquo;ont pas connu de suites. Aussi, bien qu&rsquo;une part des infractions peut &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute;e avant, nous voudrions prendre pour point de d&eacute;part de notre analyse, le d&eacute;clenchement de l&rsquo;action publique. L&rsquo;&eacute;vitement requiert que soient identifi&eacute;s les leviers pertinents du syst&egrave;me de justice sur lesquels l&rsquo;initiative ou l&rsquo;action d&rsquo;&eacute;vitement devrait porter. En d&rsquo;autres termes, il s&rsquo;agira d&rsquo;identifier les acteurs cl&eacute;s, les marges dont ils disposent dans la proc&eacute;dure p&eacute;nale, d&rsquo;analyser des faits et les strat&eacute;gies utilis&eacute;es pour &eacute;viter la prison.</p> <h3>2.1. Acteurs et marges de man&oelig;uvre dans la proc&eacute;dure menant &agrave; l&rsquo;incarc&eacute;ration</h3> <p>L&rsquo;incarc&eacute;ration est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un processus qui commence par l&rsquo;infraction (art. 2 du nouveau Code p&eacute;nal ivoirien<a href="#_ftn4" name="_ftnref4" title="">[4]</a>(NCPI)) suppos&eacute;e ou av&eacute;r&eacute;e. Pour &eacute;viter que ces infractions restent impunies, l&rsquo;action publique est activ&eacute;e par les personnes habilit&eacute;es. Or, tandis que cette action cherche &agrave; punir, la strat&eacute;gie d&rsquo;&eacute;vitement de la prison vise insidieusement, &agrave; interrompre la proc&eacute;dure ou en att&eacute;nuer les cons&eacute;quences de sorte qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;incarc&eacute;ration. Toutes ces marges d&rsquo;actions mobilisent diff&eacute;rents acteurs du monde judiciaire et extrajudiciaire.</p> <h4>2.1.1. Le procureur de la R&eacute;publique&nbsp;</h4> <p>Le trouble &agrave; l&rsquo;ordre public et &agrave; la paix sociale suscite l&rsquo;action publique dont l&rsquo;exercice et la mise en mouvement sont d&eacute;volus aux magistrats ou aux fonctionnaires habilit&eacute;s (art. 6 du nouveau Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale ivoirien<a href="#_ftn5" name="_ftnref5" title="">[5]</a> (NCPPI)), faisant office d&rsquo;autorit&eacute;s de police judiciaire (OPJ). Le procureur de la R&eacute;publique est l&rsquo;acteur central des officiers de police judiciaire. Ainsi, selon un magistrat c&rsquo;est &agrave; ce dernier, gardien des libert&eacute;s individuelles et collectives, qu&rsquo;il revient de d&eacute;fendre les justiciables contre les atteintes (infractions) &agrave; leurs droits l&eacute;gitimes. Toutefois, selon lui, le minist&egrave;re public est sous l&rsquo;autorit&eacute; directe du pouvoir ex&eacute;cutif, par le biais du garde des sceaux, ministre de la Justice, et son principal acteur, le procureur de la R&eacute;publique. Par cons&eacute;quent, ce dernier, &eacute;tant le d&eacute;tenteur exclusif de l&rsquo;opportunit&eacute; des poursuites, alors m&ecirc;me qu&rsquo;une infraction a &eacute;t&eacute; commise, il arrive qu&rsquo;une action ne soit d&eacute;clench&eacute;e. En jugeant de l&rsquo;opportunit&eacute; des poursuites, il dispose d&rsquo;un v&eacute;ritable pouvoir discr&eacute;tionnaire des suites &agrave; donner &agrave; une affaire. M&ecirc;me en cas de renonciation du p&eacute;nal en faveur de l&rsquo;action civile en r&eacute;paration du dommage caus&eacute; par l&rsquo;infraction, l&rsquo;action publique (art. 7 al. 2), n&rsquo;&eacute;tant pas suspendue, reste toujours comme une carte que le procureur d&eacute;tient dans la main. Aussi, lorsque la loi en dispose express&eacute;ment, la transaction peut &ecirc;tre une alternative possible en mati&egrave;re d&eacute;lictuelle et contraventionnelle jusqu&rsquo;au prononc&eacute; du jugement (art. 13 NCPPI). En cas de transaction (art. 14 NCPPI), c&rsquo;est encore au procureur qu&rsquo;incombe la responsabilit&eacute; de proposer le paiement de cette amende dans les limites de la peine d&rsquo;amende pr&eacute;vue par la loi pour l&rsquo;infraction constat&eacute;e et accept&eacute;e par le d&eacute;linquant (al. 1). Dans ce cas d&rsquo;esp&egrave;ce, un proc&egrave;s-verbal contenant l&rsquo;accord irr&eacute;vocable des parties et sign&eacute; par elles (al. 6) constate la transaction et &eacute;teint l&rsquo;action publique (al. 7).</p> <p>Aux dires de l&rsquo;OPJ GG, dans la pratique, le procureur de la R&eacute;publique peut laisser la latitude aux OPJ de g&eacute;rer &agrave; l&rsquo;amiable, dans les commissariats de police et brigades de gendarmerie, certaines infractions qualifi&eacute;es de &lsquo;mineures&rsquo;. Toutefois, &eacute;tant donn&eacute; que le r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable peut avoir diverses cons&eacute;quences, il requiert donc de la prudence. C&rsquo;est pourquoi, le r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable engag&eacute; par l&rsquo;OPJ, doit se faire avec l&rsquo;aval ou l&rsquo;accord pr&eacute;alable du procureur. C&rsquo;est ce qu&rsquo;illustrent les propos de l&rsquo;OPJ CD&nbsp;: &laquo;&nbsp;Surtout pour les cas de r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable, il peut toujours avoir des rebondissements qui peuvent vous rattraper, donc il est toujours bon d&rsquo;avoir un certain type de rapport avec le procureur&hellip;&nbsp;&raquo;. De ce fait, un plaignant non satisfait de la fa&ccedil;on dont son affaire a &eacute;t&eacute; r&eacute;gl&eacute;e en amont au commissariat de police ou &agrave; la brigade de gendarmerie par l&rsquo;OPJ en charge du dossier, peut saisir le procureur. Ce dernier demandera donc des comptes &agrave; cet OPJ. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est vraiment la personne avec qui mieux vaut avoir de bons rapports dans notre m&eacute;tier&nbsp;&raquo; nous confie l&rsquo;OPJ GG. &laquo;&nbsp;En mati&egrave;re de proc&eacute;dure, quand on t&rsquo;envoie, il faut savoir t&rsquo;envoyer<a href="#_ftn6" name="_ftnref6" title="">[6]</a>. Et nous demandons toujours son avis sur les dossiers complexes, dans lesquels parfois notre hi&eacute;rarchie directe semble nous embarrasser. Cela nous couvre&nbsp;&raquo;, ajoute, l&rsquo;OPJ MI En cas d&rsquo;entorses ou de manquement &agrave; la proc&eacute;dure judiciaire de la part d&rsquo;un OPJ de son ressort, le procureur dispose d&rsquo;un pouvoir de suspension de ce dernier de l&rsquo;exercice de ses fonctions pour une dur&eacute;e de 2 mois (art. 28 NCPPI).