N°4 / Violences contemporaines : la prison en question en Afrique de l'Ouest

Insécurité urbaine liée au champ politique en période électorale dans la ville de Divo (Côte d'Ivoire)

Raymond NÉBI BAZARE, Gbalawoulou DALI DALOUGOU, Aguiri DENIS ADOU

Résumé

Cette étude vise à comprendre le phénomène de l’insécurité urbaine liée au champ politique en période électorale en vue de suggérer des mécanismes de prévention de cette réalité sociale. Elle a été menée dans la ville de Divo au sud- ouest de la Côte d’Ivoire. Elle a été réalisée à l’aide des méthodes historique, dialectique et comparative. L’étude documentaire, l’observation et l’enquête-interrogation ont été les outils de recueil des données. Lesquelles données ont été analysées aussi bien quantitativement que qualitativement. L’enquête a montré que les périodes électorales évoquent le plus souvent désordres, inégalités, contradictions, misères, entassement, insécurité, vols, meurtres, drogues, proxénétisme dans certaines localités dites « villes chaudes » à l’instar de Divo. Ici, se mêlent violences d’origine politique et autres actes d’insécurité. Ainsi, le phénomène étudié est lié à trois facteurs majeurs : la résurgence des crises et tensions socio-politiques mal, peu ou non gérées ; l’ampleur des actes ou phénomènes criminels émanant des militants et autres acteurs politiques ; le sentiment d’insécurité grandissant (peur et méfiance au sein des populations). Ce phénomène influence négativement les conditions de vie et de travail des populations, ainsi que la cohésion sociale. Cela nécessite une action systématique, urgente et efficace visant à réinstaurer le sentiment de sécurité perturbé en milieu urbain, notamment en Côte d’Ivoire.

Abstract : This study aims to understand the phenomenon of urban insecurity linked to the political field during electoral periods to suggest mechanisms for preventing this social reality. It was conducted in the town of Divo in the south-west of Côte d'Ivoire. It was carried out using historical, dialectical, and comparative methods. Documentary study, observation and survey-questioning were the tools for collecting data. Which data were analyzed both quantitatively and qualitatively. The survey showed that electoral periods most often evoke disorder, inequality, contradictions, misery, overcrowding, insecurity, theft, murder, drugs, pimping in certain localities called "hot cities" like Divo. Here, violence of political origin and other acts of insecurity mingle. Thus, the phenomenon studied is linked to three major factors: the resurgence of socio-political crises and tensions that are badly, little, or no managed; the extent of criminal acts or phenomena emanating from activists and other political actors; the growing feeling of insecurity (fear and mistrust within the populations). This phenomenon negatively influences the living and working conditions of populations, as well as social cohesion. This requires systematic, urgent, and effective action aimed at restoring the disturbed sense of security.

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<h2>I. Introduction&nbsp;: quelques rep&egrave;res th&eacute;oriques</h2> <p>Le monde entier a depuis toujours &eacute;t&eacute; boulevers&eacute; par des crises de toute sorte et de toute nature&nbsp;: crises politiques, crises &eacute;conomiques, crises sanitaires, crises alimentaires, crises sociales, etc. L&rsquo;Afrique est beaucoup plus secou&eacute;e par les crises sociopolitiques, notamment en lien avec les &eacute;lections. Cela nous plonge dans l&rsquo;examen d&rsquo;un th&egrave;me central de port&eacute;e mondiale, qui a &eacute;merg&eacute; et qui depuis, suscite analyses et commentaires&nbsp;: l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. Que contient ce concept&nbsp;?</p> <p>Avec Peyrefitte (1977), on r&eacute;alise que l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le monde est souvent prise comme une angoisse cristallis&eacute;e sur la peur d&rsquo;&ecirc;tre victime d&rsquo;un crime. L&rsquo;auteur indexe &eacute;galement les moyens de communications comme source d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. Cela confirme les dires de Garoscio (2006) selon lequel la place accord&eacute;e &agrave; la violence par les m&eacute;dias contribue grandement &agrave; alimenter le sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. Pour Moser (2004), ce qui compte dans un contexte d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;, c&rsquo;est la capacit&eacute; de faire face &agrave; un acte d&eacute;linquant, notamment en termes d&rsquo;attribution causale.</p> <p>Ainsi, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; est-elle consid&eacute;r&eacute;e comme&nbsp;&laquo;&nbsp;un d&eacute;ficit d&rsquo;appropriation environnementale qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;un sentiment d&rsquo;absence de contr&ocirc;le&nbsp;&raquo;, et comme une pr&eacute;occupation pour la s&eacute;curit&eacute; traduisant une inqui&eacute;tude diffuse au sujet du crime et ses causes suppos&eacute;es. Elle appara&icirc;t comme tr&egrave;s li&eacute;e &agrave; l&rsquo;&acirc;ge, aux positions politiques de droit ou externe, et &agrave; un faible capital &eacute;ducatif. Des psychologues comme Kessi&eacute; (1996) s&rsquo;accordent pour dire que l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; est le fait d&rsquo;individus souffrants d&rsquo;un processus d&eacute;fectueux de la socialisation. Pour Renner (1999), l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; r&eacute;side dans l&rsquo;&eacute;volution de la soci&eacute;t&eacute;, de l&rsquo;&eacute;conomie et de l&rsquo;environnement de plus en plus marqu&eacute;e non seulement par la fragmentation li&eacute;e &agrave; la mont&eacute;e du&nbsp;&laquo; tribalisme&nbsp;&raquo; mais aussi par la mondialisation. C&rsquo;est ainsi que Pinatel (1971) disait que&nbsp;la criminalit&eacute; de nos jours n&rsquo;est plus un ph&eacute;nom&egrave;ne r&eacute;siduel, mais un ph&eacute;nom&egrave;ne caract&eacute;ristique de notre soci&eacute;t&eacute; en mutation.</p> <p>En C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire, le lien de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; avec les &eacute;lections interpelle plus d&rsquo;un. En effet, le scrutin &eacute;lectoral comme moyen de l&eacute;gitimation des institutions de gouvernance, constitue l&rsquo;un des principaux &eacute;l&eacute;ments qui sont &agrave; l&rsquo;origine des violences et de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine. Selon Madior et Houkp&eacute; (2010), les &eacute;lections, organis&eacute;es pour aboutir &agrave; une transmission pacifique du pouvoir &agrave; un autre r&eacute;gime, font le nid de conflits sociopolitiques. Lesquels conflits d&eacute;bouchent sur des violences et autres actes de d&eacute;linquance, et accro&icirc;t le sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;.</p> <p>Toutefois, il est essentiel de distinguer la violence de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. En effet, la premi&egrave;re consiste en des actes, tandis que la seconde est li&eacute;e aux cons&eacute;quences de ces actes qualifi&eacute;s d&rsquo;&eacute;motions (Rouleau, 1997). N&eacute;anmoins, la th&eacute;matique abord&eacute;e dans cette &eacute;tude invite &agrave; ne pas ignorer la violence &eacute;lectorale dans les manifestations de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;, notamment urbaine et en lien avec le champ politique. Et c&rsquo;est avec Bourdieu (2002), que l&rsquo;on appr&eacute;hende mieux les sp&eacute;cificit&eacute;s de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine rattach&eacute;e au &laquo;&nbsp;champ politique&nbsp;&raquo;. Son &oelig;uvre, en effet, interroge directement la science politique. Pour lui, cette &laquo;&nbsp;pseudo science&nbsp;&raquo; n&rsquo;est qu&rsquo;une mystification visant &agrave; l&eacute;gitimer la vision dominante de la politique comme lieu de conqu&ecirc;te du pouvoir et de production id&eacute;ologique. Il oppose &agrave; cette conception la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;&eacute;tudier la question politique &agrave; travers les conditions sociales de production et de r&eacute;ception du discours politique, afin de d&eacute;voiler la violence symbolique inscrite au c&oelig;ur de la politique.</p> <p>Cette approche permet de percevoir les caract&eacute;ristiques essentielles de la saisie faite par Bourdieu du champ politique. Ce paradigme nous aide &agrave; appr&eacute;hender les faits sociaux tels que l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine, en lien avec le ph&eacute;nom&egrave;ne politique. Le champ politique des villes ivoiriennes dites &agrave; risque en p&eacute;riode &eacute;lectorale, est l&rsquo;un des espaces de la domination symbolique, dans la mesure o&ugrave; il produit des rapports de sens qui fondent la dignit&eacute; ou l&rsquo;indignit&eacute; sociale&nbsp;: impuissance &agrave; participer au jeu, incapacit&eacute; &agrave; en changer les r&egrave;gles et/ou &agrave; le disqualifier. Mucchielli (2010), lui, &eacute;crit que depuis le d&eacute;but du XXe&nbsp;si&egrave;cle, trois p&eacute;riodes ont vu ce th&egrave;me dominer le d&eacute;bat public. Dans les ann&eacute;es 1905-1910, c&rsquo;est la figure des&nbsp;&laquo;&nbsp;apaches&nbsp;&raquo; qui cristallise les peurs et incarne cette dangerosit&eacute; suppos&eacute;e (existence de ph&eacute;nom&egrave;nes de d&eacute;linquance qui doivent &ecirc;tre suffisamment nombreux pour alimenter la chronique quotidienne des faits divers). Au tournant des ann&eacute;es 1950-1960, c&rsquo;est celle des &laquo;&nbsp;blousons noirs&nbsp;&raquo; (instrumentalisation politique de ces ph&eacute;nom&egrave;nes d&eacute;linquants)&nbsp;; et, depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 1990, celle des &laquo;&nbsp;jeunes des cit&eacute;s&nbsp;&raquo; (mise en sc&egrave;ne m&eacute;diatique quotidienne de cette d&eacute;linquance, soit par le biais des faits divers soudainement transform&eacute;s en faits de soci&eacute;t&eacute;, soit en offrant une caisse de r&eacute;sonnance permanente aux effets d&rsquo;annonces politiques relay&eacute;s sans distance d&rsquo;analyse).</p> <p>A la suite de tous ces auteurs, on note qu&rsquo;en d&eacute;pit de plus d&rsquo;une d&eacute;cennie d&rsquo;adoption d&rsquo;une politique de gouvernance d&eacute;mocratique, les indicateurs d&eacute;mocratiques sont relativement inchang&eacute;s et la violence &eacute;lectorale semble entra&icirc;ner des r&eacute;percussions n&eacute;fastes sur la perception des citoyens, sur la d&eacute;mocratie. On note, en effet, une ampleur des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale et la crainte de nouvelles violences &agrave; l&rsquo;approche de toute &eacute;lection. Ces climats d&eacute;l&eacute;t&egrave;res ne laissent personne indiff&eacute;rent au point d&rsquo;interpeller la communaut&eacute; scientifique. Ainsi, dans bon nombre de villes de la C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (Bonoua, Divo, Bongouanou, Abengourou, Daoukro, Dabou&hellip;), face au bouleversement d&eacute;mographique et malgr&eacute; le m&eacute;tissage, la coh&eacute;sion sociale se serait effrit&eacute;e avec les crises sociopolitiques de plus en plus r&eacute;currentes dans le Pays. En effet, le ph&eacute;nom&egrave;ne de la criminalit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale, par son ampleur, a permis de prendre un certain nombre de mesures : r&eacute;pression, maintien d&#39;ordre, s&eacute;curit&eacute; des biens et des personnes (publics et priv&eacute;s). Cependant, en d&eacute;pit de l&rsquo;existence de ces actions de lutte et de ces dispositions, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; continue de gagner du terrain avant, pendant et souvent apr&egrave;s les scrutins &eacute;lectoraux dans les villes dites &laquo;&nbsp;Zones rouge&nbsp;&raquo;.