</p> <h4>2.1.2. L&rsquo;officier de police judiciaire (OPJ)</h4> <p>Le policier ou le gendarme &agrave; qui le dossier est confi&eacute;, ayant en charge de constater les infractions &agrave; la loi p&eacute;nale, d&rsquo;en rassembler les preuves et d&rsquo;en rechercher les auteurs (art. 25 NCPPI), re&ccedil;oit les plaintes et d&eacute;nonciations et proc&egrave;de &agrave; l&rsquo;enqu&ecirc;te pr&eacute;liminaire dans les conditions pr&eacute;vues par les articles 60 &agrave; 76 du NCPPI. Il entend les personnes susceptibles de fournir des renseignements sur les faits et toutes celles qui pr&eacute;tendent avoir &eacute;t&eacute; l&eacute;s&eacute;es par l&rsquo;infraction et proc&egrave;dent aux constations utiles (art. 61 NCPPI). Dans les usages, &laquo;&nbsp;on peut mentionner sur la convocation remise au mis en cause qu&rsquo;il vienne dans nos locaux d&egrave;s r&eacute;ception de la convocation, ou par appel t&eacute;l&eacute;phonique convenir d&rsquo;un jour et d&rsquo;une heure de rendez-vous selon la disponibilit&eacute; de l&rsquo;OPJ&nbsp;&raquo; pr&eacute;cise l&rsquo;OPJ DC. Cette convocation ou cet appel constitue une pression psychologique sur l&rsquo;individu surtout quand il se reproche quelque chose et parfois lui et son entourage commencent &agrave; paniquer puisque la personne convoqu&eacute;e par l&rsquo;OPJ est tenue de compara&icirc;tre et de d&eacute;poser. Et si elle ne satisfait pas &agrave; cette obligation, avis en est donn&eacute; au procureur de la R&eacute;publique qui peut la contraindre &agrave; compara&icirc;tre par la force publique (art 62 al. 1). Ce pouvoir de contrainte physique dont dispose l&rsquo;OPJ peut, pour les n&eacute;cessit&eacute;s de l&rsquo;enqu&ecirc;te, amener &agrave; placer en garde &agrave; vue une ou plusieurs personnes contre qui existent des indices concordants de participation &agrave; l&rsquo;infraction.</p> <p>Au-del&agrave; des instructions du procureur de la R&eacute;publique, l&rsquo;OPJ peut parfois agir d&rsquo;office tout en &eacute;tant tenu de l&rsquo;en informer imm&eacute;diatement dans ce dernier cas (art. 60 NCPPI). Dans les usages, il dispose du pouvoir d&rsquo;appr&eacute;ciation de la &laquo;&nbsp;la gravit&eacute; ou non&nbsp;&raquo; des faits de sorte &agrave; d&eacute;f&eacute;rer le mis en cause au parquet ou d&rsquo;essayer un r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable sous ses auspices.</p> <p>Au total, ces pouvoirs d&rsquo;enqu&ecirc;te pr&eacute;liminaire, d&rsquo;audition du plaignant et du mis en cause, de r&eacute;daction des proc&egrave;s-verbaux de retrait de la plainte et du rapport de synth&egrave;se, conf&egrave;rent &agrave; un OPJ, un ensemble de pr&eacute;rogatives qui peuvent influencer les suites du dossier.</p> <h4>2.1.3. Le plaignant</h4> <p>Etant la partie l&eacute;s&eacute;e, le plaignant a aussi l&rsquo;initiative de mise en mouvement de l&rsquo;action publique par le d&eacute;p&ocirc;t de sa plainte (art. 6 al. 2 NCPPI). Autant le d&eacute;p&ocirc;t de cette plainte d&eacute;clenche l&rsquo;action publique, autant son retrait pourrait l&rsquo;&eacute;teindre (art. 11 al. 1), dans les limites de la loi, lorsque la plainte est une condition n&eacute;cessaire de la poursuite (art. 11. al. 3). Il devient la personne puissante qui tient un levier majeur (la plainte) de la poursuite de la proc&eacute;dure, vers qui le mis en cause et toute personne qui voudrait voir la proc&eacute;dure s&rsquo;interrompre, se tournent pour des tractations de tout genre. L&rsquo;OPJ CN relate&nbsp;: &laquo;&nbsp;j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; confront&eacute; &agrave; un cas o&ugrave; c&rsquo;&eacute;tait le fils d&rsquo;un coll&egrave;gue qui &eacute;tait le mis en cause. On a tout essay&eacute; mais la plaignante ne voulait rien savoir. Et mon chef a d&ucirc; s&rsquo;agenouiller devant cette derni&egrave;re pour supplier, avant qu&rsquo;elle n&rsquo;accepte de retirer sa plainte&nbsp;&raquo;.</p> <h3>2.2. Analyse factuelle des cas &eacute;voqu&eacute;s par les enqu&ecirc;t&eacute;s</h3> <p>Les d&eacute;m&ecirc;l&eacute;s avec le syst&egrave;me de justice, tiennent au motif de plainte ou de d&eacute;nonciation impliquant le mis en cause et les faits qui lui sont r&eacute;ellement reproch&eacute;s.</p> <h4>2.2.1. Les faits et chefs d&rsquo;accusation</h4> <p>L&rsquo;&eacute;l&eacute;ment, motif de plainte, d&rsquo;accusation ou l&#39;arrestation ayant cr&eacute;&eacute; les d&eacute;m&ecirc;l&eacute;s avec le syst&egrave;me de justice, peut &ecirc;tre cat&eacute;goris&eacute; et regroup&eacute; en divers chefs d&rsquo;accusation&nbsp;:</p> <div> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image4.png" /></p> <p>De toutes les cat&eacute;gories d&rsquo;infractions ayant fait l&rsquo;objet de tractations, 60,5 % des cas (le plus significatifs) concernent les infractions contre les biens, 18,3 % contre la personne et 21,2 % sont li&eacute;s &agrave; d&rsquo;autres infractions (vente et consommation de drogue, etc.). Toutefois, prises individuellement, les modalit&eacute;s, les plus significatives sont&nbsp;: la fraude&nbsp;18,3 %, les voies de faits 17 %, l&rsquo;abus de confiance 14 %, le vol 12,7 %, l&rsquo;escroquerie 11,3 %, les infractions au Code de la route 8,5 %, la vente et consommation de drogue ou d&rsquo;alcool 4 %. Cette cat&eacute;gorisation se d&eacute;cline en faits et t&eacute;moignages suivants&nbsp;:</p> <p>- Concernant les fraudes, elles portent sur&nbsp;: l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; et l&rsquo;eau, les examens scolaires, les fausses identit&eacute;s, les fausses d&eacute;clarations&hellip; Entre autres faits, on peut retenir : &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai utilis&eacute; l&#39;extrait de naissance de son fr&egrave;re pour l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;une carte nationale d&rsquo;identit&eacute; &raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; pris avec le portable en salle