</p> <p>Notre &eacute;tude voudrait s&rsquo;int&eacute;resser aux actes ou ph&eacute;nom&egrave;nes criminels &eacute;manant des acteurs politiques (responsables, militants, sympathisants) lors des &eacute;lections dans les villes ivoiriennes. Ainsi, notre sujet s&rsquo;intitule&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale dans la ville de Divo (RCI)&nbsp;&raquo;. Il s&rsquo;agit d&rsquo;analyser la situation s&eacute;curitaire pr&eacute;caire qui pr&eacute;vaut toutefois qu&rsquo;il y a des &eacute;lections organis&eacute;es au niveau politique.</p> <p>Pourquoi les p&eacute;riodes &eacute;lectorales sont-elles &eacute;maill&eacute;es d&rsquo;actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique&nbsp;? Autrement dit, comment le champ politique suscite-t-il des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale&nbsp;? Cette &eacute;tude vise donc d&rsquo;une part &agrave; &eacute;lucider les faits d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; li&eacute;e au champ politique lors des &eacute;lections&nbsp;; et d&rsquo;autre part, &agrave; mettre en lumi&egrave;re la situation des victimes et relever la n&eacute;cessit&eacute;, voire l&rsquo;urgence de la pr&eacute;vention du ph&eacute;nom&egrave;ne.</p> <p>Pour atteindre ces objectifs et r&eacute;pondre aux questions de recherche, il nous a fallu formuler les hypoth&egrave;ses suivantes&nbsp;:</p> <p>H1&nbsp;: Les moments de fortes tensions d&eacute;terminent l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique &agrave; Divo en p&eacute;riode &eacute;lectorale.</p> <p>H2&nbsp;: L&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique &agrave; Divo en p&eacute;riode &eacute;lectorale est favoris&eacute;e par le jeu des acteurs politiques.</p> <p>H3&nbsp;: Le fort sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; des populations explique l&rsquo;ampleur des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo.</p> <p>&nbsp;</p> <h2>II. M&eacute;thodologie</h2> <h3>1. Site et Participants</h3> <p>Cette &eacute;tude a &eacute;t&eacute; effectu&eacute;e dans la commune de Divo.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image3.png" /></p> <p>Il s&rsquo;agit des villages et quartiers suivants&nbsp;: Bada, Konankro, Boudoukou, Libreville, Dialogue, Libanais. Toutefois, notre attention s&rsquo;est port&eacute;e sur l&rsquo;ensemble des villages et quartiers &laquo;&nbsp;chauds&nbsp;&raquo;&nbsp;; c&rsquo;est-&agrave;-dire Bada, Libreville, Dialogue 1 &agrave; 5, Konankro, Boudoukou, Libanais, Dioulabougou, Vatican. Elle s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e aupr&egrave;s des acteurs et responsables politiques&nbsp;(leaders, militants et sympathisants de partis politiques), des autorit&eacute;s administratives, judiciaires et coutumi&egrave;res, des op&eacute;rateurs &eacute;conomiques, des membres d&rsquo;associations et de mouvements dits apolitiques&nbsp;(transporteurs, commer&ccedil;ants, vendeurs et acheteurs de produits, g&eacute;rants de magasins de cacao, pr&eacute;sidents des jeunes, pr&eacute;sidentes des femmes&hellip;), des agents de s&eacute;curit&eacute; (policiers, gendarmes, etc.), des populations tout venants (fonctionnaires et agents de l&rsquo;Etat).</p> <p>L&rsquo;&eacute;chantillon d&rsquo;enqu&ecirc;te est constitu&eacute; de cent quatre-vingts enqu&ecirc;t&eacute;s.</p> <h3>2. M&eacute;thodes et outils</h3> <p>Les m&eacute;thodes suivantes&nbsp;ont &eacute;t&eacute; utilis&eacute;es :</p> <p>-M&eacute;thode historique&nbsp;: elle nous a aid&eacute; &agrave; savoir pourquoi les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; varient des p&eacute;riodes ordinaires aux p&eacute;riodes &eacute;lectorales.</p> <p>-M&eacute;thode comparative&nbsp;: elle a permis de relever les sp&eacute;cificit&eacute;s des faits d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine qui surviennent en p&eacute;riode &eacute;lectorale. Elle a &eacute;galement permis de rechercher les dissemblances qui r&eacute;sident dans l&rsquo;occurrence des faits d&rsquo;un quartier et/ou d&rsquo;un village relique (ins&eacute;r&eacute;s dans la ville) &agrave; un autre.</p> <p>-M&eacute;thode dialectique&nbsp;: elle a permis d&rsquo;op&eacute;rer une &laquo;&nbsp;triangulation&nbsp;&raquo; des faits, d&rsquo;entendre des versions des faits de la part des populations et des subordonn&eacute;es qui n&rsquo;&eacute;taient pas toujours conformes aux discours officiels (des instances), ou d&rsquo;entendre des versions des faits dans des apart&eacute;s qui n&rsquo;&eacute;taient pas toujours conformes aux discours tenus en public, comme dans le cas de nos entretiens avec certains taxim&egrave;tres.</p> <p>Les donn&eacute;es ont &eacute;t&eacute; recueillies &agrave; partir de trois techniques &agrave; savoir&nbsp;:</p> <p>-Recherche documentaire&nbsp;: elle a port&eacute; sur des ouvrages sp&eacute;cialis&eacute;s et des m&eacute;moires que nous avons parcourus &agrave; la biblioth&egrave;que de criminologie et sur des sites web.</p> <p>-Observation&nbsp;: cette m&eacute;thode de collecte des donn&eacute;es s&rsquo;est faite d&rsquo;une part de mani&egrave;re indirecte et d&rsquo;autre part de fa&ccedil;on directe. A partir d&rsquo;une grille d&rsquo;observation, nous avons observ&eacute; le comportement des acteurs politiques.