d&#39;examen&nbsp;&raquo;. Outre ces faits &agrave; caract&egrave;re administratif, une r&eacute;alit&eacute; majeure est la fraude sur l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; et l&rsquo;eau courante. &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai vol&eacute; du courant, on m&rsquo;a attrap&eacute;&hellip;&nbsp;&raquo;. L&rsquo;acc&egrave;s &agrave; &eacute;lectricit&eacute;, &agrave; l&rsquo;eau potable est reconnu comme &eacute;tant des droits humains fondamentaux. Les op&eacute;rations frauduleuses les concernant sont, certes passibles de condamnation, mais trait&eacute;es de fa&ccedil;on sp&eacute;ciale. A ce propos, l&rsquo;OPJ MI explique : &laquo;&nbsp;Pour ce qui est de la fraude sur l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, un compromis avec la Compagnie ivoirienne d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, privil&eacute;gie le d&eacute;sint&eacute;ressement de l&rsquo;entreprise. Quand nous appr&eacute;hendons les fraudeurs, nous privil&eacute;gions le paiement de la consommation frauduleuse estim&eacute;e par les techniciens de la structure. C&rsquo;est &agrave; d&eacute;faut de paiement qu&rsquo;ils sont souvent d&eacute;f&eacute;r&eacute;s, tout en privil&eacute;giant toujours l&rsquo;option de paiement, ce, jusqu&rsquo;au parquet, voire au proc&egrave;s&nbsp;&raquo;.</p> <p>- Relativement aux voies de faits, il s&rsquo;agit des coups et blessures (volontaires ou involontaires), li&eacute;s g&eacute;n&eacute;ralement aux bagarres et autres agressions physiques ou verbales. L&rsquo;on note&nbsp;: &laquo;&nbsp;Bagarre avec un Haoussa (Nig&eacute;rien), il l&#39;a assomm&eacute; avec un tabouret. Les faits se sont d&eacute;roul&eacute;s en 1998&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;En 2012, une bagarre (r&egrave;glement de compte) &agrave; la machette o&ugrave; l&#39;un des membres du camp adverse a &eacute;t&eacute; d&eacute;couvert par mon ami&nbsp;&raquo; relatent les enqu&ecirc;t&eacute;s YZ et BD. Pour ces cas, &laquo;&nbsp;d&egrave;s que le mis en cause opte pour assurer les frais m&eacute;dicaux et tout ce qui est en lien avec le certificat m&eacute;dical, on s&rsquo;en tient &agrave; la gestion amiable pourvu qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas mort d&rsquo;homme ou de cons&eacute;quences plus graves&nbsp;&raquo; ajoute l&rsquo;OPJ GZ.</p> <p>-&nbsp;En ce qui concerne le vol, mentions a &eacute;t&eacute; faites sur l&rsquo;argent, les motos, le t&eacute;l&eacute;phone, les c&acirc;bles &eacute;lectriques, le bris de pare-brise&hellip; cependant, parfois le vol est &eacute;voqu&eacute; sans aucune pr&eacute;cision. Entre autres t&eacute;moignages, peut-on retenir&nbsp;: &laquo; Je travaillais dans un restaurant et c&#39;est moi qui gardais les cl&eacute;s de la caisse. C&#39;est &agrave; ce moment que l&#39;argent a disparu de la caisse. C&#39;est ainsi que le g&eacute;rant m&#39;a conduit &agrave; la police pour enqu&ecirc;te&nbsp;&raquo;. Face &agrave; de tels cas, l&rsquo;OPJ GG r&eacute;agit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Pour les cas de vol, nous d&eacute;ferons en g&eacute;n&eacute;ral le mis en cause, toutefois l&rsquo;objet vol&eacute; peut &ecirc;tre tellement insignifiant que l&rsquo;initiative de restitution de l&rsquo;objet vol&eacute; peut nous amener &agrave; opter pour un r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable&nbsp;&raquo;.</p> <p>- Pour ce qui est des cas d&rsquo;abus de confiance, ils sont souvent li&eacute;s aux activit&eacute;s de petits m&eacute;tiers<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title="">[7]</a> o&ugrave; nombre de personnes abusent de la bonne foi de leurs clients&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il a pris l&#39;argent et n&#39;a pas respect&eacute; ses engagements&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Il a pris de l&#39;argent pour un travail qu&#39;il n&#39;a pas fait&nbsp;&raquo; ou la question cruciale de vente de terrains en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire&nbsp;: &laquo;&nbsp;vente d&#39;un m&ecirc;me terrain &agrave; plusieurs personnes le 01/02/2017&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;vente d&#39;une parcelle litigieuse en 2012&nbsp;&raquo;. Quant &agrave; cette autre infraction &laquo;&nbsp;voisine&nbsp;&raquo; qu&rsquo;est l&rsquo;escroquerie, un enqu&ecirc;t&eacute; relate&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le pr&eacute;sident d&#39;une association de la soci&eacute;t&eacute; civile nous a associ&eacute; dans le recrutement des enseignants volontaires moyennant de l&#39;argent pour le compte du MEN<a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title="">[8]</a>. Mon neveu a travaill&eacute; avec cette ONG. Afin d&#39;atteindre le pr&eacute;sident de l&#39;ONG, ils ont arr&ecirc;t&eacute; mon prot&eacute;g&eacute;&nbsp;&raquo;. Selon l&rsquo;OPJ GG, pour ces cas d&rsquo;abus de confiance et d&rsquo;escroquerie, qui touchent aux questions d&rsquo;argent&nbsp;: &laquo;&nbsp;nous privil&eacute;gions la r&eacute;paration du pr&eacute;judice souffert par la restitution de l&rsquo;argent&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;il en est de m&ecirc;me pour les infractions contre la propri&eacute;t&eacute; o&ugrave; la r&eacute;paration du bien d&eacute;truit ou endommag&eacute; est mise au-devant, g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; l&rsquo;initiative du mis en cause&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Toutefois lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de sommes importantes surtout quand le dossier concerne un particulier ou une personne morale, le mis en cause est d&eacute;f&eacute;r&eacute; au parquet&nbsp;&raquo; pr&eacute;cise l&rsquo;OPJ MI.</p> <p>- Quant aux infractions au Code de la route avec d&eacute;faut de permis de conduire ou d&rsquo;assurance automobile et ayant cr&eacute;&eacute; accident, on observe souvent le retrait du permis.