</p> <p>-Enqu&ecirc;te-interrogation&nbsp;: un guide d&rsquo;entretien &agrave; caract&egrave;re semi-directif et constitu&eacute; de questions ouvertes a &eacute;t&eacute; utilis&eacute;. En plus, le questionnaire a permis d&rsquo;&eacute;tablir des statistiques sur le ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;tudi&eacute;.</p> <p>Les donn&eacute;es de l&rsquo;&eacute;tude ont &eacute;t&eacute; analys&eacute;es aussi bien qualitativement que quantitativement. L&rsquo;analyse qualitative a permis de comprendre l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; travers les r&eacute;ponses des enqu&ecirc;tes. L&rsquo;analyse quantitative a permis d&rsquo;&eacute;valuer l&rsquo;ampleur de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale en donn&eacute;es chiffr&eacute;es et v&eacute;rifier la logique qui sous-tend ce ph&eacute;nom&egrave;ne.</p> <h2>&nbsp;</h2> <h2>III. R&eacute;sultats</h2> <h3>1. Types d&rsquo;actes traduisant l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique et manifestations du ph&eacute;nom&egrave;ne</h3> <h4>1.1. Types d&rsquo;actes et manifestations de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine&nbsp;?</h4> <p>Les &eacute;v&egrave;nements des ann&eacute;es 2016 et 2020 illustrent assez bien le cheminement de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo. Les propos TS illustrent cette assertion&nbsp;: &laquo;&nbsp;le camion caravane d&rsquo;un candidat fut incendi&eacute; par les partisans de l&rsquo;un de ses adversaires&nbsp;lors des &eacute;lections de 2016&nbsp;&raquo;.</p> <p>A cela s&rsquo;ajoutent les actes de violence exacerb&eacute;e accompagn&eacute;e de meurtres, de pyromanies, de cambriolages et autres actes de vandalisme suscit&eacute;s par le climat politique au cours de la p&eacute;riode &eacute;lectorale de 2020. Les apparentes contradictions entre les communiqu&eacute;s officiels et les t&eacute;moignages du terrain obligent, mieux invitent &agrave; regarder au-del&agrave; des statistiques polici&egrave;res et judiciaires, et &agrave; distinguer deux regards sur la criminalit&eacute;&nbsp;: celui de l&rsquo;Etat et celui de la soci&eacute;t&eacute;.</p> <p>En effet, la premi&egrave;re constatation est la permanence d&rsquo;une criminalit&eacute; regard&eacute;e comme passag&egrave;re, sp&eacute;cifique aux p&eacute;riodes &eacute;lectorales&nbsp;: des actes qui ne sont pas per&ccedil;us comme relevant d&rsquo;un dysfonctionnement social et ne suscitant donc pas une r&eacute;action sociale classique, voire s&eacute;rieuse. Ces actes sont tr&egrave;s souvent stigmatis&eacute;s et leur r&egrave;glement est pris en charge par les victimes elles-m&ecirc;mes. Ils n&rsquo;inqui&eacute;teront les autorit&eacute;s comp&eacute;tentes qu&rsquo;en raison du surarmement populaire (circulation illicite des ALPC et usage fr&eacute;quent d&rsquo;armes blanches). La police n&rsquo;a pas indiqu&eacute; avoir saisi des armes &agrave; feu parce que, selon un agent interrog&eacute;, ils n&rsquo;ont pas re&ccedil;u d&rsquo;ordre de d&eacute;sarmer quiconque&nbsp;: juste des missions d&rsquo;interposition pour r&eacute;duire les risques pouvant conduire au chaos.</p> <p>La seconde constatation est que les banques, les stations &agrave; essence et les bijouteries ne sont &agrave; peu pr&egrave;s jamais attaqu&eacute;es&nbsp;; les voitures sont rarement vol&eacute;es&nbsp;; les domiciles attaqu&eacute;s sont cibl&eacute;s. La troisi&egrave;me constatation est que l&rsquo;oisivet&eacute; des jeunes nourrit la petite et moyenne d&eacute;linquance (escroquerie, duperies, abus de confiance, etc.) en p&eacute;riode &eacute;lectorale.</p> <p>Ce qui fait la sp&eacute;cificit&eacute; des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo, ce sont les actes d&rsquo;affrontements et de violences (verbales, physiques), les troubles &agrave; l&rsquo;ordre public, le cambriolage chez des personnalit&eacute;s politiques cibl&eacute;es. Des gangs de militants et sympathisants en rupture de paix et de coh&eacute;sion, se livrent &agrave; des batailles rang&eacute;es spectaculaires. Le stress urbain est l&rsquo;un des objets et facteurs d&rsquo;inqui&eacute;tude en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo.</p> <p>Ces actes ont fini par engendrer la peur qui donne &agrave; son tour naissance &agrave; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; et &agrave; l&rsquo;auto- d&eacute;fense individuelle. En somme, les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; sont de plus en plus violents, meurtriers, professionnels&nbsp;; et ils paraissent confin&eacute;s dans certains quartiers comme Bada, Konankro, Libreville, Boudoukou, Dialogue, Libanais, etc.</p> <p>Mais quels sont les actes concrets qui traduisent l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo&nbsp;?</p> <h4>1.1.1. Typologie des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale</h4> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image2.png" /></p> <p>Les r&eacute;sultats ont permis de constater que 23,7&nbsp;% soit 56 de nos enqu&ecirc;t&eacute;s sont victimes de vol de leurs biens pendant la p&eacute;riode &eacute;lectorale. Ensuite, 19,9&nbsp;% o&ugrave; 47 personnes sont agress&eacute;es durant la p&eacute;riode &eacute;lectorale, en plus 50&nbsp;% soit 118 personnes subissent des violences. Ensuite, nos r&eacute;sultats confirment que huit personnes sont mortes pendant la p&eacute;riode &eacute;lectorale. On note aussi 3&nbsp;%, soit sept personnes, qui ont vu leurs magasins &ecirc;tre pill&eacute;s.</p> <h4>1.1.2. Manifestations du ph&eacute;nom&egrave;ne</h4> <h5>1.1.2.1. D&eacute;roulement des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;</h5> <p>Le d&eacute;roulement des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; li&eacute;e au champ politique &agrave; Divo en p&eacute;riode &eacute;lectorale s&rsquo;appr&eacute;hende &agrave; trois niveaux&nbsp;: avant, pendant et apr&egrave;s le scrutin.</p> <h6>1.1.2.1.1. Avant le scrutin</h6> <p>La p&eacute;riode &eacute;lectorale commence avec l&rsquo;enr&ocirc;lement des &eacute;lecteurs qui, selon les enqu&ecirc;t&eacute;s suscite de r&eacute;elles tensions, frustrations et autres actes de violences (emp&ecirc;chement de certains individus &agrave; se faire enr&ocirc;ler, bagarres, etc.). Dans le champ politique, cette phase est dite tr&egrave;s importante pour tous les acteurs politiques, au point que tout d&eacute;rapage ou d&eacute;bordement tant au niveau du discours que des faits peut susciter des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. Les r&eacute;sultats indiquent les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; qu&rsquo;ils ont subi, sortes d&rsquo;actes d&eacute;lictuels pendant la p&eacute;riode &eacute;lectorale. Le cas des meetings est mieux perceptible avec les propos de KAS&nbsp;: &laquo;&nbsp;apr&egrave;s le lancement de la campagne, deux jours apr&egrave;s, nous sommes all&eacute;s au meeting de notre candidat &agrave; la place Henry Konan B&eacute;di&eacute;, ex-jardin public de Divo de 16h &agrave; 18h. Mais aux environs de 17h par-l&agrave; un groupe de jeunes est venu nous attaquer avec des bois en main. En se d&eacute;fendant, celui-ci n&rsquo;a pas pu se terminer comme on l&rsquo;a souhait&eacute;. Et malheureusement, &ccedil;a toujours &eacute;t&eacute; comme &ccedil;a pour n&rsquo;importe quelle &eacute;lection ici &agrave; Divo depuis 2010&nbsp;&raquo;.</p> <p>Et, nous avons constat&eacute; que les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; inh&eacute;rents au champ politique commencent le plus souvent en p&eacute;riode &eacute;lectorale. L&rsquo;on pourrait remonter un peu plus loin, comme dans le cas de l&rsquo;annonce de la candidature du pr&eacute;sident Alassane Ouattara &agrave; l&rsquo;&eacute;lection pr&eacute;sidentielle de 2020. Les diff&eacute;rentes versions des faits &eacute;manant des enqu&ecirc;t&eacute;s convergent vers le t&eacute;moignage ci- apr&egrave;s&nbsp;: &laquo;&nbsp;Tout a commenc&eacute; dans la matin&eacute;e du 21 ao&ucirc;t 2020. Une centaine de femmes issues de l&rsquo;opposition, principalement du Front populaire ivoirien (FPI), du Parti d&eacute;mocratique de C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire (PDCI-RDA), de l&rsquo;EDS (Ensemble pour la d&eacute;mocratie et la souverainet&eacute;), etc. ont entam&eacute; une marche pour contester la candidature du pr&eacute;sident sortant pour un troisi&egrave;me mandat. Elles &eacute;taient encadr&eacute;es par des jeunes et les responsables locaux des partis d&rsquo;opposition. Arriv&eacute;s &agrave; la gare de transport d&rsquo;Hir&eacute; que les marcheurs n&rsquo;entendaient pas traverser mais simplement contourner, les manifestants sont bloqu&eacute;s par les transporteurs. Le ton monte, l&rsquo;un des responsables de Parti (FPI) est bless&eacute;. Voil&agrave; comment la situation va d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer et se transformer en guerre des pierres pendant trois heures de temps au moins. Mais le calme est revenu &agrave; la suite d&rsquo;une m&eacute;diation. C&rsquo;est alors qu&rsquo;un maquis a &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;, tuant un adolescent qui y travaillait pour les vacances. Accusant les transporteurs, les jeunes ont br&ucirc;l&eacute; la gare&nbsp;&raquo;.</p> <p>D&rsquo;autres t&eacute;moignages s&rsquo;ajouteront en ces termes&nbsp;: &laquo;&nbsp;La ville veille toute la nuit. Les affrontements reprennent le lendemain matin aux aurores et s&rsquo;&eacute;tendent &agrave; plusieurs quartiers. Sur fond d&rsquo;opposition politique et de diff&eacute;rends communautaires entre autochtones Dida et allog&egrave;nes Dioula (Malink&eacute;), certains en profitent pour r&eacute;gler leurs comptes. Il a fallu l&rsquo;arriv&eacute;e de renforts policiers d&rsquo;Abidjan pour que la situation soit contr&ocirc;l&eacute;e. Le bilan &eacute;tait lourd : sept morts et des d&eacute;g&acirc;ts mat&eacute;riels consid&eacute;rables.&nbsp;&raquo;</p> <h6>1.1.2.1.2. Au moment du scrutin</h6> <p>Encore appel&eacute;e phase de la joute &eacute;lectorale (moment du vote), c&rsquo;est &agrave; ce moment que le peuple a son mot &agrave; dire quant au choix de son repr&eacute;sentant, de son porte-parole. Cette phase r&eacute;v&egrave;le la tr&egrave;s grande importance des &eacute;lecteurs qui se bousculent le jour j une fois convaincus ou qui s&rsquo;abstiennent s&rsquo;ils ne per&ccedil;oivent aucun enjeu &agrave; cette op&eacute;ration. Il y en a qui, non pas parce qu&rsquo;ils sont convaincus par un candidat, s&rsquo;aventurent dans les bureaux de vote pour un vote sanction contre des acteurs politiques. Les moments de joutes &eacute;lectorales s&rsquo;&eacute;rigent en &laquo;&nbsp;calvaire&nbsp;&raquo; pour les populations comme l&rsquo;affirme l&rsquo;un de nos enqu&ecirc;t&eacute;s PR : &laquo;&nbsp;moi matin apr&egrave;s mon bain aux environs de 9h, je me suis rendu &agrave; mon bureau de vote EPP Konankro Amiti&eacute;, tous se passaient dans le calme mais vers les 12h les gens sont venus de nulle part pour s&rsquo;en prendre &agrave; nous, mais dans &ccedil;a l&agrave;, on ne sait pas laisser faire quand m&ecirc;me hein. Il y a eu des bless&eacute;s et d&rsquo;autres sont rentr&eacute;s &agrave; la maison et les choses ont repris apr&egrave;s&nbsp;&raquo;.