</p> <p>Outre les cas relat&eacute;s, certains mis en cause se sont vus accus&eacute;s de deux faits d&rsquo;infraction&nbsp;: Ainsi a-t-on&nbsp;observ&eacute; : Vol + viol&nbsp;; vol + abus de confiance&nbsp;; abus de confiance + escroquerie&nbsp;; escroquerie + concurrence d&eacute;loyale, refus d&rsquo;obtemp&eacute;rer + corruption&nbsp;; bris de pare-brise + corruption&nbsp;; accident avec d&eacute;faut d&rsquo;assurance + vente ill&eacute;gale de v&eacute;hicule. Il ressort des donn&eacute;es que pour les personnes dont les d&eacute;m&ecirc;l&eacute;s avec le syst&egrave;me de justice ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;au moins deux accusations concomitamment ou s&eacute;par&eacute;ment, les infractions comme le vol, l&rsquo;abus de confiance et l&rsquo;escroquerie sont r&eacute;guli&egrave;rement associ&eacute;es &agrave; d&rsquo;autres infractions.</p> <h4>2.2.2. Les phases d&rsquo;interventions des d&eacute;marches dans la proc&eacute;dure judiciaire</h4> <p>La ou les &eacute;tape(s) de la proc&eacute;dure judiciaire o&ugrave; les interventions sont constat&eacute;es se pr&eacute;sentent comme suit&nbsp;:</p> <div> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image5.png" /></p> <p>Au regard des donn&eacute;es du tableau, les d&eacute;marches en vue d&rsquo;&eacute;viter la prison repr&eacute;sentent une proportion de (45,1 %) &agrave; la phase de d&eacute;p&ocirc;t de plainte, (23,9 %) &agrave; la phase de l&rsquo;enqu&ecirc;te judiciaire et (26,8 %) au jugement. Selon l&rsquo;OPJ GG&nbsp;: &laquo; D&egrave;s la plainte ou la d&eacute;nonciation, l&rsquo;action publique est mise en mouvement, les proches des mis en cause sont pr&ecirc;ts &agrave; tout pour ne pas que la proc&eacute;dure aille loin. A cette phase, il nous est recommand&eacute; de g&eacute;rer les affaires mineures pour &eacute;viter l&rsquo;engorgement des tribunaux qui ne souhaitent s&rsquo;occuper que des dossiers plus complexes. Cependant, nous sommes tenus d&rsquo;envoyer le dossier en renseignement judiciaire au niveau du procureur au parquet pour laisser&nbsp;des traces de l&rsquo;affaire afin de nous couvrir en cas d&rsquo;&eacute;ventuels rebondissements &raquo;. &laquo;&nbsp;Toutefois pour les cas de meurtre ou viol, des infractions publiques qui font souvent le buzz, il est plus sage de d&eacute;f&eacute;rer le mis en cause au parquet pour que le procureur lui-m&ecirc;me s&rsquo;en charge. En effet, de lui-m&ecirc;me il peut demander que l&rsquo;affaire lui soit transmise dans certains cas majeurs. M&ecirc;me dans les cas d&rsquo;abus de confiance qui touchent aux personnes morales surtout les ambassades, consulats et autres, les parties peuvent s&rsquo;entendre pour d&eacute;f&eacute;rer le dossier devant le procureur au parquet&nbsp;&raquo;.</p> <h3>2.3. Strat&eacute;gies d&rsquo;&eacute;vitement de la prison</h3> <p>L&rsquo;acte mat&eacute;riel de convocation ou de plainte oblige le mis en cause &agrave; rentrer en contact avec le syst&egrave;me judiciaire, &agrave; se rendre dans une brigade de gendarmerie ou un commissariat de police pour se faire entendre ou r&eacute;pondre de ses actes. L&agrave;, interviennent un ensemble de d&eacute;marches et d&rsquo;actions, au prix de sacrifices et d&rsquo;interventions de personnalit&eacute;s.</p> <h4>2.3.1. D&eacute;marches entreprises</h4> <p>Les cas factuels ant&eacute;rieurement &eacute;voqu&eacute;s (2-3) ont plus ou moins fait l&rsquo;objet de diverses d&eacute;marches.</p> <p>- Ampleur des d&eacute;marches et actions</p> <p>L&rsquo;ampleur rend compte de l&rsquo;effectivit&eacute; et de la mesure de la dimension officieuse de pratiques tendant &agrave; &eacute;viter l&rsquo;incarc&eacute;ration.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image6.png" /></p> <p>Les donn&eacute;es du tableau montrent que si dans environ 20 % des cas, les mis en cause et leurs proches n&rsquo;ont entrepris aucune d&eacute;marche, cependant, environ 75 % d&rsquo;autres cas concern&eacute;s, ont fait l&rsquo;objet de d&eacute;marches et actions officieuses aux fins d&rsquo;&eacute;vitement de la prison. Comme dans les usages, en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, en de telles situations, les proches du mis en cause se mobilisent et activent tout leur r&eacute;seau de connaissances directes ou indirectes.</p> <p>- Inventaires des d&eacute;marches et actions entreprises</p> <p>Les actions ou d&eacute;marches concr&egrave;tes entreprises pour &eacute;viter la prison au mis en cause peuvent ainsi se regrouper selon le tableau suivant&nbsp;:</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image7.png" /></p> <p>Des donn&eacute;es du tableau, il ressort que 20 % des enqu&ecirc;t&eacute;s n&rsquo;ont rien entrepris d&rsquo;officieux. De m&ecirc;me, 85 %, de cette cat&eacute;gorie d&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute;s disent avoir suivi la proc&eacute;dure normale. Cette d&eacute;marche a consist&eacute; &agrave; l&rsquo;assistance d&rsquo;un avocat (art. 4, al. 2 et art. 90 NCPPI), des rencontres avec le procureur, les juges d&rsquo;instruction ou des enfants, des explications aux postes... Et concernant les autres 15 %, de cette m&ecirc;me cat&eacute;gorie, tandis que les uns ont choisi de r&eacute;unir les &eacute;l&eacute;ments de preuve &agrave; d&eacute;charge, les autres ont plut&ocirc;t cherch&eacute; &agrave; d&eacute;noncer les &laquo;&nbsp;vrais&nbsp;auteurs&nbsp;&raquo; pour disculper le mis en cause. Toutefois, pour ce qui est des honoraires d&rsquo;avocat, des cotisations familiales ont &eacute;t&eacute; initi&eacute;es. La destination de cet argent mobilis&eacute; va au-del&agrave; des honoraires d&rsquo;avocat et peut couvrir d&rsquo;autres frais (amendes, pots-de-vin&hellip;).</p> <p>Ainsi, l&rsquo;option du r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable (80 %) et des interventions (78&nbsp;%), sont les principaux m&eacute;canismes d&rsquo;&eacute;vitement de l&rsquo;incarc&eacute;ration. Au regard des chiffres, les deux options sont en g&eacute;n&eacute;ral, concomitamment utilis&eacute;es. Le champ s&eacute;mantique des mots et expressions utilis&eacute;s pour traduire ce r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable est constitu&eacute; de &laquo;&nbsp;Conciliations, consensus, n&eacute;gociations, demande d&rsquo;excuse ou de pardon&nbsp;&raquo; dans le sens de l&rsquo;objectif vis&eacute;&nbsp;; &laquo;&nbsp;D&eacute;l&eacute;gations de la famille pour conciliation, intervention d&rsquo;autorit&eacute;s traditionnelles et coutumi&egrave;res, d&rsquo;alliance interethnique&nbsp;&raquo; dans les sens d&rsquo;actions concr&egrave;tes, et &laquo;&nbsp;Rembourser l&rsquo;argent, r&eacute;parer le d&eacute;g&acirc;t ou l&rsquo;engin abim&eacute;&nbsp;&raquo; dans l&rsquo;optique de r&eacute;paration du tort caus&eacute;.</p> <h4>2.3.2. Sacrifices consentis et/ou &agrave; consentir</h4> <p>Les d&eacute;marches visant &agrave; &eacute;viter l&rsquo;incarc&eacute;ration aux mis en cause s&rsquo;opposent &agrave; la dynamique de punition de l&rsquo;action publique, d&rsquo;o&ugrave; un lourd tribut auquel consentent les mis en cause et/ou ou leurs proches. A divers &eacute;chelons, ce sacrifice est la contrepartie du prix &agrave; payer qui peut &ecirc;tre de leur propre initiative, explicitement requis ou subtilement sugg&eacute;r&eacute;e par l&rsquo;OPJ &agrave; son b&eacute;n&eacute;fice personnel ou &agrave; celui d&rsquo;autres acteurs du syst&egrave;me de justice. Ainsi, aux questions de savoir&nbsp;: &laquo;&nbsp;Est-il arriv&eacute; qu&#39;on vous demande quelque chose pour interrompre la proc&eacute;dure&nbsp;?&nbsp;&raquo;, ou &laquo;&nbsp;Avez-vous propos&eacute; quelque chose pour interrompre la proc&eacute;dure ou &eacute;viter la prison au mis en cause&nbsp;?&nbsp;&raquo;, les r&eacute;ponses contenues dans les tableaux ci-dessous ont &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;es.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image8.png" /></p> <p>Il ressort des donn&eacute;es du tableau n&deg; 5 que 43,7 % des enqu&ecirc;t&eacute;s ont d&ucirc; donner, sans que l&rsquo;initiative vienne d&rsquo;eux, une contrepartie pour interrompre la proc&eacute;dure. En d&rsquo;autres termes 40,9 % n&rsquo;ont pas subi de demande, soit sont rest&eacute;s passifs, soit ont plut&ocirc;t pris le devant des choses sans attendre qu&rsquo;on le leur demande. A contrario, dans le tableau n&deg; 6, 32,4 % contre 53,5 % ont fait des propositions &agrave; l&rsquo;OPJ ou au plaignant en vue d&rsquo;un r&egrave;glement satisfaisant.</p> <p>Par ailleurs, la premi&egrave;re demande est g&eacute;n&eacute;ralement la r&eacute;paration du tort caus&eacute; &agrave; la victime&nbsp;: soins m&eacute;dicaux pour coups et blessures, r&eacute;paration du bien endommag&eacute; ou restitution du bien mat&eacute;riel (vol&eacute;), de l&rsquo;argent (abus de confiance, escroquerie), ou une reconnaissance de dette. Ainsi, pour 75 % des enqu&ecirc;t&eacute;s, il s&rsquo;est agi d&rsquo;argent. Ce montant prend un &laquo;&nbsp;aspect sacrificiel&nbsp;&raquo; quand la somme requise semble exorbitante sans que les concern&eacute;s n&rsquo;en comprennent grande chose. Des enqu&ecirc;t&eacute;s disent avoir vers&eacute; respectivement&nbsp;: 250&nbsp;000&nbsp;Frs CFA, 350&nbsp;000 Frs CFA et 800&nbsp;000&nbsp;Frs CFA pour que le mis en cause soit lib&eacute;r&eacute;, sans toutefois pr&eacute;ciser si ces montants vers&eacute;s l&rsquo;&eacute;taient aux fins de r&eacute;paration du tort caus&eacute; au plaignant ou de pots de vins &agrave; l&rsquo;OPJ.</p> <p>Aussi, la garde &agrave; vue qui est assimil&eacute;e &agrave; un emprisonnement dans l&rsquo;entendement commun, est parfois utilis&eacute;e par certains OPJ pour mettre plus de pression sur le mis en cause et ses proches en vue de faire diligence pour d&eacute;canter la situation. En la mati&egrave;re, la menace de d&eacute;f&eacute;rer le mis en cause est ce qui est g&eacute;n&eacute;ralement brandi. L&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute; JJ mart&egrave;le&nbsp;: &laquo;&nbsp;je me suis retrouv&eacute; au mauvais endroit &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;un fumoir o&ugrave; la police a fait une descente et nous a tous embarqu&eacute;s. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; mis en garde &agrave; vue et d&eacute;pouill&eacute; de tout. Apr&egrave;s, ils nous ont pass&eacute; un t&eacute;l&eacute;phone afin que chacun informe sa famille de son arrestation. Apr&egrave;s quoi, ils nous ont dit que chacun serait lib&eacute;r&eacute; moyennant une somme d&rsquo;argent sinon ils vont nous d&eacute;f&eacute;rer au parquet&nbsp;&raquo;. Ainsi, devant la menace de d&eacute;f&eacute;rer le mis en cause, l&rsquo;OPJ suscite l&rsquo;acte positif des proches &agrave; proposer avec diligence quelque chose aux acteurs cl&eacute;s du dossier pour une issue moins d&eacute;favorable. Des abus sont beaucoup observ&eacute;s &agrave; cette phase. Aux dires de l&rsquo;OPJ GG, &laquo;&nbsp;Le r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable ne devrait pas avoir lieu quand le mis en cause est en garde &agrave; vue. Puisqu&rsquo;il est d&eacute;j&agrave; sous pression. Dans ce cas de figure, son accord en vue d&rsquo;un r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable peut n&rsquo;avoir pas &eacute;t&eacute; de son libre arbitre. Or nombre d&rsquo;OPJ s&rsquo;en servent pour faire infl&eacute;chir le mis en cause qui, malheureusement, peut faire rebondir le dossier devant le procureur s&rsquo;il n&rsquo;est d&rsquo;accord&nbsp;&raquo;. Il ajoute&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est pourquoi, le r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable exige la reconnaissance des faits par le mis en cause, et qui volontairement prend l&rsquo;initiative du r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable en esp&eacute;rant l&rsquo;accord du plaignant. Il peut aussi refuser. Par ailleurs ce dernier peut souhaiter le r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable s&rsquo;il ne veut pas que le dossier aille plus loin. Dans ce cas l&rsquo;OPJ ne devrait en rien &ecirc;tre associ&eacute; &agrave; ces tractations. Malheureusement ce n&rsquo;est pas toujours le cas&nbsp;&raquo; ajoute l&rsquo;OPJ MI A ce propos, un enqu&ecirc;t&eacute; n&rsquo;&eacute;tant pas favorable &agrave; cette option n&eacute;goci&eacute;e avoue&nbsp;: &laquo;&nbsp;La police voulait un r&egrave;glement &agrave; l&#39;amiable et j&#39;ai refus&eacute;, parce que je n&rsquo;&eacute;tais pas coupable&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Il ne devrait pas avoir aussi de r&egrave;glement sans audition, &agrave; cause des rebondissements. Cependant certains OPJ peuvent ne pas transmettre le dossier et garder par devers eux et ne le faire qu&rsquo;en cas de rebondissement&nbsp;&raquo;, pr&eacute;cise l&rsquo;OPJ MI.