</p> <h6>1.1.2.1.3. A la fin du scrutin</h6> <p>Cette derni&egrave;re phase prend en compte le d&eacute;pouillement, le convoyage des urnes et du mat&eacute;riel de vote, la proclamation des r&eacute;sultats provisoires, les r&eacute;clamations et la consolidation et la proclamation des r&eacute;sultats d&eacute;finitifs. Ces &eacute;tapes suscitent beaucoup de tensions entre les candidats, les partisans, sympathisants et aussi entre les diff&eacute;rentes communaut&eacute;s. En cas de r&eacute;sultats tronqu&eacute;s, la situation peut faire place &agrave; la d&eacute;solation au sein de la population par des troubles de toutes sortes, comme le confirme un enqu&ecirc;t&eacute;, agent de la CEI dans l&rsquo;un des bureaux de vote&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; le responsable dans un centre de vote et au moment du d&eacute;pouillement des bulletins des jeunes gens, je dis bien des jeunes gens sont venus prendre les urnes de force pour les d&eacute;truire avec une violence au point m&ecirc;me que tu ne peux pas t&rsquo;opposer &agrave; eux. Et il faut dire que c&rsquo;est vraiment malheureux, on sait tous pour qui ils font &ccedil;a, bon mais on n&rsquo;a pas le choix donc c&rsquo;est &ccedil;a&nbsp;&raquo;. Nous pouvons comprendre par-l&agrave; que pendant les p&eacute;riodes &eacute;lectorales, il y a des actes de criminalit&eacute; qui mettent &agrave; mal la s&eacute;curit&eacute; des personnes, voire des biens.</p> <h6>1.1.2.1.4. Actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; communs aux trois phases</h6> <p>Des actes sont observ&eacute;s pendant chacune des &eacute;tapes du cycle &eacute;lectoral&nbsp;: il s&rsquo;agit principalement des violences &eacute;lectorales. Ils se produisent tant&ocirc;t avant ou pendant le jour du scrutin. Ils ont lieu aussi juste au lendemain des &eacute;lections.</p> <h5>1.1.2.2. Auteurs et victimes de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale</h5> <h6>1.1.2.2.1. Auteurs de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale</h6> <p>Deux types d&rsquo;auteurs&nbsp;: l&rsquo;un s&rsquo;attaque aux biens (il vole ou cambriole, parfois pour faire vivre sa famille. Il use de la surprise ou de la ruse pour s&rsquo;approprier ce qu&rsquo;il convoitait et prend la fuite si sa tactique &eacute;tait mise en &eacute;chec. Il produit des conditions sociales et est en quelque sorte tol&eacute;r&eacute; par ses victimes potentielles dans une sorte de duel &laquo;&nbsp;&agrave; malin, malin et demi&nbsp;&raquo; o&ugrave; n&rsquo;&eacute;tait en jeu que de l&rsquo;avoir). Le second s&rsquo;attaque aux personnes&nbsp;; il est porteur de mort et fait peur. Il est consid&eacute;r&eacute; par la majorit&eacute; comme relevant de motivations plus individuelles (jalousie, vengeance, etc.). En p&eacute;riode &eacute;lectorale, &agrave; Divo, ces deux cat&eacute;gories se retrouvent impliqu&eacute;es dans les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; perp&eacute;tr&eacute;s.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image1.png" /></p> <p>L&rsquo;&eacute;tude a permis de constater que 53,76 % des auteurs et responsables de toutes sortes de violences sont des jeunes. En outre, on note une fr&eacute;quence de 31,18 % des adultes &acirc;g&eacute;s de 25 ans et plus qui s&rsquo;adonnent &agrave; des activit&eacute;s d&eacute;lictuelles telle que les agressions et les vols pendant la p&eacute;riode &eacute;lectorale. Par ailleurs, les r&eacute;sultats montrent que 15,06&nbsp;% des enqu&ecirc;t&eacute;s soulignent que l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique &agrave; Divo est le fait des personnes non identifi&eacute;es.</p> <h6>1.1.2.2.2. Victimes de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale</h6> <p>Concernant les victimes de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique, on note qu&rsquo;aucune couche sociale n&rsquo;est &eacute;pargn&eacute;e. En effet, les victimes des violences, des vols et des agressions sont les riverains (les fonctionnaires, commer&ccedil;ants, &eacute;l&egrave;ves et autres), comme l&rsquo;un de nos enqu&ecirc;t&eacute;s ouvriers &agrave; la scierie de Divo le dit&nbsp;:&nbsp;&laquo; moi quand je revenais du travaille pour aller &agrave; la maison, je ne savais pas ce qui se passait et &agrave; ma surprise suis tomb&eacute; sur un groupe de jeunes entre la mairie et justice de Divo pr&egrave;s du terrain en face de la poste qui ne m&rsquo;ont pas fait cadeau en me prenant tous ce que j&rsquo;avais sur moi et bless&eacute; de tout parts&nbsp;&raquo;.</p> <p>Parall&egrave;lement, les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques ne restent pas en marge de la situation d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; dans le champ politique dans la ville de Divo surtout pendant la p&eacute;riode &eacute;lectorale. G&eacute;n&eacute;ralement, ils sont victimes de pillages et parfois de meurtres de leurs personnels. Cela est confirm&eacute; par notre enqu&ecirc;t&eacute; g&eacute;rant du maquis-bar le Guichet-unique du quartier Gr&eacute;mian&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;J&rsquo;&eacute;tais au bar toute la journ&eacute;e et aux environs de 00h il y a eu coupure de courant et c&rsquo;est comme &ccedil;a je suis rentr&eacute; &agrave; la maison et au lendemain arriv&eacute; au bar, je constate les vitres ont &eacute;t&eacute; cass&eacute;es, saccag&eacute;s et tous comme t&eacute;l&eacute;, fauteuils et accessoires ont &eacute;t&eacute; emport&eacute;s&nbsp;&raquo;.</p> <p>Aussi, pour ceux qui ont des magasins de vente de denr&eacute;es alimentaires, ils sont victimes de vol de leurs produits et parfois m&ecirc;me de l&rsquo;argent, selon DT&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ici, quand y a &eacute;lection et ils commencent les affrontements, c&rsquo;est d&rsquo;abord nos magasins ils viennent casser pour soulever les sac de riz, les bidons de huile et ce qui est s&ucirc;r beaucoup de choses quoi, mais nous on perd, on perd de l&rsquo;argent et maintenant que on les conna&icirc;t nous on va fermer nous boutiques quand &ccedil;a va arriver parce que c&rsquo;est pas bon, on est ici nous chercher pas palabre mais c&rsquo;est toujours eux qui venir provoquer nous&nbsp;&raquo;. Il en est de m&ecirc;me pour les vendeuses du grand march&eacute; et des petits march&eacute;s de proximit&eacute; des diff&eacute;rents quartiers de la ville de Divo.