</p> <h4>2.3.3. &laquo;&nbsp;Personnalit&eacute;s&nbsp;&raquo; sollicit&eacute;es et issue de ces tractations officieuses</h4> <p>Dans la dynamique des d&eacute;marches officieuses pour d&eacute;canter la situation, des personnalit&eacute;s ont plus ou moins &eacute;t&eacute; sollicit&eacute;es. 43,6 % des enqu&ecirc;t&eacute;s ont sollicit&eacute; des personnalit&eacute;s parmi lesquelles des autorit&eacute;s administratives (agents de l&rsquo;inspection du travail), militaires (parents policiers, officiers de gendarmerie) coutumi&egrave;res ou traditionnelles (chefferie). &laquo; &hellip; Je me suis retrouv&eacute; en garde &agrave; vue &agrave; la police&hellip; Ma m&egrave;re est all&eacute;e voir le commissaire. Elle a appel&eacute; ma tante qui est sous-pr&eacute;fet et mon oncle qui est juge au Plateau&nbsp;&raquo; relate l&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute; KL. In fine, toutes ces tractations devraient avoir des issues plus satisfaisantes ou heureuses.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image9.png" /></p> <p>Des donn&eacute;es issues du tableau, il ressort que 35,2 % des affaires &eacute;voqu&eacute;es ont connu une interruption, 11,3 % ont suivi leur cours normal, environ 35 % ont fait objet d&rsquo;un proc&egrave;s dont 17 % de relaxe et environ 18 % de condamnation.</p> <p>En dehors des cas de non-r&eacute;ponses, les affaires ayant les modalit&eacute;s les plus importantes sont celles qui ont connu une interruption de la proc&eacute;dure (35/93), du fait des interventions respectives de&nbsp;: gendarmes et policiers (18/93), personnalit&eacute;s civiles de l&rsquo;administration (11/93) et autres connaissances influentes (politiques, artistes, religieuses) (9/93). Toutefois, en mati&egrave;re de relaxe, les personnalit&eacute;s du syst&egrave;me judiciaire (4/16), les policiers et gendarmes (4/16) ont eu les m&ecirc;mes importances. Par ailleurs, pris de fa&ccedil;on globale, l&rsquo;intervention des personnalit&eacute;s du syst&egrave;me judiciaire est la cat&eacute;gorie recueillant la plus grande modalit&eacute; (13/93) apr&egrave;s l&rsquo;intervention de policiers et de gendarmes (18/93).</p> <h3>2.4. Autres motifs et raisons des actions</h3> <p>Toutes ces attitudes ont certes pour principale raison la peur de l&rsquo;inc&eacute;ration. Toutefois, cela laisse entrevoir d&rsquo;autres motifs pour leur agir.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image10.png" /></p> <p>Outre l&rsquo;&eacute;vidence de la peur, 31&nbsp;% des avis des enqu&ecirc;t&eacute;s rel&egrave;vent qu&rsquo;ils ne croient pas au syst&egrave;me de justice dans sa neutralit&eacute; et sa capacit&eacute; &agrave; mettre les vrais coupables en prison ou &agrave; les laisser en libert&eacute;. D&egrave;s lors, pour 22,5 % tout se g&egrave;re sous nos tropiques, pourvu que l&rsquo;on frappe &agrave; la bonne porte ou sache y mettre les moyens. En effet, certains OPJ, pour &eacute;viter la prison &agrave; une personne, requalifient les faits en les faisant passer pour des infractions de moindre gravit&eacute;. Ainsi, &agrave; l&rsquo;audition et dans le proc&egrave;s-verbal, ils peuvent d&eacute;former les faits pour y glisser des biais dans l&rsquo;analyse &agrave; l&rsquo;avantage du mis en cause. &laquo;&nbsp;On requalifie les faits pour amener &agrave; reconsid&eacute;rer leur gravit&eacute;&hellip;&nbsp;&raquo; r&eacute;v&egrave;le l&rsquo;OPJ GG. &laquo;&nbsp;On sait qu&#39;il a pris, mais on ne voulait pas qu&#39;il parte en prison&nbsp;&raquo;, confesse JD. &laquo;&nbsp;Parce que les plaignants &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; tout pour condamner l&#39;accus&eacute;&nbsp;&raquo; pr&eacute;cise GH. Pour KJ ils ont agi pour un &laquo;&nbsp;r&egrave;glement rapide de l&rsquo;affaire, acc&eacute;l&eacute;rer et arranger mon le dossier&nbsp;&raquo;. Madame Yao, m&egrave;re d&rsquo;ex-d&eacute;tenu avoue&nbsp;; &laquo;&nbsp;on voulait abr&eacute;ger sa peine qui d&eacute;passait six mois, il a &eacute;t&eacute; au bout de 6 mois avec l&#39;aide du juge&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Pour &eacute;viter de g&acirc;ter<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title="">[9]</a> son casier judiciaire&nbsp;&raquo; confesse, ZY.</p> <p>L&rsquo;importance des acteurs impliqu&eacute;s notamment du mis en cause mais aussi du plaignant peut aussi &ecirc;tre un motif de d&eacute;marches et d&rsquo;action. A ce propos l&rsquo;OPJ GG rel&egrave;ve le caract&egrave;re international que pourrait prendre les affaires impliquant les multinationales ou ambassades. Il en est de m&ecirc;me des affaires qui concernent certaines entreprises dont l&rsquo;affaire pourrait &eacute;clabousser l&rsquo;image et la notori&eacute;t&eacute;. &laquo;&nbsp;Nous avons protest&eacute; en vue de pressions sur l&#39;employeur afin de lib&eacute;rer un ami&nbsp;&raquo; confie un employeur d&rsquo;une entreprise. &laquo;&nbsp;On voulait les (entreprise)&nbsp;amener &agrave; &eacute;viter le scandale&nbsp;&raquo; avoue un autre licenci&eacute; d&rsquo;une entreprise. Les affaires &agrave; caract&egrave;re trop public ou qui font le &laquo;&nbsp;buzz&nbsp;&raquo; suscitent beaucoup d&rsquo;observations sur les suites de l&rsquo;affaire.</p> <p>Dans le sens de preuves &agrave; d&eacute;charge et d&eacute;marches officielles, il s&rsquo;agissait de &laquo;&nbsp;montrer le caract&egrave;re infond&eacute; de la plainte ou des chefs d&#39;accusations&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;d&eacute;montrer l&#39;innocence, pour r&eacute;tablir la justice&nbsp;&raquo;.</p> <h2>3. Discussion conclusion</h2> <p>L&rsquo;objectif de cette &eacute;tude &eacute;tait d&rsquo;analyser les strat&eacute;gies dont se servent les acteurs impliqu&eacute;s dans une infraction &agrave; la loi p&eacute;nale. Elle a d&rsquo;abord fait un aper&ccedil;u des leviers sur lesquels les acteurs principaux impliqu&eacute;s notamment&nbsp;; l&rsquo;OPJ, le plaignant et le mis en cause ou ses proches ont des marges de man&oelig;uvres formelles ou informelles pour &eacute;viter la prison &agrave; ce dernier. Au-del&agrave; de la peur de la prison, l&rsquo;&eacute;tude a montr&eacute; d&rsquo;autres raisons li&eacute;es &agrave; la non gravit&eacute; des faits, au fait de ne pas croire en l&rsquo;impartialit&eacute; de la justice, &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que tout peut s&rsquo;arranger, pourvu qu&rsquo;on sache frapper &agrave; la bonne porte, &agrave; l&rsquo;impunit&eacute;, aux injustices que Chauvenet (2006) a tant&ocirc;t relev&eacute; dans ses &eacute;tudes. En sous-entendant la corruption comme moyen principal de r&eacute;solution positive de l&rsquo;affaire, il est bon de pr&eacute;ciser que le fait de donner l&rsquo;argent pour se tirer d&rsquo;affaire n&rsquo;induit pas syst&eacute;matiquement la corruption puisque les dommages et int&eacute;r&ecirc;ts, les amendes et la conciliation impliquent des sorties d&rsquo;argent. En d&rsquo;autres termes, si le r&eacute;pondant n&rsquo;est pas suffisamment instruit sur le motif ou la destination de l&rsquo;argent pay&eacute;, l&rsquo;analyse simpliste pourrait induire des biais.</p> <p>La qualit&eacute; des acteurs impliqu&eacute;s est aussi un facteur d&eacute;terminant. Le statut social des acteurs impliqu&eacute;s : personnes morales internationales (ambassade, consulat, multinationale), entreprises nationales, acteur public ou priv&eacute;. La qualit&eacute; du mis en cause, (notamment un chef traditionnel, personnage public ou politique), avec sa stature sociale et sa plus ou moins forte capacit&eacute; de mobilisation, peut aussi &ecirc;tre une dimension &agrave; explorer. Par ailleurs, la solidarit&eacute;, cette mobilisation communautaire ou familiale autour du mis en cause, souligne des pesanteurs socioculturelles interventionnistes constat&eacute;es dans bien des secteurs comme le service administratif (intervention d&rsquo;une connaissance en vue de l&rsquo;acquisition d&rsquo;un document), la sant&eacute; (intervention d&rsquo;une connaissance m&eacute;decin ou infirmier), que l&rsquo;on pourrait corr&eacute;ler &agrave; l&rsquo;action judiciaire.</p> <p>Dans une approche juridique, l&rsquo;&eacute;tude interpelle sur la culture juridique des justiciables dans la juridiction o&ugrave; l&rsquo;OPJ est saisi de l&rsquo;affaire et des acteurs impliqu&eacute;s. Selon que l&rsquo;affaire est dans un commissariat ou une brigade de la banlieue ou dans des contr&eacute;es tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;es ou que ce soit quand dans les quartiers des affaires (Plateaux) ou &agrave; population &agrave; fort taux d&rsquo;instruction comme Cocody, le traitement et/ou l&rsquo;issue pourrait &ecirc;tre diff&eacute;rent.</p> <p>Mais au-del&agrave; des acteurs, l&rsquo;incarc&eacute;ration, au sens strict supposant le s&eacute;jour en milieu carc&eacute;ral, m&eacute;riterait une approche juridique plus approfondie. Cela permettrait de savoir si le s&eacute;jour en milieu carc&eacute;ral est d&ucirc; &agrave; une arrestation, une condamnation avec des statuts de pr&eacute;venu ou d&eacute;tenu ou de condamnation d&eacute;finitive (autorit&eacute; de la chose jug&eacute;e) avec toutes les voies de recours &eacute;puis&eacute;es. Une autre nuance juridique tient au prononc&eacute; d&rsquo;une peine privative de libert&eacute;, la condamnation avec sursis, la libert&eacute; provisoire ou les mesures de restriction de libert&eacute; ou de libert&eacute; conditionnelle. Des r&eacute;flexions pourraient aussi &ecirc;tre men&eacute;es sur la pratique du r&egrave;glement &agrave; l&rsquo;amiable et son impact sur la criminalit&eacute; et le syst&egrave;me.</p> <p>&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>&nbsp;</p> <p>-&nbsp;Arti&egrave;res P., Lascoumes P. et Salle G. (2004). &laquo;&nbsp;Prison et r&eacute;sistances politiques. Le grondement de la bataille&nbsp;&raquo;. Culture &amp; Conflits, 55, 5-14. Consult&eacute; le 02/05/2022 sur https://doi.org/10.4000/conflits.1555.</p> <p>-&nbsp;Beaurepaire C. de (2012). La vuln&eacute;rabilit&eacute; sociale et psychique des d&eacute;tenus et des sortants de prison. Revue du MAUSS, La D&eacute;couverte, 40(2), 125-146. Doi&nbsp;: 10.3917/rdm.040.0125.</p> <p>-&nbsp;Bony L. (2015). &laquo;&nbsp;La prison, une &laquo;&nbsp;cit&eacute; avec des barreaux&nbsp;&raquo;&nbsp;? Continuum socio-spatial par-del&agrave; les murs&nbsp;&raquo;. Annales de g&eacute;ographie, 702-703, 275-299. Consult&eacute; le 02/05/2022 sur https://www.cairn.info.</p> <p>-&nbsp;Chamond J., Moreira V., Decoq F. et Leroy-Vi&eacute;mon B. (2014). &laquo;&nbsp;La d&eacute;naturation carc&eacute;rale. Pour une psychologie et une ph&eacute;nom&eacute;nologie du corps en prison&nbsp;&raquo;. L&rsquo;information psychiatrique, 90(8), 673-682. Doi&nbsp;: 10.1684/ipe.2014.1252.</p> <p>-&nbsp;Chantraine G. (2003). &laquo;&nbsp;Prison, d&eacute;saffiliation, stigmates. L&rsquo;engrenage carc&eacute;ral de l&rsquo;&laquo;&nbsp;inutile au monde&nbsp;&raquo; contemporain&nbsp;&raquo;. D&eacute;viance et Soci&eacute;t&eacute;, 27(4), 363-387. Doi&nbsp;: 10.3917/ds.274.0363.</p> <p>-&nbsp;Chauvenet A. (2010). &laquo;&nbsp;&lsquo;Les prisonniers&rsquo;&nbsp;: construction et d&eacute;construction d&rsquo;une nation&nbsp;&raquo;. Pouvoirs, Seuil, 135(4), 41-52. Doi&nbsp;:10.3917/pouv.135.0041.</p> <p>-&nbsp;Chauvenet A. (2009). &laquo;&nbsp;Les longues peines&nbsp;: le &laquo;&nbsp;principe&nbsp;&raquo; de la peine&nbsp;&raquo;. Champ p&eacute;nal, [En ligne]. S&eacute;minaire GERN &ldquo;Longues peines et peines ind&eacute;finies. Punir la dangerosit&eacute;&rdquo;, Paris, 21 Mars 2008. Consult&eacute; le 02/05/2022 sur https://doi.org/10.4000/champpenal.7556.</p> <p>-&nbsp;Chauvenet A. (2006).&nbsp;&laquo;&nbsp;Privation de libert&eacute; et violence&nbsp;: le despotisme ordinaire en prison&nbsp;&raquo;. D&eacute;viance et Soci&eacute;t&eacute;, 30(3), 373-388. Doi&nbsp;: 10.3917/ds.303.0373.