</p> <p>Des victimes affirment que la police, qui est charg&eacute;e de garantir leur s&eacute;curit&eacute;, ne le fait pas avec clart&eacute; et est de connivence avec les auteurs de ces crimes qui ont lieux sur leurs espaces&nbsp;: &laquo;&nbsp;nous avons remarqu&eacute; lorsqu&rsquo;il y a affrontement entre nous la population ou entre les diff&eacute;rentes communaut&eacute;s, on a l&rsquo;impression que la police soutient un camp et quand m&ecirc;me il s&rsquo;agit des violences en p&eacute;riode &eacute;lectorale, l&rsquo;intervention de la police est lente et non seulement quand-ils arrivent au lieu de mettre de l&rsquo;ordre mais au contraire ils favorisent un c&ocirc;t&eacute; juste pour nous faire mal et donc on a plus confiance &agrave; la police&nbsp;&raquo;.</p> <p>En somme, les actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale se manifestent par la violation du cadre juridique, les paroles blessantes ou ind&eacute;centes, les assassinats, les coups et blessures entre supporters rivaux, l&rsquo;intimidation des adversaires, des &eacute;lecteurs ou des agents &eacute;lectoraux, le bourrage des urnes, l&rsquo;exclusion de communaut&eacute;s. Il existe donc entre autres : la violence &eacute;lectorale verbale et symbolique, la violence &eacute;lectorale psychologique, la violence &eacute;lectorale physique et la violence &eacute;lectorale structurelle ou institutionnelle. Dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des cas, les &eacute;lecteurs peuvent &ecirc;tre emp&ecirc;ch&eacute;s de participer au vote, contraints de choisir un candidat contre leur gr&eacute;.</p> <h5>1.1.2.3. Attitudes et comportements des populations vis-&agrave;-vis de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine</h5> <p>La perception et les comportements des populations sont li&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;volution de la criminalit&eacute;&nbsp;; celle-ci a connu un changement aussi bien qualitatif que quantitatif&nbsp;; une &eacute;volution tant dans la forme que dans la nature et l&rsquo;intensit&eacute; ou la fr&eacute;quence. En effet, la criminalit&eacute;, dans l&rsquo;imagerie populaire, est essentiellement le fait d&rsquo;allog&egrave;nes. Cette vision est soutenue, consciemment ou inconsciemment, par la presse &eacute;crite notamment, parce que chaque fois qu&rsquo;il y &eacute;tait question de criminels, il s&rsquo;agissait la plupart du temps de malink&eacute;, burkinab&eacute;, maliens et guin&eacute;ens dont les photographies &eacute;taient largement diffus&eacute;es. &laquo;&nbsp;Ces m&ecirc;mes allog&egrave;nes entrent en sc&egrave;ne lors des &eacute;lections pour comp&eacute;tir avec les autochtones. Ils sont per&ccedil;us comme les agents d&eacute;clencheurs des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;&nbsp;&raquo;.</p> <p>Ainsi, bien que les premi&egrave;res causes de la criminalit&eacute; demeurent, elles sont consolid&eacute;es par un ph&eacute;nom&egrave;ne nouveau. Non seulement la proportion d&rsquo;&eacute;trangers auteurs d&rsquo;infractions n&rsquo;a pas diminu&eacute;, mais aussi et surtout celle des &laquo;&nbsp;divolais&nbsp;&raquo; ivoiriens a commenc&eacute; &agrave; augmenter &agrave; une allure vertigineuse pour cause surtout de ch&ocirc;mage.</p> <p>&nbsp;</p> <h3>2. Facteurs explicatifs et cons&eacute;quences de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo</h3> <h4>2.1. Facteurs explicatifs</h4> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_3290_33_image.png" /></p> <p>Les r&eacute;sultats montrent que pour 58 % soit 189 enqu&ecirc;t&eacute;s, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; est due &agrave; la fraude &eacute;lectorale. En outre, pour 15 % soit 50 enqu&ecirc;t&eacute;s, l&rsquo;abus de pourvoir favorise l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;. On note &eacute;galement pour 12 % des enqu&ecirc;t&eacute;s que les tensions socio-politiques &eacute;taient en &eacute;tat de latence. Par ailleurs, 7 %, soit 25 personnes et 3 % des revendications, soit 10 enqu&ecirc;t&eacute;s estiment que les contradictions qui ont lieu entre les acteurs politiques ne favorisent pas un climat de paix. En fin de compte, 5 % des enqu&ecirc;t&eacute;s mentionnent le non-respect des promesses &eacute;lectorales comme une source des conflits.</p> <h4>2.2. Cons&eacute;quences</h4> <p>Les cons&eacute;quences des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale &agrave; Divo se retrouvent tant&ocirc;t &agrave; un niveau psychologique et social, tant&ocirc;t sur le plan &eacute;conomique.</p> <h2>IV. Discussion et conclusion</h2> <p>Cette &eacute;tude vient confirmer encore une fois l&rsquo;existence de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; qui se d&eacute;veloppe et change de nature selon les villes et les p&eacute;riodes. L&rsquo;augmentation massive des violences contre les personnes, la transformation d&rsquo;une d&eacute;linquance contre les biens en des agressions physiques, g&eacute;n&egrave;rent une demande sociale de s&eacute;curit&eacute; plus forte que jamais. Parall&egrave;lement, cette recherche se veut une sorte de criminog&eacute;n&egrave;se. En effet, elle contribue &agrave; d&eacute;pister les signes avant-coureurs des actes d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en p&eacute;riode &eacute;lectorale en milieu urbain et semi-urbain, sur la base de donn&eacute;es empiriques, statistiques et d&rsquo;analyses approfondies de la r&eacute;alit&eacute; sociale &eacute;tudi&eacute;e.</p> <p>L&#39;objectif de ce travail n&rsquo;est ni subversif, ni partisan, encore moins de remuer le couteau dans la plaie. Il est plut&ocirc;t question de revenir et d&rsquo;&eacute;lucider des faits constitutifs de violations graves des droits de l&rsquo;homme, mais qui n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; suffisamment relay&eacute;s, alors qu&rsquo;il y a eu plusieurs centaines de victimes dont certaines n&rsquo;ont toujours pas eu de recours. Les r&eacute;sultats obtenus confirment chacune de nos hypoth&egrave;ses. Enfin, depuis 2010, le ph&eacute;nom&egrave;ne de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine li&eacute;e au champ politique en p&eacute;riode &eacute;lectorale se p&eacute;rennisant et se g&eacute;n&eacute;ralisant &agrave; Divo et dans certaines villes du pays, il est souhaitable que d&rsquo;autres &eacute;tudes plus approfondies soient men&eacute;es dans l&rsquo;ensemble de ces villes pour &eacute;valuer davantage et pr&eacute;venir la criminalit&eacute; en cette p&eacute;riode. Mais aussi pour obtenir une vue panoramique, voire un portrait assez d&eacute;taill&eacute; de ce ph&eacute;nom&egrave;ne, gage de succ&egrave;s de la mise en place d&rsquo;une politique de pr&eacute;vention.</p> <h2>Bibliographie</h2> <p>&nbsp;</p> <p>-ARAPEJ (2002). &laquo;&nbsp;Ins&eacute;curit&eacute; et campagne &eacute;lectorale&nbsp;&raquo;. Autre temps,&nbsp;n&deg;&nbsp;74, p.&nbsp;75-77.</p> <p>-Berthiaume, D. &eacute;d. (2004). L&rsquo;observation de l&rsquo;enfant en milieu &eacute;ducatif. Editeur Montr&eacute;al&nbsp;: G. Morin.</p> <p>-Bourdieu P. (1996). &laquo; Champ politique, champ des sciences sociales, champ journalistique &raquo;,&nbsp;Cahiers de recherche, n&deg; 15, GRS, Lyon.</p> <p>-Bourdieu P. (1981). Sociologie politique, th&eacute;orie du champ politique, recherche en sciences sociale, n&deg; 34-37, p. 3-4.</p> <p>-Garoscio A. (2006). &laquo;&nbsp;Sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en milieu urbain&nbsp;&raquo;. Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, n&deg; 69. 33- 46.</p> <p>-Gingras Y. (1995). &laquo;&nbsp;Pour l&rsquo;avancement des sciences. Histoire de l&rsquo;acfas 1923-1993&nbsp;&raquo;. Compte rendu de la revue Recherches sociographiques, vol. 36, n&deg; 3, p. 605- 609.</p> <p>-Grawitz M. (2004). M&eacute;thodes des sciences sociales. 4&egrave;me &eacute;d. Dalloz.</p> <p>-Kouam&eacute; Y. S. (2017). &laquo;&nbsp;Nouchis, zigu&eacute;his et microbes d&rsquo;Abidjan&nbsp;: d&eacute;classement et distinction sociale par la violence de rue en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire&nbsp;&raquo;. Politique Africaine, 4 (148).</p> <p>-Koudou K. R. (1996). Education et d&eacute;veloppement moral de l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent, Paris&nbsp;: L&rsquo;Harmattan, coll. Espace culturel. 58-59.</p> <p>-Moser, V. (2004). Ins&eacute;curit&eacute; urbaine. Actualis&eacute; par Garoscio (2006).</p> <p>ONU, DAP (2017). &laquo;&nbsp;Violence &eacute;lectorale en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire 2011&nbsp;&raquo;. D&eacute;partement des Affaires Politiques.</p> <p>-Peyrefitte A. (1977). R&eacute;ponses &agrave; la violence&nbsp;: rapport &agrave; Monsieur le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique pr&eacute;sent&eacute; par le comit&eacute; d&rsquo;&eacute;tudes sur la violence, la criminalit&eacute; et la d&eacute;linquance, 270 p.&nbsp;; &laquo;&nbsp;Le sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;&nbsp;&raquo;, p. 34-43.</p> <p>-Pinatel J. (1971). La soci&eacute;t&eacute; criminog&egrave;ne. Paris&nbsp;: Calmann-Levy, cit&eacute; par Wob&eacute; (2008).</p> <p>-Renner A. J. (1999). Combat pour la survie&nbsp;: la d&eacute;gradation de l&rsquo;environnement, affrontement social, le nouvel &acirc;ge de s&eacute;curit&eacute;. Paris&nbsp;: Nouveau Horizon.</p> <p>-Rouleau R. (2022). &laquo;&nbsp;L&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; urbaine&nbsp;&raquo; T&eacute;ros (Online), 16 (3), URL&nbsp;: http://journals.openedition.org/teoros/576).</p> <p>-Shaw, R. (1994). Safter&nbsp;? Crime political transition and changing Forms of control in South-Africa, Institut for d&eacute;fense Policy.</p> <p>-Thirouard A. (2022). &laquo;&nbsp;Kenya&nbsp;: la commission des droits humains s&rsquo;inqui&egrave;te du climat de la campagne &eacute;lectorale&nbsp;&raquo;. RFI.</p> <p>-Tour&eacute; I. et N&rsquo;Guessan K. (1994). La violence urbaine en C&ocirc;te d&rsquo;Ivoire&nbsp;: Le cas de la ville d&rsquo;Abidjan. 59-108.</p> <p>-TV5 Monde, AFP (2021). RDC&nbsp;: la campagne &eacute;lectorale couvre sous fond d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; &agrave; B&eacute;ni.</p> <p>-UNOWAS (2017). Comprendre la violence &eacute;lectorale pour mieux la pr&eacute;venir.</p> <p>-Vanderschueren F. (2012). &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;volution et les d&eacute;fis de la s&eacute;curit&eacute; dans les villes&nbsp;&raquo;, Chronique ONU.</p> <p>&nbsp;</p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify">&nbsp;</p>

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Stratégies d'évitement de la prison en Côte d’Ivoire

Konan GEORGES GAULITHY, Aka CÉLESTIN ABOUDOU, Salia RENÉ SAHI

L’objectif de cette étude est de mettre en lumière les mécanismes qui sont mis en œuvre par les personnes en contact avec le système judiciaire afin d’éviter, par tout moyen, la prison. Pour ce faire, la méthodologie sur laquelle repose cette étude prend en compte l’étude documentaire associée à un questionnaire et des entretiens semi-dirigés. Pour l’analyse des données recueillies, une approche mixte (quantitative et qualitative) a été privilégiée. Les résultats indiquent le dépôt de plainte comme la phase majeure...

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