</p> <p>-&nbsp;Del&eacute;tang C. (2022). &laquo;&nbsp;1832&nbsp;: le chol&eacute;ra en prison, peur de l&rsquo;invasion, strat&eacute;gies de lutte et bilan&nbsp;&raquo;. Epid&eacute;mies, crimes et justice. Consult&eacute; le 23/07/2022 sur Criminocorpus.&nbsp;&nbsp;https://doi.org/10.4000/criminocorpus.11838.</p> <p>-&nbsp;Gomez del Prado G. (2012). &laquo;&nbsp;Intimidation en milieu carc&eacute;ral&nbsp;: effet sur les pratiques professionnelles des agents correctionnels du Qu&eacute;bec&nbsp;&raquo;. Criminologie, 45(2), 301-322. Consult&eacute; le 09/07/2022 sur https://doi.org/10.7202/1013729ar.</p> <p>-&nbsp;Hannem S. (2019). &laquo;&nbsp;D&eacute;construire la stigmatisation des familles dans le discours sur les familles affect&eacute;es par l&rsquo;incarc&eacute;ration&nbsp;&raquo;. Criminologie, 52(1), 221-245. Consult&eacute; le 08/07/2021 sur https://doi.org/10/7202/1059547ar.</p> <p>-&nbsp;Le Caisne L. (2007). &laquo;&nbsp;De si dangereux condamn&eacute;s&nbsp;&raquo;. Journal des anthropologues [En ligne], 108-109. Consult&eacute; le 20/04/2022 sur https://journals.openedition.org/jda/1101.</p> <p>-&nbsp;Morelle M. (2013). &laquo;&nbsp;La prison centrale de Yaound&eacute;&nbsp;: l&rsquo;espace au c&oelig;ur d&rsquo;un dispositif de pouvoir&nbsp;&raquo;. Annales de g&eacute;ographie, 691, 332-356. Consult&eacute; le 03/04/2022 sur https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2013-3-page-332.htm.</p> <p>-&nbsp;Sahi S. R., Gaulithy K. G. et Aboudou A. C. (2021). &laquo;&nbsp;Effets de l&rsquo;incarc&eacute;ration des d&eacute;tenus de la Maison d&rsquo;Arr&ecirc;t et de Correction d&rsquo;Abidjan sur leurs familles&nbsp;&raquo;. Revue Internationale de Police Technique et Scientifique (RICPTS), 74(3), 331-346.</p> <p>-&nbsp;Sigouin J. (2016). &laquo;&nbsp;L&rsquo;exp&eacute;rience du stigmate par les hommes ex-d&eacute;tenus en situation de r&eacute;insertion au Qu&eacute;bec&nbsp;&raquo;. M&eacute;moire de ma&icirc;trise en travail social, Universit&eacute; du Qu&eacute;bec &agrave; Montr&eacute;al (UQAM).</p> <p>- Trina P. (2014). A l&rsquo;int&eacute;rieur des murs&nbsp;: comprendre la violence en milieu carc&eacute;ral &agrave; partir du point de vue d&rsquo;hommes incarc&eacute;r&eacute;s &agrave; l&rsquo;unit&eacute; sp&eacute;ciale de d&eacute;tention. M&eacute;moire de Master, Ecole de criminologie, Montr&eacute;al.</p> <p>-&nbsp;Vacheret M. et Milton M. (2007). &laquo;&nbsp;Peurs en milieu carc&eacute;ral&nbsp;: quand sentiments et exp&eacute;riences diff&egrave;rent&nbsp;&raquo;. Criminologie, 40(1), 185-211. Consult&eacute; le 01/03/2022 sur https://doi.org/10.7202/016020ar.</p> <p>-&nbsp;Van Diest C. (2019). &laquo;&nbsp;Habiter l&rsquo;environnement de la prison, s&rsquo;approprier sa requalification culturelle&nbsp;: m&eacute;moires habitantes &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve des transformations urbaines &agrave; Valparaiso (Chili)&nbsp;&raquo;. Cahiers de g&eacute;ographie du Qu&eacute;bec, 63(178), 9-19. Consult&eacute; le 15/05/2022 sur https://doi.org/10.7202/1075774ar.</p> <p>-&nbsp;Zady C. (2012). &laquo;&nbsp;Milieu carc&eacute;ral ivoirien et r&eacute;cidive&nbsp;&raquo;. Revue Africaine de Criminologie, 12(1), p. 43-77.</p> <div> <div id="ftn1"> <p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title="">[1]</a> Ces quatre OPJ sont constitu&eacute;s de&nbsp;: un magistrat, un gendarme et de deux policiers.</p> </div> </div> </div> <div id="ftn2"> <p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2" title="">[2]</a> Parmi ceux-ci on peut citer (art. 7 NCPP), le procureur de la R&eacute;publique et ses substituts, les juges d&rsquo;instruction ou des enfants, les commissaires, les officiers de police ou de gendarmerie, les commandants de brigade ou chefs de postes, etc.</p> </div> <div id="ftn3"> <p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3" title="">[3]</a> Il s&rsquo;agit du nombre d&rsquo;habitants par commune qui, selon le recensement g&eacute;n&eacute;ral de la population et de l&rsquo;habitat (RGPH, 2021), est de 204656, soit 8,30 %, &agrave; Bingerville&nbsp;; 692583, soit 28,06 %, &agrave; Cocody et 1&nbsp;571065, soit 63,64&nbsp;%, &agrave; Yopougon.</p> </div> <div id="ftn4"> <p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4" title="">[4]</a> Il s&rsquo;agit de la loi n&deg; 2019-574 du 26 juin 2019&nbsp;portant Code p&eacute;nal ivoirien.</p> </div> <div id="ftn5"> <p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5" title="">[5]</a> L&rsquo;article 2 de la loi n&deg; 2018-975 du 27 d&eacute;cembre 2018 portant Code de proc&eacute;dure p&eacute;nale ivoirien &eacute;nonce&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;constitue une infraction, tout fait, action ou omission qui trouble ou est susceptible de troubler l&rsquo;ordre public ou la paix sociale en portant ou non atteinte aux droits des personnes et qui comme tel est l&eacute;galement sanctionn&eacute;&nbsp;&raquo;.</p> </div> <div id="ftn6"> <p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6" title="">[6]</a> Expression signifiant en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire qu&rsquo;il faut &ecirc;tre prudent quand on est amen&eacute; &agrave; ex&eacute;cuter une mission, un ordre ou une t&acirc;che qui pourrait nous compromettre.</p> </div> <div id="ftn1"> <p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title="">[7]</a> Par petits m&eacute;tiers, on entend un ensemble d&rsquo;activit&eacute;s artisanales de d&eacute;brouille &agrave; caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ralement informel.</p> </div> <div id="ftn2"> <p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2" title="">[8]</a> Minist&egrave;re de l&rsquo;Education nationale (de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire).</p> <p>&nbsp;<a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title="">[9]</a> Pour &eacute;viter d&rsquo;entacher le casier judiciaire du mis en cause.</p> </div> </div>

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La mauvaise redistribution de la richesse en Afrique, vecteur des crises militaro-politiques

Godfroy LUTHER GONDJE-DJANAYANG

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